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«Guerre et contre-guerre», Heidi et Alvin Toffler, Editions Fayard

L'ouvrage débute sur une analyse de la situation militaire et géostratégique présente, et sur la mise en place de l'élément important de la thèse : nous sommes entrés, nous disent les auteurs, dans la période de la " troisième vague ", tant dans l'économique, que dans les méthodes de production de richesse et de management, dans les techniques et le savoir, et, bien sûr, dans la manière de conduire la guerre. La pensée militaire actuelle n'est plus celle de Napoléon ou de Clausewitz, il faut en prendre conscience et lire le monde tel qu'il est devenu. La réflexion stratégique du XXIème siècle doit partir d'une carte du système mondial de demain ; c'est, en substance, ce que nous disent les auteurs pour nous introduire dans le sujet, et établir cette carte.

Nous apprenons que la première vague s'est achevée à la naissance de l'ère industrielle. La seconde est le temps de la massification, du contrat, de la puissance matérielle et s'achève avec l'émergence de moyens de destruction considérable. Elle prend fin en 1945 avec l'apparition de la bombe atomique. Ces vagues ne sont pas subies et indépendantes de la volonté des hommes. La technique semble être l'élément primordial dans les sauts qualitatifs entre chaque phase. La troisième vague a vu le jour, sur le plan militaire, avec la guerre du Golfe en 1991. C'est un nouveau type de guerre, où la technique compte autant sinon plus que le guerrier, où la frappe ciblée a remplacé le tapis de bombe. Où les drones, les robots et les satellites jouent un rôle considérable. Ses caractéristiques sont, entre autre : une accélération de l'information ; l'" intelligence " des machines ; les stratégies du savoir qui ôtent le primat de la quantité ; ou encore la mondialisation des échanges.

Avec cette nouvelle vague s'étalant sur tous les plans, dans tous les domaines " humains ", le monde change, la guerre change, et les moyens de prévenir les conflits deviennent plus difficiles. En effet, s'il existe des nations de la troisième vague, nous disent les auteurs, des pays de la première et de la seconde perdurent encore dans le monde. " L'intérêt national ", apprend-t-on, est une expression qui, en soi, est de plus en plus anachronique. De plus, dans un pays développé et usant des techniques de la troisième vague, il peut subsister des pans considérables de l'industrie, de l'économie, ou du politique, qui fonctionnent encore avec les principes des deux premières vagues; il n'y a pas développement régulier et homogène de tous les niveaux de la société vers la troisième vague. Tout ceci crée des disparités, des tensions, des germes de conflits et d'éclatement. Ainsi, tant dans les nations entre elles qu'à l'intérieur de celles-ci, les possibilités de conflits nouveaux émergent, augmentent.

De plus, dans ce monde de la troisième vague, l'Etat-Nation n'est plus la seule entité détentrice de l'autorité. De nouveaux acteurs (multinationales, organisations mondiales, groupes d'intérêts divers, terroristes, etc.) mettent à mal les instances de régulation reconnues, identifiées et légitimes. Selon les auteurs, le monopole de la violence n'est plus et l'usage de la violence s'est démocratisé. Le commerce, c'est aussi la guerre, rappellent les auteurs. L'éclatement et la disparition des Etats-Nations sont sources accrues de guerres, constatent encore les Toffler, avec ce dépit typiquement américain d'apprentis-sorciers.

A la guerre de la troisième vague correspond une paix de la troisième vague. C'est "la contre-guerre". En effet, pour les futurologues américains, les méthodes, les circuits et les acteurs de la paix ne sont plus les mêmes qu'au temps de la seconde vague. Pour cette troisième vague, les perspectives sont pessimistes : avec les risques de la prolifération nucléaire, chacun peut s'ériger en rival de celui qu'il aura défini comme ennemi, et provoquer l'irréparable. C'est l'accomplissement du Léviathan de Thomas Hobbes, " la guerre de tous contre tous où l'homme est un loup pour l'homme". Après l'équilibre bipolaire de la terreur, nous en sommes arrivés à l'instabilité multipolaire de la terreur. Mais, nous disent en fin de compte les Toffler, avec l'échange des données, des informations et du savoir, nous avons un instrument de paix pour la troisième vague.

Pour réaliser leur ouvrage, les auteurs ont rencontré différents acteurs et responsables de la politique, du renseignement et de l'armée (américains principalement), et ils ont "mis en forme" les enseignements comme les analyses ; ils n'en sont pas les créateurs, les initiateurs, les producteurs. Pour autant, c'est un bon travail de compilation, voire de collection, malgré quelques bévues par moments.

Philippe Raggi