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«L'islam mondialisée», Olivier Roy, Collection "La couleur des idées", Editions Le Seuil, septembre 2002

Islamologue français, Olivier Roy a séjourné à diverses reprises en Iran, en Afghanistan et au Tadjikistan. Il a notamment publié "L´Afghanistan, islam et modernité politique", "L´Echec de l´islam politique", "Généalogie de l´islamisme", "La Nouvelle Asie centrale", "Vers un islam européen" et "Les Illusions du 11 septembre". Dans son dernier ouvrage, "L´Islam mondialisé", le chercheur brosse le portrait d'un Islam non organisé et sans but stratégique, ce qui explique que la lutte que Washington veut lui livrer devrait ne relever que de l'opération de police, pas de la guerre.

"Il n'y a pas de géostratégie de l'Islam, parce qu'il n'y a plus ni terre d'Islam, ni communauté musulmane, mais une religion qui apprend à se désincarner et des populations musulmanes qui négocient leurs nouvelles identités". Le dernier paragraphe du dernier chapitre de l'ouvrage d'Olivier Roy est un constat sans appel sur " les misères de la géostratégie ". Pour lui, " on ne peut pas faire de guerre, faute de territoires à conquérir et d'Etats à détruire ". Pour l'auteur, les tensions liées aujourd'hui à l'Islam sont en fait le syndrome de son occidentalisation mal vécue.

Dans le monde musulman, les grands mouvements islamistes classiques (comme ceux qui ont fondé l'Etat iranien) ont abandonné l'internationalisme et sont rentrés dans le jeu politique comme une force nationale, sur un programme qui mêle lutte contre la corruption, conservatisme et nationalisme. De plus, en mobilisant des catégories sociales exclues du jeu politique et en offrant une alternative idéologique au clientélisme et au clanisme, ils contribuent à leur tour à structurer la scène politique nationale. Cette importance de l'Etat pour les islamistes a pour effet de dévaluer la religion.

Une pratique religieuse qui s'occidentalise

Mais l'islam est désormais également passé à l'ouest par un déplacement volontaire des populations musulmanes venues chercher du travail et des meilleures conditions de vie. On assiste aujourd'hui à la création d'une communauté idéale fondée sur la seule pratique de la foi, loin de ses racines ethniques et sociales d'origine, à l'avènement d'une religiosité perçue comme réalisation de soi, fondée sur la seule pratique religieuse. L'expérience minoritaire conduit nécessairement à penser l'islam comme une expérience religieuse, peut-être totalisante pour le croyant, mais sans possibilité d'inscrire cette totalisation dans la société existante. Il existe donc des tentatives pour constituer l'islam comme une "simple" religion, fondée avant tout sur la foi individuelle et le libre choix de rejoindre ou non la communauté. Car l'islam est aussi en Europe, et dans des conditions quasiment sans précédent : ici, dans les populations musulmanes immigrées, pas d'Etat pour imposer l'islam, pas de contrainte sociale ou juridique pour dicter une religiosité "culturelle". Déconnecté de sa culture d'origine, l'islam devient une expérience individuelle. Une pratique éminemment occidentale.

Un terrorisme d'essence laïque

Le fondamentalisme lui-même s'inscrit dans cette pratique, en proposant un modèle universel, en reformulant un islam détaché de la culture d'origine. De même le terrorisme de Ben Laden et son front islamique de lutte contre les juifs et les croisés (chrétiens) est en rupture avec la tradition musulmane. Il renoue en fait avec la tradition du terrorisme bien laïque et souvent occidentale, tant dans ses cibles, l'impérialisme américain, que dans ses formes d'action, le détournement d'avion. Les militants islamistes impliqués dans des réseaux terroristes sont de parfaits produits de l'occidentalisation et de la globalisation. Par exemple, Khaled Kelkal pour les attentats en France en 1995, Ahmed Ressam et Mohamed Atta pour ceux aux Etats-Unis en 2001 " se sont pour la plupart réislamisés en Occident ". Rompant avec leur pays d'origine, avec leur famille et leur pays d'accueil, certains islamistes vont dévier vers le terrorisme réinventant un islam à leur façon. C'est-à-dire qu'ils " sont loin de représenter la communauté religieuse dont ils se sont mis à la marge ". La déterritorialisation de ces post-islamismes ruine les géostratégies simplistes.

Delphine Parickmiler

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