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«L'économie hydrogène. Après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique», Editions La Découverte, octobre 2002, Paris

Après son précédent ouvrage, " La fin du travail ", l'économiste Jeremy Rifkin s'attaque dans " L'économie hydrogène " à un autre monument de la civilisation moderne : le système économique mondial. Dans son nouvel ouvrage, le président de la Foundation on Economic Trend prédit un futur troublé aux marchés d'échange, avec la disparition de la pierre angulaire de cet ensemble : le pétrole.

Et si demain, vous n'aviez plus d'essence à mettre dans votre voiture ? Et si le pétrole, élément essentiel au fonctionnement de la vie quotidienne, produit brut ou à l'origine de multiples dérivés, fondements de plus de la moitié des industries, venait à s'épuiser ? Ce scénario incroyable, l'économiste Jeremy Rifkin l'envisage très sérieusement. Et contrairement à de nombreux experts qui estiment les réserves mondiales à quarante ans, ce spécialiste des marchés et des échanges assure que cet évènement majeur devrait se produire dés la fin de la décennie. Voilà qui pourrait ressembler à un scénario catastrophe pour une société industrielle qui s'est façonnée sur " l'or noir " depuis prés de deux siècles. Pourtant, Jeremy Rifkin y voit l'occasion d'une extraordinaire révolution pour ce géant aux pieds d'argile qu'est l'économie moderne. Une révolution que l'économiste place au rang de celle du siècle des Lumières ou de l'avènement des démocraties modernes, " une période […] tumultueuse, qui voit les orthodoxies remises en cause, tandis que se font jour des possibilités inédites ". Une révolution qui serait à l'origine d'un changement radical du visage de notre civilisation. " Vers le milieu du XXIe siècle, nous serons probablement en mesure de produire des biens et des services pour tous les habitants de la planète en n'utilisant qu'une petite fraction de la main d'œuvre aujourd'hui nécessaire " assure notamment Jeremy Rifkin. Cette révolution verrait le pétrole remplacé par une nouvelle source d'énergie : l'hydrogène, symbole de l'évolution des sciences, de plus en plus axées sur la biotechnologie.

Mais avant de se projeter dans cet avenir séduisant, l'économie mondiale doit se préparer à une des crises énergétiques les plus sévères qu'elle n'ait jamais connu. Jeremy Rifkin consacre ainsi la première partie de son ouvrage à mettre à jour les causes de la fin de " l'or noir ". Le décor est celui d'une économie sans nuage pour les pays industrialisés, dans laquelle " les pays membres de l'OPEP [luttent] pour maintenir leurs parts de marché face à des producteurs qui n'appartiennent pas à ce cartel - comme la Russie, le Mexique et la Norvège - mais dont dépend une part croissante de la production mondiale de pétrole. […] Les prix à la pompe augmentent, mais dans des proportions raisonnables. Quant aux discours sur les économies d'énergie - autrefois un sport national - ils se font désormais rarement entendre, que ce soit aux Etats-Unis ou dans les autres pays industrialisés."

Ce beau tableau est pourtant sur le point de voler en éclat, malgré les certitudes des gouvernements : " A en croire l'Agence d'information sur l'énergie, il faudra encore attendre trente-cinq ans avant d'atteindre le pic de la courbe de production du pétrole brut - plus de temps qu'il n'en faut pour effectuer la transition vers des stratégies énergétiques alternatives ". Un temps qui est en réalité bien moindre selon Jeremy Rifkin : " […] Des géologues […] et des experts du pétrole publient les résultats de nouvelles études fondées sur des modélisations informatiques qui disent tout autre chose. D'après leur calculs, la courbe de la production globale de brut pourrait atteindre son pic avant 2010 et, quoi qu'il en soit, pas plus tard qu'en 2020 ". Pourquoi un si grand écart dans les estimations ? " L'essentiel du problème a partie lié aux différentes définitions qu'il est possible de donner au terme de " réserves ", qui peuvent être selon le type de compagnies " actives et inactives, probables, possibles, déduites, identifiées et non découvertes " avance Jeremy Rifkin. Mais également sur la nuance entre réserves et ressource, entre pétrole exploitable et celui dont le traitement n'est pas rentable " en l'état actuel des technologies disponibles et de l'état du marché ". Bref, l'enjeu est tout autant scientifique que sémantique. Surtout, il permet aux Etats et aux sociétés de " brouiller les chiffres à des fins politiques et commerciales ", selon l'auteur.

