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«Opération Lys d'or», Sterling et Peggy Seagrave, Editions Michalon

Si les faits relatés n'étaient pas si dramatiques, la lecture d'Opération Lys d'or se ferait comme on découvre un roman d'aventures historiques : conquêtes, alliances, traîtrises, découvertes, ... émaillent en effet le récit de Sterling et Peggy Seagrave. Malheureusement, cet ouvrage, fruit de dix-huit années de travail, se veut le reflet exact d'événements qui advinrent en Asie de 1895 à la fin du XXe siècle. A lire attentivement les 384 pages du livre, on finirait par penser que l'histoire n'y fut que pillages et tueries, saccages, massacres et barbarie.

Cette histoire troublée commence avec l'assassinat de la reine coréenne Min durant l'année 1895, première de cinquante ans de brutalités et de rapines perpétrés en Corée par les troupes japonaises alliées aux organisations secrètes " Dragon noir " et " Océan noir ". L'armée japonaise dont l'objectif était l'anéantissement de la culture coréenne, usait de ces supplétifs (qui n'hésitaient pas à recourir aux rapts, tortures, viols) pour voler oeuvres d'art, manuscrits anciens, or et bijoux. Le pillage de la Corée, systématique, ordonné et méthodique fut l'occasion pour l'empire nippon de réduire en esclavage des millions de Coréens pour contribuer à l'effort de conquête qui l'animait au début du XXe. Le bellicisme impérial trouva en Mandchourie une nouvelle cible, riche de terres agricoles et de ports importants. En 1931, la Manchourie devint l'empire du Mandchoukouo dirigé depuis Tokyo. Le pays fut livré aux Ronins, groupes paramilitaires mafieux japonais animés d'un fort sentiment patriotique. Ces derniers organisèrent le sac des banques tandis que l'armée faisait du territoire sa base arrière pour le trafic d'opium et y installait son Unité 731 spécialisée dans les travaux sur les armes chimiques et bactériologiques. Dans le courant des années trente, l'armée japonaise allait conquérir la Chine centrale et méridionale, s'accaparant les richesses des seigneurs de guerre issues des trafics de drogue, du jeu et de la contrebande. A la suite du massacre de Nankin en novembre 1937, l'empereur Hiro Hito et ses conseillers créèrent le " Lys d'or ", organisation militaire et financière destinée à gérer les biens volés en Chine. La direction fut confiée au prince Chichibu, frère de l'empereur qui s'allia avec la pègre japonaise installant ses réseaux en Chine en collaboration avec les mafias chinoises. Une fois encore, le pillage, rendu nécessaire par les besoins de financement de l'armée, fut systématique. En 1941, l'armée de l'empire, forte de plus de 2 millions d'hommes, partit à l'assaut de la Thaïlande, de la Birmanie, du Cambodge, des Philippines pour y amasser, dans un climat de terreur, un butin considérable confié au " Lys d'or ". Tandis que militaires et paramilitaires volaient or, bijoux et oeuvres d'art, les banquiers nippons prenaient en main banques et bureaux de prêt. Malgré l'exploitation forcée des mains d'œuvre autochtones, le niveau économique des pays conquis se dégrada.

Cependant, un trésor considérable avait été réuni et le Lys d'or devait en assurer la sécurité. Tant que son transport maritime fut possible, une partie du butin fut expédiée au Japon. La présence navale américaine rendit ces manœuvres de plus en plus délicates à partir de 1942 ; aussi les princes de l'empire entreprirent de cacher une grande partie des richesses dans 175 " sites impériaux " (souterrains bunkerisés aux entrées condamnées) répartis dans l'ensemble des pays conquis. La supervision de la construction de ces sites fut confiée au prince et cousin de l'empereur Takeda Tsuneyoshi. Les emplacements et la conception des sites devaient demeurer secrètes si bien que le prince dû ordonner le sacrifice des militaires et ingénieurs japonais ainsi que des travailleurs forcés qui furent enterrés vivants dans les souterrains.

