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«Al-Qaeda, les nouveaux réseaux de la terreur», Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), sous la direction d'Eric Denécé, Référence Géopolitique, ellipses, 2004

Véritable encyclopédie du terrorisme contemporain, le livre d'Eric Denécé «Al-Qaeda, les nouveaux réseaux de la terreur», est avant tout un livre d'experts qui s'avère très utile pour comprendre la complexité des mutations que connaît la mouvance terroriste de Ben Laden depuis le 11 septembre 2001. L'ouvrage possède de multiples entrées thématiques (biographies des acteurs, stratégies terroristes, financement, géopolitique de la terreur, nouvelles menaces et moyens de luttes) dont l'addition permet de dessiner le nouveau visage de la menace terroriste et des différentes formes qu'elle peut revêtir.

Après une biographie détaillée des " cerveaux du terrorisme " que sont Ben Laden et Al Zarkawi, " le responsable opérationnel le plus actif d'Al-Qaeda ", Eric Denécé présente la stratégie de l'OTNG (organisation terroriste non gouvernementale transnationale et autosuffisante) Al-Qaeda et de sa redoutable efficacité. " Avec Al-Qaeda, la menace islamiste a radicalement changé de nature : elle est plus protéiforme, plus éclatée et plus mondiale (…). Son fonctionnement n'a rien de comparable avec les mouvements terroristes proche orientaux des années 80, qui disposaient tous d'une base territoriale ou d'un appui étatique. A l'image d'Internet, Al-Qaeda est un regroupement de cellules, sans centre de décision, sans aucune organisation hiérarchique ni formelle " écrit Eric Denécé qui détaille la structure en holding du mouvement et la multiplication des réseaux opérationnels. Autant de difficultés pour les services de renseignement et de police contraints de s'adapter à ces nouvelles menaces fortement ancrées dans leurs pays respectifs et " qui puisent leurs motivations dans des revendications internationales et des frustrations locales ".

François Bernard Huyghe étudie pour sa part la communication d'Al-Qaeda, résumée par la formule " faire mourir et faire savoir ". Une analyse minutieuse du terrorisme spectacle qui permet à un homme seul de gagner la bataille de la communication contre la " première société de l'information au monde ".

Les auteurs présentent également un schéma détaillé de la multinationale Al Qaeda, ses modes de financement alternatifs, reviennent avec prudence sur les soupçons de délits d'initiés concernant les mouvements financiers précédents le 11 septembre et les blocages qui rendent si laborieuse sa traque financière. Ainsi l'administration Bush n'a pu immobiliser que 200 millions de dollars d'avoirs terroristes quand le patrimoine financier d'Al Qaida est estimé à 20 milliards de dollars. Selon les auteurs, " une campagne financière américaine plus agressive risquerait de mettre à mal l'équilibre financier international appuyé sur des intérêts pétroliers proches de la Maison-Blanche ".

La lutte est d'autant plus difficile depuis l'invasion de l'Afghanistan. Le coup de pied dans la fourmilière a largement participé de la dissémination des terroristes dans le monde entier avec une forte percée en Asie du Sud Est. Cet essaimage réussi, la Jemaah Islamiyah en Indonésie ou le groupe Zarkaoui en Irak, est sans doute le plus grand succès de Ben Laden ; c'est la consécration de sa pépinière de "start up" terroristes, avec le Pakistan et l'Arabie saoudite comme pivots de cette architecture et l'Afrique en " base de repli ". En Europe, c'est la Grande Bretagne qui sert de relais pour l'organisation. La France est, elle, dans une situation particulière. Travaillant sur la menace islamiste depuis plus de 25 ans, Paris a été le premier à dénoncer le fondamentalisme religieux comme le danger majeur du 21è siècle, pour autant certaines banlieues demeurent des " viviers de recrutement actif ". Les services de renseignement estiment que ce sont 300 à 500 Français qui ont rallié le camp Al-Qaeda.

Les auteurs reviennent également sur l'échec présumé de la CIA en ce qui concerne l'infiltration d'Al-Qaeda et qualifient de "mythe" le "dénuement total de la CIA" en matière de sources humaines. La lutte a largement porté ses fruits, les terroristes n'ont ainsi pu réaliser qu'une infime partie de leurs projets et la coopération internationale a permis de démanteler l'équipe historique d'Al-Qaeda. Reste que ces succès laissent " entrevoir une lutte de très longue haleine " tant les " terroristes tirent avantage d'une asymétrie naturelle qui favorise leurs actions ".

Par Régis Soubrouillard - Janvier 2005
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