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«Du Mur de Berlin aux tours de New York. Douze ans pour changer de siècle», René Rémond, Entretiens avec François Azouvi, Editions Bayard, septembre 2002

Dans son nouveau livre, l'historien et académicien René Rémond revient sur la signification des attentats du 11 septembre et s'interroge sur la portée historique d'un tel événement. Répondant aux questions du philosophe François Azouvi, il donne des pistes de réflexion sur les tendances lourdes et l'évolution du système international depuis 1989. Il invite à penser la mondialisation, la fin des idéologies ou encore la fragilité des civilisations. Un essai de réflexion certes brillant mais qui aurait peut être gagné à être plus approfondi.

De la chute du Mur de Berlin, dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, douze années se sont écoulées. Une période au cours de laquelle le monde a changé de siècle. C'est la thèse défendue par René Rémond dans ce livre d'entretiens avec le philosophe François Azouvi. La disparition de l'URSS, la multiplication des Etats, la montée du nationalisme, la guerre du Golfe, les conflits en ex-Yougoslavie, les crises économiques en Amérique Latine et en Asie ou encore l'émergence d'un terrorisme planétaire ont été des secousses importantes sur la scène internationale durant toutes ces années. Cependant, pour l'historien, c'est l'accélération de la mondialisation qui a vraiment projeté le monde dans le XXIème siècle. "Le phénomène n'est certes pas nouveau, mais en douze ans il a doublé le pas et de ce fait changé de nature : il s'est étendu à tous les aspects de l'histoire, à toutes les activités du génie humain " explique-t-il. Selon René Rémond, la mondialisation n'est pas seulement économique, mais aussi politique et juridique. Cette mondialisation politique et juridique se traduit notamment par la légitimité croissante du Conseil de sécurité des Nations unies, l'institutionnalisation des sommets du G7-G8 ou encore la création des tribunaux pénaux internationaux. Le phénomène de mondialisation est également renforcée par l'effacement des frontières et la révolution des nouvelles technologies de l'information.

Pour l'historien, le 11 septembre peut être considéré comme une date charnière, au même titre que celle du 9 novembre 1989. Il se demande même si le XXème siècle n'a pas pris fin lors de l'effondrement des tours jumelles du World Trade Center. Car, au-delà de l'événements en lui-même, tragique et inédit, ces attentats terroristes posent la question de l'insécurité permanente au niveau internationale. " C'est une déclaration de haine qui a pris une forme radicale (…) Si ce genre d'actes devaient se répéter, si devaient se multiplier des groupes clandestins, privés et belliqueux, c'est tout le système des relations internationales qui s'en trouverait perturbé et l'insécurité deviendrait l'ordinaire de la vie internationale", explique René Rémond. Quant à l'instigateur de cet acte de haine, le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden, l'auteur n'hésite pas à le qualifier " d'Huntington aggravé ". Pour le chef du réseau terroriste Al-Qaida, "il y a le monde du Bien et celui du Mal, l'Islam et l'Occident, identifié à la chrétienté. C'est le retour à la problématique des croisades. Cette vision géopolitique est extrêmement simpliste et réductrice".

Dans l'entretien qu'il a accordé au philosophe François Azouvi, l'académicien évoque également le thème de la mort des idéologies ou encore celui de la fragilité des civilisations, sans oublier la lutte anti-mondialisation. Sur ces thèmes précis, on reste un peu sur sa faim. On aurait aimé des réponses plus fouillées. Néanmoins, cet essai de réflexion rédigé à chaud reste de bonne facture.

Julien Nessi

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