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«Carnets afghans», Stéphane Allix, avec la collaboration de Natacha Calestrémé, Editions Robert Laffont, septembre 2002

L'Afghanistan. Un pays. Mais aussi une histoire de famille chez les Allix. Le père a parcouru ses vastes espaces magiques au côté de l'écrivain journaliste Joseph Kessel, en 1956. Au tour d'un des trois frères Allix, Stéphane, puis plus tard des deux autres, de prendre la route en 1988, à la fin de la guerre avec l'URSS, qui se transforme aussitôt en baptême du feu. Carnets afghans sont les récits au long cours de l'aventure personnelle et professionnelle intense de Stéphane Allix. Son témoignage, éloigné du discours académique de nombreux journalistes, cherche à lever un coin du voile sur un pays complexe et captivant, en proie à des guerres depuis plus de vingt ans.

Comme envoûté, Stéphane Allix s'est épris de l'Afghanistan dès ses premiers pas sur cette terre qu'avait foulé trente-deux ans avant lui son père au côté de l'écrivain Joseph Kessel. Fraîchement débarqué en 1988, Stéphane s'attache aussitôt à ce pays en guerre contre les Soviétiques depuis l'hiver 1979. Jeune journaliste, alors âgé seulement de dix-neuf ans, Stéphane Allix vit intensément ses premières heures afghanes dès son entrée clandestine grâce à un groupe de moudjahidin (les combattants de la liberté) via Peshawar au Pakistan, plate-forme obligée pour tous les combattants, journalistes, médecins et autres agents secrets ayant envie de se rendre dans ce pays oublié de la communauté internationale. Les sentiments et les sensations sont multiples, ambiguës et contradictoires. A peine arrivée, un égyptien dans le maquis venu aider le peuple afghan, dresse au journaliste en herbe "un portrait effrayant de l'Afghanistan : les bombardements quotidiens, les mines, les commandos russes, et puis, surtout, le comportement irrationnel des Afghans…". Au cours de ses épiques péripéties, parfois harassantes, Stéphane ne cache pas sa peur, une " peur qui va devenir un de mes sens. Elle perdra son caractère inquiétant. Elle sera ordinaire, pis : agréable ! ".

A corps perdu

Stéphane est parti pour raconter l'Afghanistan de l'intérieur. Celui de ceux qui y vivent. Certains diront de Stéphane Allix qu'il a été un journaliste occidental engagé, comme ces dizaines de Français fascinés par ce pays et qui se sont jetés souvent à corps perdu dans cette contrée meurtrie pour aider un peuple en proie à la guerre. Plus de vingt ans que cela dure… Et plus d'un million et demi d'individus y ont trouvé la mort. L'auteur livre un regard très personnel sur l'Afghanistan qui n'en reste pas moins pertinent, toujours en quête d'objectivité ou tout au moins d'honnêteté et de sincérité. Celui d'un homme qui cherche à comprendre… Son regard va bien au-delà de celui distant et froid du journaliste qui " ne fait que passer ". Stéphane reste plus longtemps et prend le temps. Il revient dans ce pays parce qu'il l'aime, comme attiré par un aimant. Son aventure humaine est également une découverte géographique. Paysages saisissants faits de " montagnes brûlées et de vallées émeraudes "… Le lecteur pourra retrouver certaines de ces images en photos, au milieu du livre, au côté de portraits d'Afghans, de taliban, d'amis et de membres de la famille Allix. Parcourir le pays, c'est aussi une course à couper le souffle à travers un relief ardu, avec des marches forcées, pressées par le chaos des explosions voisines. " Les murs, le sol, la terre, tout vacille ".. Plus loin, contraste saisissant avec le branle-bas de la guerre, il y a toujours un havre de paix où savourer un thé apaisant. " Pour résumer la guerre, deux mots s'imposent immédiatement : attente et… attente. Des semaines dans un camp, encore des semaines dans un autre, entrecoupées de marches exténuantes, de bombardements et de secousses fulgurantes de peur." Par saccade, " de l'adrénaline pure coule dans mes veines ". Les hélicoptères soviétiques, en rase motte, passent en trombe au-dessus des têtes. " Ma vie est entre les mains de ces résistants, de leur organisation, de leur courage, de leur culot. " Cette confiance aveugle dans les moudjahidin permettra au jeune voyageur de passer, de nuit, à Kaboul, alors encerclé par les troupes de l'Armée rouge.

