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«L'information, c'est la guerre», Revue Panoramiques, dirigée par François Bernard Huyghe, 175 pages

" Comment cohabiteront trois guerres : celle des écrans qui conquiert les têtes, celle des armes intelligentes et celle de l'intelligence militarisée ? ", c'est la question qui ouvre une livraison stimulante de la revue Panoramiques " L'information, c'est la guerre ".

Sous la direction de François Bernard Huyghe, de nombreux experts, philosophes, militaires, chercheurs en sciences de l'information ont planché sur diverses questions relatives au rôle stratégique de l'information et des nouvelles technologies en temps de guerre. " La guerre est devenue à la fois drame humain impliquant tous les hommes parce qu'il met en scène des individus qu'il rend proches mais aussi spectacle que remplaceront demain d'autres images dans la perpétuelle urgence du temps médiatique ", écrit François Bernard Huyghe. Ainsi les " missiles, les émissions et les électrons sont les panoplies des batailles à venir ".

Non que ce projet soit complètement nouveau puisque comme le rappelle l'historienne Catherine Bertho Lavenir " le projet d'inventer une technique de gestion de l'opinion est un projet militant et militaire ". Dès la guerre de 14-18, les pouvoirs publics " s'attachent à créer une image idéale qui gomme l'horreur des combats ". Les exemples de "manipulation" -ou du moins de tentative- de l'opinion sont édifiants et leur description s'appliquerait tout aussi bien aux touts récents conflits : "Lorsque le gouvernement américain se rend compte, en avril 1917, que l'opinion est loin d'être convaincue du bien fondé d'une intervention en Europe (…) il décide de présenter la guerre comme un combat du bien contre le mal et une action pour diffuser la démocratie dans le monde ".

" La guerre du sens "

Désormais que la guerre relève moins du " combat contre l'ennemi de la nation " que de la " punition contre l'incarnation du mal ", " l'opinion est devenue le principal enjeu des guerres actuelles, en fait des expéditions punitives du fort contre le faible ", analyse le philosophe Régis Debray, " Dans une société qui tend à s'identifier aux victimes, émotionnellement du côté du faible, comment exercer impunément la suprématie de la force. En Irak et au Kosovo, " l'enjeu n'était pas ce qui pouvait se passer sur le terrain, et que l'on savait par avance (…) mais d'empêcher le décrochage intérieur ", conclut-il.

Le général Loup Francart, ancien chargé de mission à l'état major de l'armée de terre estime lui que la complexité des nouvelles données stratégiques mondiales oblige à mener une " guerre du sens " pour faire admettre " le sens de la guerre ". " Les conflits de la première moitié du 20è siècle et la période de la guerre froide contenaient en eux-mêmes leur sens. L'agresseur allait de soit, il était quasiment héréditaire ", désormais il " importe de donner un sens au comportement des belligérants " qui ont souvent des légitimités contradictoires au conflit. D'où la justification des manœuvres d'intoxication, propagande, endoctrinement tout en relativisant l'adhésion spontanée d'opinions souvent méfiantes vis-à-vis des stratégies de communication.

C'est dans ce contexte que sont nés aux Etats-Unis les concepts de "guerre propre " ou de " zéro mort ", une guerre ultra précise, menée à distance qui satisferait les opinions occidentales. Une " Blitzkrieg radicale et propre " dont l'efficacité reste problématique selon le stratégiste et docteur en philosophie politique Philippe Forget car " si les technologies numériques ont bien aveuglé le pouvoir de Saddam Hussein, ce sont les vagues successives de B52 qui ont brisé sous un tapis de bombes l'armée irakienne ". C'est dire que le fantasme de la guerre sans morts n'est qu'un objectif dans une stratégie d'information destinée à moraliser un conflit… Une guerre sans heurts, une guerre sans guerre, une guerre sans paix ?

Par Régis Soubrouillard - Juillet 2003

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