Bien que ces tout derniers événements demeurent entourés de secrets et aient peu été communiqués au grand public, l'essentiel de faits relatés jusqu'ici par Sterling et Peggy Seagrave ne sont qu'un rappel de l'histoire connue de l'Asie de la première moitié du XXe siècle. C'est avec la capitulation japonaise de 1945 que les mystères, les manipulations, les secrets et les trahisons entourant le Lys d'or vont prendre de l'ampleur et devenir, pour les auteurs, la face cachée la plus scandaleuse de la guerre du Pacifique menée par les Etats-Unis. Selon eux, la connaissance par les services américains du trésor japonais caché allait leur permettre d'en capter une part importante. Ces réserves devaient financer le " Black Eagle Trust ", fonds secret politique destiné à financer des partis dans les pays asiatiques et européens libérés et à assurer leur prise de pouvoir. L'or récupéré allait également permettre de maintenir le dollar comme valeur étalon des autres monnaies internationales.

Selon les auteurs, les moyens mis en œuvre par les U.S.A au Japon allaient être " totaux ", de l'usage de la torture (pour obtenir du chauffeur du général Yamashita les renseignements sur les emplacements des sites impériaux), jusqu'à la collusion avec la pègre japonaise et d'anciens généraux, mais aussi la corruption institutionnalisée, les rapts, extorsions et meurtres organisés par trois fonds secrets (dont le M-Fund qui rapatria les ingénieurs de l'Unité 731 aux Etats-Unis). Ceux-ci avaient également pour mission de financer la création des partis politiques (dont le Parti libéral démocrate - PLD, créé par le M-Fund qui était parvenu à réunir quelques 500 millions de dollars) de les mener au pouvoir, d'influencer la famille impériale et les cercles dirigeants. Pour s'attirer les faveurs de ceux-ci, les Etats-Unis conclurent avec le Japon le traité de paix de 1951 qui reconnaissait l'insuffisance des ressources nippones pour réparer les pillages commis antérieurement, anéantissant de la sorte les espoirs des victimes des pillages de recouvrer un jour leurs biens.

Une part importante du trésor japonais demeurait dans les anciens territoires conquis. Les Japonais organisèrent de nombreuses opérations destinées à récupérer ces richesses, notamment aux Philippines où ils contactèrent Marcos après son élection à la présidence en 1965. Cependant, bien avant cette date, la CIA s'était déjà alliée au futur président pour organiser les recherches et se partager le butin. Celles-ci aboutirent, obligeant les " associés " à procéder à la sanctification de l'or retrouvé (profitant de l'opération pour y ajouter des impuretés conférant au précieux matériau une origine philippine). Pendant 20 ans de présidence Marcos, d'importantes quantités d'or sortirent des Philippines via des ventes à des particuliers, des " exfiltrations " assurées par d'anciens agents de la CIA regroupés dans l'Entreprise, une organisation qui devait se charger, en lien avec le " Black Eagle Trust ", de financer des actions politiques en Iran, au Chili, à Cuba... Leurs activités de récupération, parfois assurées directement par la CIA ou quelques unes de ses vitrines, perdurèrent sous la présidence de Cory Aquino.

Ce travail de longue haleine, assuré avec diverses complicités dans des milieux d'extrême droite ou sectaires fut mis au jour pendant le procès du " bouddha d'or " qui se tint en mai 1993 et opposait les époux Marcos à la veuve de Roger Roxas, inventeur d'un bouddha qui lui avait été dérobé par le président alors en exercice. Selon Sterling et Peggy Seagrave, l'ampleur des scandales révélés alors et qui établissait la collusion entre le régime philippin et Washington ainsi que les " arrangements " entre Etats-Unis et Japon n'a pas empêché que les récupérations d'or perdurent. A ce jour, sous l'administration Bush, les opérations de recherche continuent ; l'implication américaine demeure importante au Japon via des canaux peu recommandables. Dans ces conditions, il est désormais impossible d'envisager que les victimes des pillages de 1930-1945 et leurs descendants obtiennent un jour réparation.

Par Frédéric Mar - Mars 2003

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