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«Vivre en guerre. L'existence au jour le jour dans quelques lieux exposés au pire», Sous la direction de Myriam Gaume, Editions Phébus, Février 2003

Comment vivent ceux qui subissent la guerre sans la faire ? Qu'y a-t-il de commun entre tous ces hommes et ces femmes exposés au pire sans l'avoir voulu ? Comment les civils arrivent-ils à surmonter les tragédies et les souffrances de la guerre ? Difficiles de le savoir vraiment tant que l'on ne l'a pas vécu. A moins de se plonger dans le livre " Vivre en guerre ", un ouvrage collectif rassemblant les récits personnels et violents de huit grands reporters de langue française. De Karachi à Bogota, de Kaboul à Alger ou encore de Grozny à Lubumbashi, ces journalistes de terrain nous plongent dans le quotidien meurtri et douloureux de toutes ces victimes innocentes de la violence politique.

" Huit reporters au long cours sont devenus conteurs pour nous faire découvrir ces terres de brasiers - qu'eux mêmes ont parcourues au risque parfois de se perdre. D'escale en escale, leur regard ne pirate plus l'actualité et ses coups d'éclats, mais dévoile des caractères universels ancrés dans le temps présent ", prévient dans sa préface Myriam Gaume, elle-même journaliste et auteur du récit sur le Kosovo, à qui l'on doit l'initiative de ce livre.

A Karachi, le grand port du sud du Pakistan, la vie peut être fauchée à tout moment, au coin d'une rue sombre ou dans les bas-fonds de la ville,
" où l'on égorge comme on respire ". Les statistiques parlent d'elles-mêmes : 3 000 morts par an, 800 000 héroïnomanes… C'est dans cet enfer urbain que nous fait pénétrer Olivier Weber, grand reporter au Point, parti à la rencontre de ceux et celles qui sont confrontés tous les jours à cette dure réalité. Comme, par exemple, Ludna Tiwana, une femme flic de choc qui se consacre à la défense des femmes battues, violées ou fouettées. Une " mère courage " qui représente encore une lueur d'espoir dans cet univers de violence.

A Alger aussi, la violence n'en finit pas de briser des destins. Et ceux qui combattent la haine sont les premier exposés. Comme Laadi Flici, médecin et poète, qui s'est battu pendant des années pour la liberté et la tolérance, avant d'être assassiné par trois islamistes dans son cabinet médical. C'est l'histoire de cet homme engagé que nous raconte Martine Gozlan, la journaliste de Marianne, pour qui " ces victimes forment un peuple lourd et obscur ".

En Afrique noire, ce ne sont pas les reportages d'actualité qui manquent sur les conflits ethniques, les rébellions sanglantes ou les guerres régionales impliquant trafiquants de diamants, chefs d'Etat véreux, mercenaires à la solde du plus riche ou soldats loyalistes sous-équipés. La Côte d'Ivoire est malheureusement là pour nous le rappeler. Mais que sait-on exactement de ceux qui subissent ces tragédies ? Dans quel état d'esprit sont-ils avant un nouvel assaut sanglant de rebelles ? Dans Vivre en guerre, Jean-Pierre Campagne, grand reporter pour l'AFP, nous fait revivre à travers le personnage de Pierre le climat de peur et d'angoisse qui règne à Lubumbashi, au Congo, quelques jours avant l'assaut décisif des troupes de Kabila en avril 1997. Un temps suspendu où le désespoir et la détresse peuvent se lire sur le visage des hommes.

D'autres récits de reporters, aussi poignants les uns que les autres, nous entraînent ainsi dans l'intimité de ceux qui vivent sur ces terres de souffrance et de violence : le Kosovo, la Colombie, la Corée, l'Afghanistan et l'Arménie. Parfois bouleversants, souvent captivants, ces textes offrent de toute évidence un autre regard sur la planète rebelle.

Par Julien Nessi - octobre 2003

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