Retour de l'ordre, mais à quel prix !

Les Soviétiques partis, l'Afghanistan est alors un pays livré aux différentes tribus antagonistes et avides de pouvoir qui transforment la région à feu et à sang. L'anarchie sera le terreau de l'arrivée des taliban. Premier journaliste étranger à atteindre Kandahar sous l'ordre des taliban, Stéphane Allix sera également l'unique occidental à rencontrer à la fois le mollah Omar, chef des étudiants-guerriers et Massoud, chef de l'Alliance du Nord, en lutte contre ces mêmes taliban. A Kandahar, "l'atmosphère y est celle d'un autre temps hors du monde. Le Moyen-âge où ne seraient apparus, subitement, que diesels tout-terrain et armes automatiques." Il faut dire que " le véhicule de prédilection des taliban est le pick-up 4X4 japonais. " Les taliban remettent de l'ordre, mais à quel prix… Intimidations des femmes comme des hommes. Et la charia (loi coranique) s'applique à la lettre. Stéphane sera le témoin, volontaire, d'une exécution à la peine capitale de deux violeurs meurtriers, au milieu d'une foule dense dans une atmosphère électrisée. Stéphane explique. La justice s'est appliquée selon les codes locaux même si " des juges, des mollahs (…) ont vanté les mérites du pardon de l'islam " auprès des familles des victimes pour tenter d'épargner les vies des deux hommes. " Rien n'y fit. Unanimes, les familles souhaitèrent que le sang soit versé. "

Comprendre les hommes…

En Afghanistan, rien n'est simple. Et c'est très difficile de savoir qui est qui. " Taliban un jour et plus le lendemain ". Plus facile d'accès à leurs premières heures de gloire, les taliban dissimulent des personnalités diverses et variées. Stéphane Allix en rencontre de nombreux, des subalternes comme des mollahs. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Quels sont les desseins de ces moines soldats ? Autant de questions auxquelles le journaliste tente d'apporter des réponses. Afin que le lecteur comprenne mieux les enjeux et la tournure des événements historiques de ces vingt dernières années en Afghanistan, le journaliste n'oublie pas de rappeler certaines informations essentielles, permettant ainsi de mieux appréhender les tenants et les aboutissants de l'histoire contemporaine de cette terre afghane. A l'instar de Christophe de Ponfilly dans Lettre ouverte à Joseph Kessel sur l'Afghanistan, Stéphane Allix critique " le traitement des médias sur l'Afghanistan parfaitement partial, grossièrement simpliste et dangereux ". Stéphane, lui, veut raconter le pays autrement. " Je suis allé en Afghanistan pour comprendre les hommes et les raisons de leurs meurtres. J'ai vu le sang, la souffrance et la mort, déjà. Cela m'a rendu attentif à la respiration de la terre. A ses millénaires de mémoire et d'héritage.. "

Sa quête personnelle passe ainsi par l'ouverture de l'antenne afghane de la société des explorateurs français pour but de recenser l'ensemble du considérable patrimoine archéologique afghan. " Prétexte idéal pour prendre enfin le temps de vivre ici " qui le va conduire à vivre de l'intérieur les derniers instants des Bouddhas de Bamiyan avec les différents protagonistes locaux. Quelques temps plus tard, c'est un drame familial qui l'attend au détour d'une route afghane. La mort de l'un de ses deux frères. Thomas était venu partager la passion pour un pays captivant. Douleurs brutales. Souvenirs encore brûlants. L'amertume ne semble pas avoir d'emprise sur le temps afghan… Il y a un après.

Dimitri Beck

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