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«La guerre ne fait que commencer. Réseaux, financements, armements, attentats... les scénarios de demain», Alain Bauer et Xavier Raufer, Nouvelle édition révisée et augmentée par les auteurs, Editions Gallimard, Folio Documents, 2003

On ne présente plus Xavier Raufer et Alain Bauer. Ces deux spécialistes de la géopolitique et de la sécurité des multinationales se sont à nouveau penchés sur le phénomène terroriste international. En prenant pour base la première édition de leur étude publiée en février 2002, ils valident et confirment leurs diagnostics d'alors sur l'évolution de la situation internationale… et donnent leur vision des moyens à mettre en oeuvre pour enrayer l'escalade du terrorisme et de la guerre planétaire.

Et si les grandes puissances avaient fait fausse route depuis dix ans ? Et si l'armada technologique, les armes surpuissantes, étaient en réalité d'une complète inutilité face à un nouveau type de conflit ? Des questions troublantes qu'osent poser Xavier Raufer, spécialiste de géopolitique et du terrorisme et Alain Bauer, criminologue et expert de la sécurité des multinationales, dans leur récent essai La guerre ne fait que commencer. Leur postulat de base n'est ni plus ni moins qu'une remise en cause de la vision des conflits mondiaux tels qu'ils sont envisagés depuis la Seconde Guerre mondiale. Forts des prévisions établies au lendemain du 11 septembre 2001 dans la précédente édition de ce même essai, les auteurs dressent un tableau parfois troublant des politiques de défense des grandes puissances. Ce faisant, ils avancent un certains nombres de pistes qui pourraient permettre une véritable prise de conscience des lacunes des stratégies de défense mis en place depuis dix ans.

Pour ces deux spécialistes de géopolitique, la tragédie du 11 septembre 2001 et ses conséquences trouvent leurs racines dans une période récente, qui a suivi la fin du bloc soviétique, « dans la parenthèse historique qui s'ouvre par la chute du Mur de Berlin et se referme, justement, par celle des deux tours du World Trade Center ». C'est précisément à cette époque que s'est jouée la crise qui se profile aujourd'hui : «[…] Cette période d'un peu plus d'une décennie est marquée par un fait majeur, longtemps masqué et, par conséquent, ignoré ou nié : l'absence d'adaptation [des] forces de sécurité (défense, renseignement) au nouveau chaos mondial ». Un constat particulièrement vrai pour la désormais seule superpuissance toujours existante : les Etats-Unis d'Amérique. Un géant à la force colossale, mais inadaptée pour les auteurs : « Les armes bâties grâce à [des] efforts humains et financiers colossaux étaient conçues pour des affrontements aéro-terrestres rares mais à grande échelle, impliquant des Etats-nations puissants, tous dotés d'appareils de défense modernes et développés ». Rien d'étonnant donc pour que le 11 septembre ait été une surprise pour les stratèges américains, tant par sa violence que par la découverte d'un nouveau type d'ennemi et d'une nouvelle forme de conflit.

Dès lors, Xavier Raufer et Alain Bauer pointent les lacunes des systèmes de sécurité ultramodernes censés protégés les Etats-Unis et leurs alliés : « Tous les rapports officiels américains post-11 septembre soulignent deux défauts graves dans la cuirasse antiterroriste des Etats-Unis : manque de coordination […] entre services de l'Etat fédéral, […] flagrant manque de sources humaines dans la nébuleuse du jihad mondial ». Trop de technologie et pas assez de sources de terrain, c'est le bilan de ce que les auteurs appellent «la ligne Maginot électronique».

Xavier Raufer et Alain Bauer s'appuient ensuite sur leur connaissance du monde terroriste international pour en dresser un tableau précis, des hommes aux structures, en passant par le soutien logistique existant sous des formes clandestines dans divers pays, y compris les Etats-Unis eux même. Et par là même donner les clés qui, selon eux, pourront permettre aux grandes puissances de se doter d'appareils de défense efficaces. Ceux-ci devront être prêt à une guerre d'un genre inédit, « non pas faite à une armée classique et organisée mais à un vivier, à des noyaux, à des groupes instables et temporaires ». A travers ce compte-rendu quasi exhaustif de la nébuleuse Al-Qaïda, le lecteur prend conscience de l'extrême complexité d'une lutte face à un adversaire « à la fois informe et protoplasmique ».

Pourtant, les solutions existent. Mais elles ne sont pas à chercher dans les tactiques de ripostes traditionnelles, puisque « la méthode inventée empiriquement à la fin des années 80 ne suffit plus » assurent les auteurs. Fini les ripostes massives, avec pour but avoué de " frapper la tête " de l'ennemi. Place aux attaques ciblées, discrètes et rapides, basées essentiellement sur le renseignement, la pierre angulaire de cette nouvelle guerre. C'est dans l'obtention, et même plus précisément «au niveau du dévoilement, de la réflexion préalable » que se situent l'enjeu majeur selon Xavier Raufer et Alain Bauer. « Un appareil à pressentir/déceler/projeter […] réalisera des diagnostics permettant d'apprendre beaucoup de ce qui peut prévenir le danger - ou permettre de riposter ».

Loin de sombrer dans le catastrophisme, les auteurs nous livrent un essai enrichi basé sur des thèses nouvelles concernant la résolution des crises mondiales. Des idées qui font leur chemin, à la lumière des mises en échec des anciennes méthodes. L'enlisement de l'occupation américaine en Irak semble être une pierre de plus dans le jardin des auteurs. L'absence d'un réel consensus autour des Etats-Unis, et surtout la prudence affichée de nombreux pays, dont la France, face à la crise, pourraient signifier que le temps est venu de repenser le cours, et surtout l'anticipation, des conflits du XXIème siècle.

Par Vincent Fabre - Décembre 2003
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