Pourtant, la réalité est bien là pour Jeremy Rifkin, les réserves exploitables de pétrole vont décliner. Conséquence implacablement logique, les pays producteurs vont prendre un poids commercial, géopolitique et financier très important. Jeremy Rifkin revient sur ces
" gardiens du trésor " dans la seconde partie de son livre, en les différenciant selon leur situation géographique. Bien évidemment, si des pays tels que la Russie ou le Mexique, eu égard à leur capacité de production, sont des garanties pour le soutien de l'économie, il n'en va pas de même pour les pays du Golfe Persique et de la péninsule arabique, qui, depuis la naissance de l'Opep, sont moins aisément enclin à un alignement avec les pays industriels. Prenant appui sur les évènements qui ont récemment secoué les relations internationales, Jeremy Rifkin revient longuement sur le rôle qu'est appelé à jouer l'Islam, religion de dix des treize Etats de l'Opep, dans la géopolitique de l'énergie. L'auteur consacre une grande partie à une véritable plongée historique et philosophique dans la religion musulmane, à travers ses fondements, ses valeurs, et surtout son opposition avec l'Occident, matérialisée par une montée du fondamentalisme : " La jeune génération [de ces pays] à de plus en plus tendance à considérer le pétrole comme l'instrument d'une vaste " remise à zéro " des comptes : une arme à la fois spirituelle et géopolitique, qui, une fois mise au service d'Allah, garantira à nouveau le rayonnement de l'Islam ".

Face à un avenir qui paraît donc de plus en plus sombre pour l'économie mondiale, Jeremy Rifkin n'épargne pas le lecteur. Cataclysme, réchauffement de la planète, disparition de terres suite à la montée des eaux sont quelque unes des réjouissances qui nous attendent selon l'économiste. Une fois encore, ces projections dépendent de la politique des Etats industriels : " […] le passage aux combustibles polluants pourrait conduire à un choc frontal entre les impératifs de la géopolitique et le besoin de protéger la biosphère, ce qui ferait courir des risques sans précédent à la civilisation humaine et à la planète elle-même ". Au contraire, Jeremy Rifkin en est persuadé, l'heure est venue pour la civilisation moderne, celle de la révolution industrielle, de passer à une nouvelle étape de son évolution, par le biais d'une transformation de son modèle énergétique. Un modèle au sein duquel l'hydrogène, " élément le plus universellement répandu " tiendrait un rôle majeur : " La vision d'un monde futur fondé sur l'hydrogène […] fait aujourd'hui l'objet de toutes les attentions de la part des administrateurs des plus grandes compagnies pétrolières, des constructeurs d'automobiles et des services publics, ainsi que d'un nombre croissant d'hommes politiques et d'organisations non gouvernementales dans les pays industrialisés comme dans le tiers-monde ".

L'auteur fait ensuite un véritable exposé technique. Extrêmement bien documenté, Jeremy Rifkin s'appuie sur les conclusions de scientifiques réputés pour présenter ce qui pourrait devenir réalité. Décarbonisation, hydro-électricité, pile à combustible à base d'hydrogène sont autant de moyens menant à cette nouvelle énergie. " Si elle parvenait à l'exploiter, l'humanité aurait accès à une source d'énergie potentiellement
illimitée "
assure Jeremy Rifkin.

Par Vincent Fabre - Juillet 2003

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