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«La Grande Alliance. De la Tchétchénie à l'Irak : un nouvel ordre mondial», Frédéric Encel et Olivier Guez, Editions Flammarion, mars 2003

Voilà un essai de géopolitique sur l'après-11 septembre, et plus particulièrement sur les relations entre les Etats-Unis et la Russie, qui accorde une large place à la "pétro-stratégie". Pour Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient et docteur en géopolitique, et Olivier Guez, journaliste au service International de La Tribune, le rapprochement spectaculaire observé depuis le 11 septembre 2001 entre Vladimir Poutine et Georges W. Bush repose principalement sur les enjeux du pétrole et la lutte contre le terrorisme islamiste. Au point de former ce qu'ils appellent une "Grande Alliance". Une analyse qui a le mérite de dévoiler les dessous de cartes souvent complexes dans des régions pétrolières (Golfe arabo-persique, Golfe de Guinée, bassin de la Caspienne, Amérique latine) où se mêlent de nombreux intérêts.

Le contrôle du pétrole, nerf de la guerre et enjeu majeur des relations internationales ? Même si cette grille de lecture ne fait pas l'unanimité et ne peut pas tout expliquer (rivalités ethniques, religieuses, idéologiques, politiques…), elle est en tout cas au centre de l'analyse proposée dans cet essai pour expliquer la normalisation et le rapprochement spectaculaire observée entre les Etats-Unis et la Russie depuis le 11 septembre. En effet, pour nos deux auteurs, la nouvelle alliance entre Washington et Moscou repose sur un partenariat pétrolier inédit, sur fond de lutte contre le terrorisme et d'intérêts communs partagés.

Pour les Etats-Unis, qui consomment le quart de la production mondiale de brut et engloutissent près de 20 millions de barils par jour, le pétrole reste l'énergie reine. " Dans vingt ans, deux barils sur trois devront être importés, principalement du Golfe ", précisent les auteurs. Le 11 septembre a eu notamment pour conséquence de changer la donne sur le plan énergétique. Les Américains, méfiants à l'égard de leur allié saoudien depuis les attentats, vont chercher à diversifier leurs sources d'approvisionnement. Du Golfe de Guinée au bassin prometteur de la Caspienne, de l'Irak à la Russie, Washington mène " une diplomatie énergétique tous azimuts " depuis les attentats du 11 septembre. Sur fond de lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis vont ainsi prendre position sur l'échiquier mondial pétrolier. Le partenariat énergétique américano-russe s'inscrit dans ce contexte géostratégique mouvant.

Après avoir détaillé le grand jeu pétrolier des Américains, les auteurs expliquent les intérêts russes à un tel partenariat. En effet, pour Vladimir Poutine, cette grande alliance est indispensable pour le développement économique de son pays. " La Russie, forte productrice de pétrole et en quête de devises pour reconstruire son économie délabrée, présente de substantiels avantages ", indiquent Frédéric Encel et Olivier Guez. Le président russe, en soutenant les Etats-Unis dans leur combat contre l'islamisme radical, peut aussi avoir les mains libres pour régler le problème tchétchène ou encore contenir les menaces séparatistes en Géorgie par soldats américains interposés… Bref, toute la force du livre est de rappeler avec justesse comment des intérêts économiques bien compris peuvent masquer des enjeux géopolitiques plus discrets.

Pourtant, il convient de ne pas oublier que toute alliance, qu'elle soit grande ou pas, reste fragile et peut basculer à tout moment. Quel sera le futur de cette " Grande Alliance " après la guerre en Irak ? La coopération militaire discrète de la Russie avec la Chine ou l'Iran portera-t-elle préjudice au partenariat stratégique avec les Etats-Unis ? Les deux auteurs n'oublient pas de poser ces questions essentielles à la fin de leur ouvrage. " Hors du Proche-Orient, ce sont les intérêts de la Russie qui sont les plus menacés par un changement de régime à Bagdad ", précisent-ils. Quant au dossier iranien, délicat en raison de la doctrine américaine de "l'axe du mal" et la vente d'armes et le transfert de technologie nucléaire de Moscou à Téhéran, la partie s'annonce serrée pour Vladimir Poutine. Autant d'incertitudes sur l'avenir de cette "Grande Alliance"...

Par Julien Nessi - octobre 2003

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