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«Le réseau Carlyle. Banquier des guerres américaines», François Missen, Flammarion Enquête, 2004

Lauréat du Prix Pulitzer et du prix Albert Londres, François Missen est un personnage atypique. Ce journaliste français a en effet réussi l'exploit d'être reconnu à la fois par ses pairs, mais aussi par leurs homologues américains. Tout un symbole pour ce globe-trotter qui a souvent croisé les réseaux d'influence de l'Oncle Sam. Dans son nouvel ouvrage, il revient sur le rôle des hommes de l'ombre de la Maison-Blanche et surtout sur celui du fond d'investissement Carlyle, où se retrouvent les éminences grises de la famille Bush.


" Des relents de poudre et de pétrole ". Une recette explosive qui est pourtant à l'origine d'un des réseaux financiers les plus puissants du monde, celui du fond d'investissement Carlyle. Ce sont ces arcanes très secrets, où se retrouvent pêle-mêle contrat d'armement et puits de pétrole, que François Missen nous propose de découvrir. Des années d'enquêtes, de questions et de rencontres lui ont permis de retracer l'histoire de ce mécano financier dont les pièces maîtresses sont le secret et les relations haut placées. Si tous les chemins mènent à Rome, François Missen nous montre qu'en ce début de 21e siècle, tous les paradis fiscaux mènent un jour à Carlyle.

C'est en enquêtant sur le rachat tumultueux d'une société française, Otor, leader français du carton ondulé, par Carlyle, que François Missen s'intéresse au monde pas toujours reluisant mais très instructif de la spéculation boursière. Dans ce jeu, Otor est " un David contre un Goliath de la World Company ". Et quel Goliath : En dix-huit ans d'existence, " la petite entreprise d'investissements s'est frayée une place dans le classement des cinq plus grandes tirelires de la finance new-yorkaise ". La mésaventure d'Otor n'est pas un coup d'essai pour Carlyle, et tout particulièrement en France selon l'auteur : " Le fonds américain s'est introduit dans le capital du Figaro […] , a pris le contrôle du groupe Genoyer, principal fabricant au monde des oléoducs et vannes nécessaires à l'exploitation du pétrole offshore. Carlyle s'est aussi intéressé au groupe de défense EADS et a surveillé de très près l'évolution de la saga Vivendi ".

Mais comme tout cercle d'influence, Carlyle n'aime pas les médias et leurs lumières souvent trop indiscrètes. " Secretive, telle est la devise de Carlyle " assure l'auteur. Un leitmotiv évident pour qui s'intéresse aux relations de la firme : " Cette société, qui vend indifféremment des chars d'assaut, des appartements, des réseaux téléphoniques ou des oléoducs à des clients aussi divers que le Pentagone, le royaume saoudien ou la République sud-coréenne, accapare aujourd'hui le centre du pouvoir des Etats-Unis ". Une collusion qui peut surprendre dans le contexte international actuel. Mais cette devise semble bien difficile à respecter depuis les attentats du World Trade Center, surtout pour une société " prise dans l'œil du cyclone qui souffle régulièrement sur la Maison-Blanche depuis le drame du 11 septembre 2001 ". " En dépit de ce culte du secret dont elle s'entoure […] les connexions étonnantes entre l'industrie de défense américaine, le pouvoir central et quelques-uns des actionnaires de Carlyle au Moyen-Orient interrogent de manière persistante parlementaires, politologues et économistes " révèle l'auteur.

Grâce à une enquête longue de plusieurs années, et en s'appuyant sur des sources précises, dont une partie est publiée en annexe, François Missen lève donc une partie du voile sur le fonctionnement des réseaux occultes proche du pouvoir au Etats-Unis. Il met également au grand jour les liens qui peuvent parfois unir les plus hautes instances de cette puissance impliquée dans des conflits internationaux. Une récente plainte pour tentative de déstabilisation a été déposée par Carlyle. François Missen y est notamment accusé d'avoir été rémunéré pour son enquête, ce dont ce dernier se défend. S'il appartient à la justice de faire la lumière sur ces faits, il n'en reste pas moins que la contribution du journaliste français est intéressante à plus d'un point. Elle fait notamment écho à de nombreux livres ainsi qu'à une enquête parlementaire Outre-Atlantique.

Par Vincent Fabre - Janvier 2005
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