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«De Berlin à Bagdad. Quinze ans qui bouleversèrent le monde», Thierry de Montbrial, Editions Dunod, 2003

1989 : chute du mur de Berlin. 2003 : seconde guerre du Golfe. Deux évènements phares et une parabole de quinze années où se sont formés les nouveaux rapports de force géopolitiques du 21e siècle. C'est en tout cas l'analyse que propose Thierry de Montbrial. Celui qui fonda il y a plus de vingt ans l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI) reste un observateur appliqué et reconnu des évolutions géopolitiques mondiales. Il nous livre ici une contribution de référence, basée sur quinze années de synthèses des grandes tendances du monde.

Parmi les évènements marquants du 20e siècle, la chute du mur de Berlin en 1989 tient une place toute particulière. C'est ce moment fondateur, qui marqua l'implosion du bloc soviétique, qui lance l'ouvrage de Thierry de Montbrial, De Berlin à Bagdad, quinze ans qui bouleversèrent le monde, avant de le clôturer sur la récente intervention des troupes américaines en Irak. Un ouvrage qui propose une analyse très pointue de ce qui apparaît comme un période de transition, entre un 20e siècle marqué par l'affrontement de deux superpuissances et une nouvelle ère secouée par un mode inédit de conflits et de rapport internationaux. Des évolutions que scrute depuis de longues années Thierry de Montbrial. Fondateur de l'IFRI, membre de l'Académie des Sciences Morales et politiques, il est également un interlocuteur de nombreux acteurs du jeu diplomatique mondial. Depuis quinze ans, avec rigueur et indépendance, Thierry de Montbrial a produit chaque année une synthèse des évènements marquants. Il nous livre ici, à travers l'ensemble de ses réflexions, sa vision du monde de 2004.

" Au regard de l'histoire universelle, la chute du communisme, entre 1989 et 1991, marque une rupture aussi importante que la Révolution française ". C'est une révolution venue de l'Est qui secoue le Vieux continent en cette année 1989. L'analyse qu'en fait alors Thierry de Montbrial est pleine d'espoir : " Comment ne pas se prendre à espérer que le chapitre de l'après-guerre va se refermer et, avec lui, la hantise d'un anéantissement de la civilisation par l'arme nucléaire ? ". Au cœur de ce rêve, l'auteur met déjà en exergue le rôle prépondérant et la stature immense de Mikhaïl Gorbatchev, dont " l'exceptionnel talent […] a sorti son immense pays de la torpeur totalitaire ". Pour autant, les bémols sont nombreux, face à l'implosion d'un système vieux de soixante-dix ans et dont tous les spécialistes craignent les retombées négatives. "Réformer est toujours un art difficile, et plus encore lorsqu'on a trop tardé". Cependant, l'idée force, déjà, est celle d'une occasion de renforcer la communauté européenne par l'acceptation d'un certains nombre de pays issus du bloc soviétique. Un renforcement qui ne ferait que confirmer la réussite " de l'aventure communautaire, historiquement unique. [Ce] processus communautaire manifeste la traduction empirique de cette grande vision, la seule idée neuve de la pensée politique du XXe siècle qui ne soit pas d'inspiration totalitaire ".

Tout aussi remarquable est l'anticipation par l'auteur d'un certains nombres de problèmes géopolitiques qui feront leur apparition durant la décennie suivante : " Les bruits de bottes au Moyen-Orient rappellent cependant qu'en politique aussi le climat peut changer. […] Prenons garde à ne pas sous-estimer les particularismes culturels et nationaux toujours prêts à resurgir quand ils peuvent s'exprimer ". A l'issue de sa parabole de quinze années, Thierry de Montbrial se penche sur la nouvelle crise issue de la seconde guerre du Golfe. Crise selon lui sous-jacente et directement liée au fantasme de la désormais seule superpuissance : " Ayant retrouvé un ennemi, trop vaguement qualifié par le substantif " terrorisme ", les Etats-Unis n'avaient plus besoin de remplacer la défunte Union soviétique par un Etat susceptible éventuellement de reconstituer un monde bipolaire ". A ce titre, la guerre d'Irak est une preuve de plus de la détermination américaine : " [Il] est d'ores et déjà certains que l'opération " Liberté pour l'Irak " a été remarquablement préparée, une constatation qui donne encore plus de poids à l'hypothèse selon laquelle les Etats-Unis étaient déterminés à en finir avec Saddam, quelles que pussent être les complications diplomatiques ". Et l'une de ces complications, et non des moindres, est le risque d'une brouille durable entre les Etats-Unis et une partie de la Communauté Européenne, c'est-à-dire la France et l'Allemagne. L'auteur préfère regarder au-delà d'une simple discordance, et se place déjà dans l'anticipation : " La politique gère les émotions, mais appartient au domaine de la raison. Parler d'un divorce euro-américain est pour le moins prématuré. Mais le moment est venu, d'un côté comme de l'autre, de se poser des questions esquivées dans le passé. Si nous abordons la question de l'avenir de l'Union à la manière de Louis XI, c'est-à-dire en nous interdisant les trop faciles satisfactions des effets de verbe qui suscitent des applaudissements sans lendemain et des rancunes tenaces, pour nous concentrer sur la construction à long terme, l'Europe puissance restera une possibilité ouverte pour les générations suivantes ".

De par son étude approfondie, Thierry de Montbrial ouvre une perspective particulièrement riche des quinze années écoulées entre la chute de la superpuissance soviétique et une seconde guerre du Golfe, premier conflit majeur du 21e siècle. Une somme d'information qui permet, a posteriori, de mieux comprendre l'évolution des relations et des conflits géopolitiques, liés entre eux par des aspects encore plus nombreux, et qui appellent des perspectives multiples. " L'Union soviétique, sur laquelle tant de nouveaux Etats indépendants ont pris appui, n'a pas survécu à son incapacité de s'adapter à la révolution technologique, laquelle constitue aussi la cause la plus fondamentale de la nouvelle vague de mondialisation. La chute de l'URSS a laissé un monde déstructuré mais unipolaire. Les questions qui vont dominer le début du XXIe siècle sont maintenant bien identifiées. Les réponses restent ouvertes ".

Par Vincent Fabre - Mars 2004
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