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«L'Arrogance française», Romain Gubert et Emmanuel Saint-Martin, Editions Balland, 2003

Publiée quelques mois après la crise irakienne, au cours de laquelle la France a retrouvé une voix sur la scène mondiale et tenté d'incarner une alternative au modèle de relations internationales défendu par l'administration Bush, L'Arrogance française fait le procès de cette tendance à s'ériger en modèle.

«Comment désespérer des meilleurs amis», «Les Don Quichotte de la République», ou «Faites ce que je dis pas ce que je fais» : les titres des neufs chapitres du livre de Romain Gubert et Emmanuel Saint-Martin, journalistes à l'hebdomadaire Le Point, donnent le ton de cette charge sans nuances contre la politique étrangère de la France. Pour les auteurs, les Français vivent dans l'illusion que leur pays «se doit d'offrir au monde les Lumières, le Droit, la Liberté». «Fort bien», ajoutent-ils, «sauf que nos prêches, nos coups de menton, envolées lyriques et autres péroraisons ont fini par lasser la planète».

A l'appui de leur démonstration, les deux journalistes citent pêle-mêle les tentatives coûteuses et vaines de conserver une cour d'Etats obligés organisée autour de la Francophonie, l'argent déversé dans des opérations de prestige en Afghanistan au détriment de l'efficacité et du rayonnement à long terme, ou les vexations imposées aux responsables francophiles du monde entier sous prétexte d'affirmer le rang de la France notamment face aux Etats-Unis.

Par la multiplication d'exemples plus ou moins anecdotiques, principalement relevés au cours de la dernière décennie, Romain Gubert et Emmanuel Saint-Martin dressent un double constat. D'une part, obsédée par l'idée de rayonnement politique et culturel, la France réagit aux événements du monde de manière désordonnée, comme si elle cherchait plus à exister au yeux des autres qu'à élaborer une politique étrangère cohérente sur le long terme. D'autre part, et ce constat découle du premier, loin de s'imposer comme un acteur influent sur la scène internationale, la France se marginalise un peu plus à chaque occasion perdue.

L'illustration la plus frappante fournie par les auteurs est le réflexe hexagonal de vouloir imposer des Français à la tête de toutes les grandes organisation internationales et européennes. Non seulement la France énerve ses partenaires en faisant de chaque nomination une question de prestige national, mais elle délaisse du même coup les postes à responsabilité inférieure, ceux-là mêmes où des pays comme le Royaume-Uni peuvent exercer une influence discrète mais efficace sur le fonctionnement des institutions en question.

D'une écriture vive et conçue comme un " coup de gueule " plutôt qu'une analyse approfondie, L'Arrogance française n'aborde pas la question de la place d'une puissance moyenne dans un paysage mondial en plein bouleversements. Au risque de confondre les symptômes de la politique étrangère de la France avec ses causes.
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Par Eric Maurice - Décembre 2003
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