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«Mondialisation financière et terrorisme. La donne a-t-elle changé depuis le 11 septembre ?», René Passet, Jean Liberman, Les Editions de l'Atelier, Collection " Enjeux Planète ", septembre 2002

René Passet, professeur d'économie et ancien président du conseil scientifique d'Attac, et Jean Liberman, journaliste de presse écrite, livrent une analyse à contre-courant sur l'après-11 septembre. Pour les deux auteurs, la mondialisation néo-libérale n'est pas étrangère au choc violent du 11 septembre. Inégalités, paradis fiscaux ou encore argent sale, voilà quelques uns des effets pervers de l'économie néo-libérale favorisant les actes de haines comme ceux de New York et de Washington. Seule solution, selon eux, rompre avec le système économique actuel. Une analyse engagée destinée à bousculer les idées reçues.

Pourquoi et comment un réseau islamiste a-t-il pu frapper au cœur des Etats-Unis, seule superpuissance mondiale ? Qu'est-ce qui a été entrepris depuis le 11 septembre pour éviter qu'un tel drame ne se reproduise ? Pour répondre à ces questions, R. Passet et J. Liberman nous proposent une réflexion en trois parties. Dans un premier temps, les deux auteurs tentent d'expliquer le terrorisme d'avant le 11 septembre. Il est selon eux le " fruit empoisonné de la mondialisation néolibérale ". Ils expliquent ainsi que le terrorisme prend racine dans le terreau de la misère, mais aussi de l'humiliation et du délitement des valeurs. Ils mettent tout particulièrement en avant le mépris affiché par les Etats-Unis et leurs alliés envers les valeurs et la culture des pays du Sud. Mais le terrorisme ne peut prospérer sans argent et celui-ci trouve son financement grâce à la dérégulation des flux financiers mondiaux et en particulier au développement de l'argent sale qui lui sert d'engrais. R. Passet dénonce le règne de l'argent et la tolérance dont font preuve les Etats développés envers les activités criminelles. La critique porte notamment sur les paradis fiscaux, qualifiés de " lèpre ", véritables zones de non droit qui permettent le blanchiment de l'argent sale. Or ces derniers permettent non seulement au terrorisme de se financer discrètement mais aussi aux transnationales d'accroître leur compétitivité en contournant les lois fiscales. L'auteur montre ainsi comment l'économie légale et celle du crime s'interpénètrent et se soutiennent mutuellement.

La deuxième partie est consacrée à l'étude des réactions après les attentats du 11 septembre et en particulier à l'analyse de la lutte contre le terrorisme. Les auteurs expliquent alors que rien de significatifs n'a été entrepris par les Etats-Unis et leurs alliés pour attaquer le terrorisme sur le terrain économique et financier hormis le gel des avoirs d'Al-Qaida. Bien plus, ils dénoncent la croisade militaire dans laquelle s'est engagée la puissance américaine dont l'issue leur semble plus qu'incertaine et qui va même jusqu'à bafouer les principes de la démocratie au nom desquels elle combat. La force d'Al-Qaida réside en effet dans son organisation en réseau. Les frappes massives sur un pays ne peuvent donc pas le détruire puisque sa puissance financière et sa force armée sont transnationales.

Enfin R. Passet et J. Liberman proposent de s'attaquer aux racines du mal. Ils montrent d'abord à quel point les théories révolutionnaires qui veulent changer brutalement de société et celles des réformistes timorés, le " social libéralisme " en quelque sorte, sont inopérantes et démagogiques. Ils prônent alors de mettre en place un réformisme radical. Il s'agit en fait, par un ensemble de mesures simples, de remettre l'humain au cœur des décisions économiques et politiques et la finance à sa place d'instrument et ce à tous les niveaux, tant au niveau de l'entreprise qu'au niveau national et international. Afin que ces mesures soient prises, les deux auteurs appellent les citoyens du monde entier à faire pression sur leurs responsables politiques.

Après l'onde de choc déclenché par les attentats du 11 septembre et à l'heure où la menace terroriste se fait de plus en plus pressante, ce livre a le mérite de poser les bonnes questions et de tenter d'y répondre. Mais c'est aussi un livre résolument engagé qui dénonce ouvertement l'impérialisme américain, les inégalités croissantes entre le Nord et le Sud comme à l'intérieur des sociétés dites riches, l'intrication des économies criminelle et légale, mais aussi la complicité silencieuse de l'Europe et des institutions internationales (FMI, Banque Mondiale, OMC ...). Malgré le constat alarmant des deux auteurs concernant le devenir du terrorisme, l'ouvrage tente de montrer qu'une alternative à l'ordre néolibéral est possible et qu'elle engagerait une logique de développement humain pour l'ensemble des citoyens de la planète.

A propos des auteurs

René Passet est professeur d'économie à l'Université Paris VII et ancien président du conseil scientifique d'Attac (jusqu'en décembre 2001). Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont "L'Economique et le vivant", "L'Illusion néolibérale", et "Eloge de la mondialisation par un anti présumé".

Jean Liberman est journaliste, dirigeant fondateur d'une association juive laïque et progressiste. Il collabore principalement à l'hebdomadaire Politis ainsi qu'à la revue Transversales, sciences, culture. Il est également l'auteur de "Se choisir juif, essai sur l'identité juive laïque d'aujourd'hui".

Sabine Rougeron

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