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«Violence et démocratie. Le paradoxe brésilien», Angelina Peralva, Edition Balland, 2001

Dans son livre sur le paradoxe brésilien, paru l'an dernier, Angelina Peralva jette un éclairage particulier sur les mécanismes de la violence au Brésil. L'auteur, professeur de sociologie à l'université de Toulouse, nous livre une approche sociologique intéressante, étayée par des exemples concrets. Une étude originale qui montre bien les nouveaux défis auxquels devra faire face le président brésilien fraîchement élu, Ignacio Lula da Silva.

L'auteur, professeur de sociologie à l'université de Toulouse, analyse à travers cet essai les conditions de l'exacerbation de la violence dans la société brésilienne, après la démocratisation du pays. Sa théorie est la suivante : les changements mêmes qui ont conduit à une démocratisation et à une plus grande égalité dans les rapports sociaux ont entraîné un nouveau conflit. Ce conflit naît du décalage entre la nouvelle réalité matérielle et culturelle des plus pauvres, notamment les favelados (personnes vivant dans les favelas, bidonvilles aux alentours des grandes villes comme Rio ou Sao Paolo) et le regard porté par l'ensemble de la société sur eux.

Dans une première partie sont évoqués les changements qui ont mené à la mutation égalitaire : les jeunes ont accès à l'école, le paysage urbain se modifie, de nouveaux personnages apparaissent sur la scène politique, issus du syndicalisme ou de mouvements sociaux divers (tel le mouvement national des garçons et des filles des rues). Mais, pour l'auteur, parallèlement à ces éléments qui sont des signes d'une évolution démocratique, un nouveau problème de taille se pose : celui de l'inclusion des jeunes favelados dans " la société de masse ", sans perdre de vue la particularité de leur propre histoire.

L'auteur s'attache ensuite à démonter la spirale de la criminalité, chiffres à l'appui. Selon elle, l'ombre du crime plane sur la société brésilienne. Elle présente 4 axes interprétatifs auxquels elle n'accorde pas la même valeur. Ainsi elle donne plus de crédit à la continuité d'un pouvoir autoritaire dans l'enracinement des pratiques violentes et à l'absence des mécanismes de régulation de la démocratie, nécessaires à une société émergente. Par contre, elle ne retient pas l'explication traditionnelle qui associe la pauvreté au crime. Angelina Peralva affirme que dans le cas brésilien, alors que les inégalités se réduisent -et elle en veut pour preuve un indice de développement humain (IDH) qui atteint des niveaux moyens et même élevés dans certaines villes depuis 1995- la violence létale s'accroît. D'ailleurs, dans les années 80, les favelas deviennent les plaques tournantes du narcotrafic, une des plus importantes sources de la criminalité violente. A ce sujet, la sociologue nous relate un épisode intéressant : les négociations de Michael Jackson (1996) lors du tournage de son clip " They dont care about us " avec un des chefs du narcotrafic de la favela Santa Marta de Rio.

Face au sentiment d'insécurité et à la violence, les réponses sont diverses mais toujours empreintes d'une certaine brutalité. Les jeunes favelados adoptent des conduites à risque comme le surf du rail, qui consiste à voyager sur le toit des trains et même à y faire des acrobaties. Cette bravade, manière d'affirmer son existence et son identité, a été à l'origine d'accidents très graves. D'autres favelados choisissent l'expérience du crime. L'auteur nous raconte le cas de Lucio, qui se définit lui-même comme " un travailleur ", pacifique, mais qui se voit forcé d'entrer dans une sorte de guerre des gangs après la destruction de sa maison, située à un point stratégique de la favela. Le cycle de la violence se poursuit.

Stéphanie Chemla

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