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«Puissances et influences. Annuaire géopolitique et géostratégique 2002-2003», sous la direction de François Géré et Arnaud Blin, Editions Charles Léopold Mayer et Descartes et Cie, Collection "Gouvernance et Démocratie", juin 2002

Ce nouvel ouvrage collectif consacré aux grandes tendances géostratégiques et géopolitiques de l'après-11 septembre dresse un panorama plutôt inquiétant de la planète. De la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme à l'avenir de la Russie, en passant par la course aux armements dans les pays du Golfe ou le mercenariat moderne, les auteurs analysent avec réalisme la nouvelle donne internationale.

Rédigé par une quinzaine de spécialistes internationaux, ce nouvel annuaire sur l'état du monde se décompose en deux grandes parties, la première consacrée aux pays et régions du monde en crise, la seconde aux grandes questions internationales.

Dans la première partie, plusieurs articles reviennent sur la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme, des premiers jours de la riposte en Afghanistan à l'élaboration de la doctrine Bush de " l'axe du Mal ". Pour la plupart des experts, les Etats-Unis renouent depuis le 11 septembre avec une politique de défense hyperréaliste, voire manichéenne. En déclarant la guerre au terrorisme international et en menaçant de représailles les Etats voyous, l'administration de Georges W. Bush est revenue à une politique musclée de confrontation comme au temps de la guerre froide. "Avec de nouveaux paramètres, la Maison Blanche semble vouloir à tout prix re-créer, y compris de manière artificielle, une situation semblable aux combats manichéens de naguère", analyse Arnaud Blin, faisant allusion à la guerre froide contre le communisme. Pour François Géré, la doctrine de " l'axe du Mal ", prononcée par G. W. Bush à Washington au début de l'année lors de son discours sur l'état de l'Union, fait même penser "à la campagne de Ronald Reagan contre l'Empire du Mal". "Retour à la realpolitik", "guerre sans quartier", "politique de puissance de feu" : les experts ne mâchent pas leurs mots pour qualifier la nouvelle orientation du Pentagone et de la Maison Blanche. Cependant, ils soulignent le rapprochement spectaculaire opérée entre la Russie et les Etats-Unis dans le cadre de la campagne contre le terrorisme. Soutien logistique en Asie centrale, abandon du traité ABM, position commune sur la lutte contre le fléau du terrorisme. "Une relation transformée" pourrait ainsi voir le jour entre Washington et Moscou, fait remarquer François Géré. A moins que l'avenir économique de la Russie et le défi posé par l'islamisation dans l'ex-URSS ne viennent assombrir l'horizon dans cette région du monde.

Après les Etats-Unis et la Russie, plusieurs experts se penchent sur les inconnues du Moyen-Orient. Michele Brunelli, un chercheur italien spécialisé sur les thèmes de géopolitique et de sécurité au Moyen-Orient, livre une analyse brillante sur ce qu'il considère comme une poudrière géopolitique. Selon lui, " le Moyen-Orient est au cœur de mutations profondes, qui ont de multiples causes ". La fin de la guerre froide, le conflit du Golfe en 1991 et l'intervention américaine récente en Afghanistan ont contribué à déstabiliser une région du monde déjà fortement affectée par le conflit israélo-palestinien. Pour le chercheur italien, l'état de tension permanent du " Great Middle East " résulte également d'une accumulation de problèmes transversaux. La question palestinienne, le problème du terrorisme, le soutien aux réformes progressistes de l'Iran, le contrôle de l'eau, l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération de dirigeants arabes, la prolifération nucléaire et celle des armes de destruction massive constituent des éléments d'instabilité de l'échiquier moyen-oriental. Dans un autre article consacré aux enjeux stratégiques de l'après-11 septembre, il met également en garde contre la course aux armements au Proche-Orient et dans les pays du Golfe en soulignant "la militarisation disproportionnée dans la zone".

Dans la deuxième partie du livre, consacrée aux grandes questions internationales, les auteurs s'interrogent sur la complexité des liens entre religion et politique et le concept de guerre asymétrique. Le phénomène de mercenariat moderne ou encore la question de l'eau comme source de conflit futur entre Etats sont également décryptés, à côté de l'analyse déjà citée sur la course aux armements dans la région du Moyen-Orient. La lecture de " Puissances et influences " apporte ainsi un éclairage intéressant sur la nouvelle donne géopolitique de l'après-11 septembre.

Julien Nessi