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«Famines et politique», Sylvie Brunel, Presses de Sciences Po, Collection "La Bibliothèque du citoyen", février 2002, Paris

En ce début de troisième millénaire, on peut encore mourir de faim quelque part dans le monde. C'est cette brutale réalité que Sylvie Brunel, ancienne responsable d'Action contre la Faim, a décidé de dénoncer. Grâce à une étude précise des grandes catastrophes alimentaires, elle nous apprend que, bien loin des problèmes climatiques, ce sont les malversations politiques qui sont à la source des famines…

La famine n'est pas une énigme, elle tient essentiellement à des raisons politiques : c'est l'opinion de Sylvie Brunel, l'ancienne présidente de l'organisation humanitaire internationale Action contre la Faim. Elle affirme que la production alimentaire est suffisante pour nourrir toute la planète et qu'il n'existe plus de famine naturelle. Même si des aléas climatiques ou des phénomènes naturels peuvent entraîner des difficultés dans certains pays, les moyens d'information et les systèmes d'acheminement des secours sont tels qu'ils devraient permettre de lutter efficacement contre ce fléau.

Pour servir sa théorie, elle dresse une typologie des famines. Les famines traditionnelles répondent à la volonté de faire disparaître des populations indésirables ou à soumettre des peuples à un gouvernement en place. Aujourd'hui ce sont des famines " niées ", que les gouvernements veulent cacher. Les nouvelles famines visent au contraire à se servir de la faim comme alibi pour obtenir une assistance internationale, elles peuvent être "créées" de toutes pièces ou "exposées" lorsque les Etats tirent parti de difficultés patentes (catastrophes naturelles par exemple).

Sylvie Brunel établit une distinction intéressante entre malnutrition et famine. Alors que la première, phénomène diffus, conséquence de la pauvreté et du sous développement, peut toucher des individus isolés, la seconde, localisée dans le temps et l'espace, peut atteindre des catégories sociales aisées. Selon l'auteur, pour combattre la malnutrition, il suffirait de mettre en place des programmes de " supplémentation nutritionnelle ". Mais la famine a de réels enjeux. Y mettre fin impliquerait de s'attaquer aux intérêts des régimes en place, et supprimer l'instrument de leur pouvoir et de leur légitimité. Le droit d'ingérence, revendiqué par la communauté internationale, est lui-même un remède à géométrie variable puisqu'il dépend de l'intérêt à agir des pays membres de l'ONU.

Du cas du Zaïre jusqu'à celui de la Corée du Nord en passant par le Rwanda et l'holocauste de la seconde guerre mondiale, l'auteur se penche sur les grandes famines du XXème siècle, plus meurtrières, selon elle, que les guerres.

A l'appui de ces différents exemples, Sylvie Brunel conclut que les famines contemporaines ne surviennent plus dans les traditionnels pays de la faim (Asie du sud, Nordeste brésilien). Ces derniers ont mis en place des plans pour les éviter. Les famines procèdent donc bien d'un dessein volontaire. Lutter efficacement contre la faim suppose une prise de conscience du caractère néfaste de l'aide inconditionnellement délivrée et une réelle volonté d'agir. Cette volonté existe-t-elle ?

Par Stéphanie Chemla - Mars 2003

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