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«Hyperterrorisme : la nouvelle guerre», François Heisbourg et la Fondation nationale pour la recherche stratégique (FNRS), Editions Odile Jacob, octobre 2001, Paris

Les attentats du 11 septembre ont déclenché un nouvel ordre géopolitique mondial. «Hyperterrorisme : la nouvelle guerre» a été l'un des premiers ouvrages à proposer une analyse des événements et de leurs suites. François Heisbourg et les chercheurs de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), forts de leur expérience unique en matière de défense et de sécurité, dissèquent dans les moindres détails les attentats et leurs conséquences.

Les attaques perpétrées contre les tours du World Trade Center s'inscrivent dans une évolution précise de la mouvance islamiste et de ses champs d'action. Dans nombre d'Etats du Moyen-Orient à tendance dictatoriale, le terrorisme religieux est devenu le seul mode d'expression politique. Le berceau idéal formé par les camps d'entraînement à la frontière pakistanaise, l'émergence d'une nouvelle race de terroristes diplômés d'universités occidentales et l'exemple des Palestiniens du Fatah entre 1970 et 1990 ont conduit au résultat que l'ont sait. Avec le risque de voir apparaître "un nouveau cycle de terrorisme", mondialisé et high-tech.

L'ouvrage de la FRS plonge le lecteur dans les méandres du mode opératoire des attentats et précise qu'il s'agit "d'une des plus remarquables opérations militaires conduites depuis des dizaines d'années". Le délai de préparation -plusieurs années- balaye les hypothèses de responsabilité unique de l'administration Bush, alors que les futurs "martyres" s'entraînaient au pilotage de Boeing 757-767 sous la présidence de Bill Clinton. Entre terrorisme et guerre apparaît dès lors le nouveau concept d'hyperterrorisme.

La riposte allait poser de nombreux problèmes d'alliance, entre alliés traditionnels et nouveaux venus, de plus ou moins bon gré. Ainsi Vladimir Poutine créait la surprise en soutenant très vite la coalition antiterrorisme, tout comme les Européens. Mais la riposte s'est aussi heurtée à des problèmes d'ordre juridique : la question de l'état de guerre -ou non- s'est posée, avec toutes les mesures sociétales et militaires qui en découlent.

A conflit nouveau, riposte inédite

François Heisbourg et son équipe reviennent aussi sur la notion de "guerre asymétrique", terme pourtant fermement écarté lors d'une précédente conférence de la FRS. Pour endiguer ces nouvelles menaces, les Etats-Unis entendent utiliser le "contrôle stratégique" dont le but ultime dans cette nouvelle nature de guerre est de «contrôler le comportement de l'adversaire» plutôt que de «détruire ses forces ou d'occuper son territoire».

Point particulièrement intéressant, les nouvelles formes de terrorisme décrites dans le détail, des types précis d'agents chimiques et biologiques jusqu'aux possibilités de diffusion, en passant par une évaluation de la faisabilité de chaque hypothèse. De l'autre côté de la barrière, la répression du terrorisme s'oriente, elle aussi, vers de nouveaux moyens d'actions : gel des financements, partage des ressources, etc.

Enfin, Hyperterrorisme : la nouvelle guerre s'attarde sur la redéfinition des alliances -en premier lieu le nouveau rôle de la Russie- et les clivages subsistants, comme le montre la position délicate de la Chine. La situation instable des pays d'Asie centrale voisins de l'Afghanistan est aussi longuement abordée, tout comme les conséquences des attentats pour l'OTAN et le rôle joué par l'Europe.

A noter, les excellentes annexes de l'ouvrage : chronologie précise de l'attaque et de la riposte, déclarations retranscrites de Bush et de Ben Laden, fiches des pays d'Asie centrale et liens internet pertinents, tout y est.

Xavier Frison