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«Hugo Chavez et le Venezuela», Frédérique Langue, Edition l'Harmattan, 2002

Frédérique Langue analyse dans cet ouvrage les conditions de l'accession au pouvoir d'Hugo Chavez et plus généralement la figure très médiatique et controversée du président vénézuélien. Chercheur au CNRS et ancien professeur à l'université de Caracas, l'auteur décrit également les années de gouvernement d'Hugo Chavez.

L'apparition de cet homme qualifié par certains de " providentiel " correspond à un moment bien précis de l'histoire du pays. La classe politique vénézuélienne, totalement discréditée, ne présente pas de véritables alternatives. Dans ce contexte incertain, économique-ment déprimé, les propositions de changement du candidat Chavez, parmi lesquelles figure la volonté de réforme de la constitution sont attrayantes pour l'électorat.

Selon l'auteur, le projet politique du candidat reste néanmoins assez flou. Là où Hugo Chavez se distingue, c'est à un autre niveau : sa personnalité. Il incarne à merveille le leader charismatique qui manque au pays. Mélangeant au gré de son inspiration les références historiques, il cite Ezequiel Zamora, Simon Bolivar, et Simon Rodriguez, personnages clés de la révolution bolivarienne. Il ne se prive pas de l'usage du mythe, d'ailleurs une constante de l'histoire vénézuélienne.

La construction d'un imaginaire spécifique, mêlant mythes nationaux reconstitués à un discours nationaliste fortement personnalisé alliée au rejet du système des partis, ont probablement mené à la victoire d'Hugo Chavez lors de l'élection de 1998. Difficile à définir, le " chavisme " apparaît à ce moment là plus comme une étape que comme un mouvement politique structuré. Arrivé au pouvoir, Chavez doit faire face à ce défi. La " révolution pacifique et démocratique " apparaît alors dans toute sa complexité. Le président parvient à réformer la constitution et son gouvernement conserve les formes de la démocratie. Mais plusieurs changements s'esquissent. Les forces armées accèdent aux plus hauts niveaux de l'Etat ainsi qu'à la fonction publique et même à des attributions civiles. Un leadership civil se développe, près de 80% des postes à responsabilité sont occupés par des membres du nouveau régime.

Alors que Chavez se définit lui-même comme un " révolutionnaire démocrate ", l'opposition jusqu'alors divisée et très hétérogène commence à se manifester. Gabriel Garcia Marquez décrit d'ailleurs très bien la dualité du président et parle de deux hommes opposés : " A l'un une chance persistante offre la possibilité de sauver son pays. L'autre est en revanche un illusionniste, qui peut passer à l'histoire comme un despote de plus. "

Le style du président ne plait pas à tout le monde et ses tentations autoritaires suscitent de vives inquiétudes. Une série de " paros civicos " (manifestations citoyennes) sont organisées, les enseignants mais aussi les chefs d'entreprise, protestent contre la multiplication des décrets. Bon nombre de politologues estiment que sous couvert de démocratie, le gouvernement est en train de réaliser un coup d'état permanent contre la Constitution et la légalité. Malgré ces accusations, Hugo Chavez, rejetant l'idée de dialogue, réaffirme la ligne dure du gouvernement. La grève du mois de décembre 2002 a confirmé sa détermination.

Chercheur au CNRS, l'auteur a été professeur à l'université de Caracas et a déjà rédigé une " Histoire du Venezuela de la Conquête à nos jours".

Par Stéphanie Chemla - Juillet 2003

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