>>> Bienvenue sur Cyberscopie, nous sommes le , il est .

«Jours de poussière. Choses vues en Afghanistan», Jean-Pierre Perrin, Edition La Table Ronde, août 2002

Jean-Pierre Perrin est grand reporter et spécialiste de l'Afghanistan pour le quotidien français Libération. Dans «Jours de
poussière », il retrace avec passion plus de vingt cinq ans de reportage dans ce pays martyr et dément, théâtre de guerres absurdes et meurtrières. Des montagnes de l'Hindou Kouch aux quartiers détruits de Kaboul, en passant par les mystères du soufisme ou encore aux côtés du commandant Massoud, le journaliste brosse, par petites touches, le portrait d'une Afghanistan tragique, indomptable et attachante. Un récit de voyage captivant sur les pistes afghanes.

Planqué au fond d'une ambulance et déguisé en moudjahidin pour pénétrer dans les zones tribales, à plat ventre pour échapper aux salves de roquettes d'hélicoptères soviétiques MI-24, coincé par le mauvais temps à plus de 4 000 mètres d'altitude dans les montagnes inhospitalières de l'Hindou Kouch, aux côtés du commandant Massoud dans la vallée du Pandjshir ou encore tabassé par un légionnaire islamiste américain appartenant au Black Muslim, Jean-Pierre Perrin est un habitué des expéditions afghanes. Arrivé pour la première fois en 1974 dans le pays, il ne le lâchera plus et y reviendra à de nombreuses reprises. Sa connaissance de l'Afghanistan, de son terrain, de ses hommes et de ses traditions millénaires, fait de son récit un témoignage précieux sur l'histoire et l'âme du pays, loin de clichés médiatiques et des images de guerre galvaudées.

«Jours de poussière» est un carnet de route ponctué d'épisodes personnels, rédigés à la manière des écrivains-voyageurs. Le reporter y décrit ses interminables traversées du désert ou des cols de l'Hindou Kouch, à dos d'âne, à pied ou en camion, accompagné par des moudjahidin, pour aller à la rencontre d'une civilisation menacée par la guerre, la maladie ou la faim. De Kaboul à Herat, en passant par des villages traditionnels isolés et perdus à plusieurs milliers de mètres d'altitude, il raconte ce qu'il a vu et ressenti, revenant parfois dans des endroits déjà côtoyés des années auparavant. Il revient également sur l'affaire des femmes enlevées par les talibans à partir de 1999 dans les villages de la région du Chamali, au nord de Kaboul. Le journaliste a mené l'enquête et précise que «les principaux acheteurs furent les volontaires islamistes pakistanais et arabes d'Al-Qaïda». Maltraitées et envoyées dans des pays arabes ou tout simplement abandonnées à leur triste sort, ces Afghanes ont vu leur vie brisée par «le régime des monstres». Des Talibans et des légionnaires islamiques, venues guerroyer en Afghanistan, il en est aussi question dans ce récit de voyage. Le journaliste fait remonter le mouvement des talibans à octobre 1983 : «A l'époque, le mouvement des talibans n'existe évidemment pas. Mais il est déjà en germe dans le Sud-Est afghan». On connaît la suite… Quant aux combattants islamistes venus des pays du monde entier, ce phénomène ne date pas d'hier. Pour Jean-Pierre Perrin, c'est à partir de novembre 1985 que «l'Afghanistan commençait à être infestée de volontaires islamistes».

Moins grave, Jean-Pierre Perrin évoque ses rencontres avec les Afghans des villages ou des grandes villes, ses longues soirées passées à écouter les chants traditionnels afghans, et peint admirablement bien l'univers des soufistes, ces «fous mystiques, errants de Dieu, derviches aux vêtements bariolés de clowns». Après toutes ces années, le reporter regrette la disparition progressive de cette culture soufiste, constitutive de l'âme afghane. Et il appelle de ses vœux la renaissance de «l'Afghanistan des malangs», «des bâtisseurs», «des poètes», mais surtout de «l'Afghanistan d'avant les jours de poussière»

Julien Nessi