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«Bush s'en va-t-en guerre», Bob Woodward, Denoël, Impacts, mars 2003, Paris

Dans le monde du journalisme d'investigation, le nom de Bob Woodward reste une référence. Il est celui qui, avec Carl Bernstein, a révélé le scandale du Watergate qui causa la chute de Richard Nixon. Dans
" Bush s'en va-t-en guerre ", Bob Woodward replonge dans les arcanes secrètes du pouvoir, grâce à des interviews et des documents exclusifs. Il y révèle la mise en route de la machine de guerre américaine au lendemain du choc du 11 septembre 2001.

 

Le scandale du Watergate reste comme un modèle de journalisme d'investigation. Ce fut aussi l'heure de gloire pour deux journalistes du Washington Post, Carl Bernstein et Bob Woodward. Ce dernier a depuis multiplié les enquêtes et les témoignages. De la CIA au déroulement de campagnes présidentielles en passant par le fonctionnement de l'administration Clinton, Bob Woodward est toujours resté fidèle à sa méthode, faites de recoupements de sources et d'interviews de personnages clés.

Dans " Bush s'en va-t-en guerre ", il entraîne le lecteur dans les profondeurs secrètes des plus importants organes de décisions du gouvernement américain au lendemain des évènements de septembre 2001. Par le biais d'entretiens exclusifs, du Président lui-même à la plupart de ses conseillers, mais aussi grâce aux comptes-rendus des réunions de crises de la Maison Blanche, Bob Woodward reconstitue heures par heures la réaction de la machine de guerre la plus puissante du monde face à une des plus graves crises militaires depuis Pearl Harbor.

Que s'est-il passé à la Maison Blanche le lendemain du 11 septembre ? Pour de nombreux observateurs, cet événement restera comme une des pires épreuves qu'a connues la superpuissance américaine. Analyses politiques et stratégiques à long terme n'ont sans doute pas fini de fleurir. Pourtant, à ce jour, il manquait encore un véritable enquête, un suivi minutes après minutes des décisions des plus hautes instances américaines. Pour Bob Woodward, c'est bien là où réside la force de son livre, dans l'instantanéité de ses témoignages : " Ce livre contient une grande quantité d'informations nouvelles, documentées, que j'ai pu obtenir alors que les mémoires étaient encore fraîches, et les notes encore déchiffrables ".

" La décision d'entrer en guerre est une de celles qui définissent une nation, à la fois au regard du monde et, peut être plus encore, à son propre regard " rappelle Bob Woodward dans son préambule. Face au monde et aux Américains touchés dans leur chair, l'Amérique se doit de réagir. Pour justement permettre au lecteur de saisir toute l'urgence et le stress qui sort de chacune des décisions prises par l'Etat-major américain face à la crise, l'auteur a choisi de construire son récit comme une pièce. Les acteurs y sont décrits à travers leurs caractéristiques physiques et morales, mais aussi sous l'angle de leur passé et de leur expérience des crises politiques. De Georges Tenet, directeur de la CIA à Cofer Black, directeur du Centre de contre-terrorisme, en passant par Condoleezza Rice, conseillère à la Sécurité nationale ou Ari Fleischer, porte-parole de la Maison-Blanche, et bien sûr Georges Walker Bush lui-même, tous ont confié leurs pensées et surtout leurs réactions au lendemain du drame du World Trade Center.

La somme incroyable de témoignages patiemment récoltée fait du livre de Bob Woodward une exceptionnelle enquête. Le journaliste du Washington Post nous fait encore la preuve de sa science de l'interview et du recoupement d'informations essentielles. En faisant pénétrer le lecteur dans les arcanes de l'organe de décision américain, en parvenant à saisir la réalité et la dureté de cette crise, Woodward fournit un œuvre qui fera date dans l'histoire du journalisme d'investigation. Mais cette enquête à malgré tout son revers. A trop se focaliser sur le pouvoir central américain, Bob Woodward sacrifie le recul nécessaire. De fait, si le lecteur est remarquablement bien informé sur le fonctionnement de l'appareil d'Etat américain face à la crise, il ne peut malheureusement y découvrir qu'une seule vision de cette crise. Un son de cloche qui est aujourd'hui de plus en plus remis en cause à la lumière des récentes évolutions de l'actualité au Proche-Orient, concernant notamment les doutes sur l'existence d'armes de destructions massive en Irak.

Par Vincent Fabre - Juillet 2003

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