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«Chronique d'une guerre d'Orient», Gilles Kepel, Edition Gallimard, janvier 2002, Paris

Spécialiste du monde musulman et de l'Islam, Gilles Kepel s'est rendu dans plusieurs pays arabes un mois après les attentats terroristes du 11 septembre 2001. De l'Egypte à la Syrie, du Liban au Qatar et aux Emirats arabes unis, il a saisi sur le vif les réactions dans les capitales arabes afin de tenter de mieux comprendre la tragédie du World Trade Center. Récit de voyage mêlant impressions au jour le jour et anecdotes de situation, sa «chronique d'une guerre d'Orient» constitue un témoignage stimulant sur cette période trouble et incertaine provoquée par le drame du 11 septembre.

«Allant à la rencontre des jeunes et des étudiants, interrogeant les prédicateurs et les imams, les militants islamistes et les responsables politiques, j'ai voulu comprendre le drame du 11 septembre en retournant dans la région même où il s'était noué. Qu'en était-il de la popularité de Ben Laden, du ressentiment contre l'Amérique, de l'exaltation religieuse et d'al jazeera - mais aussi de la fascination pour l'Occident, du désespoir face au chômage et de l'envie de partir ?», prévient l'auteur en quatrième de couverture. Directeur de recherche au CNRS et responsable du programme doctoral sur le monde musulman à l'Institut d'études politiques de Paris, Gilles Kepel a voulu aller sur le terrain pour ressentir l'onde de choc du 11 septembre. Son périple, qui s'est étalé sur deux mois, du 13 octobre 2001 au 26 novembre 2001, lui a permis de brosser un tableau vivant et personnel des réactions dans les pays arabes au plus fort de l'intervention militaire américaine en Afghanistan. Grand connaisseur du Moyen-Orient, où il a enquêté durant de nombreuses années sur les mouvements islamistes, le chercheur français est retourné dans 5 pays de la région : l'Egypte, le Liban, la Syrie, le Qatar et les Emirats arabes unis.

Dans la capitale égyptienne, l'auteur a sondé les étudiants à l'Université du Caire et s'est entretenu avec un dirigeant des Frères musulmans, un mouvement islamiste implanté en Egypte. A Damas, l'islamologue français a rencontré «deux dignitaires alaouites du régime syrien». Au Liban, il a recueilli les impressions d'un dirigeant du Hezbollah, «le guide spirituel» du groupuscule, dans la banlieue sud de Beyrouth. Sur le Golfe persique, dans les Emirats arabes unis, Gilles Kepel a écouté les réactions des étudiants de l'Université de Sharjah, l'émirat voisin de Dubaï. Enfin, au Qatar, il a rapporté le témoignage d'un cheikh médiatique, responsable d'une émission religieuse très écoutée sur la chaîne Al jazeera. Des témoignages qui portent sur les attentats du 11 septembre, l'intervention américaine en Afghanistan ou encore la légitimité de Ben Laden. Loin du prisme déformant des médias occidentaux, ces points de vue recueillis sur le vif permettent de se faire une idée plus précise de ce que pensent réellement les intellectuels musulmans (universitaires, responsables politiques ou encore militants islamistes) dans leurs pays. C'est ce qui fait la force de ce court récit de voyage.

Le texte de Gilles Kepel est complété par une autre chronique parue en mai 2001 dans le quotidien du soir Le Monde. Intitulée «Brève chronique d'Israël et de Palestine», elle porte sur la nouvelle Intifada vécue par les Israéliens et les Palestiniens.

Julien Nessi