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«L'Autre Davos : mondialisation des résistances et des luttes», François Houtart et François Polet, L'Harmattan, 135 pages

Les 28 et 29 janvier 1999 - au moment où se tient à Davos (Suisse) le sommet des " principaux " dirigeants politiques et économiques mondiaux - des représentants d'associations, de syndicats et de fédérations des pays du Nord et du Sud se réunissent pour débattre ensemble d'un " Autre Davos ". C'est précisément de ces deux journées de discussion contestataire que nous parle cet ouvrage. Les auteurs reviennent sur les deux moments forts de ce contre-sommet : l'analyse des évolutions récentes du capitalisme et les réponses alternatives au modèle néo-libéral.

Le néo-libéralisme conquiert véritablement le champ politique au milieu de la décennie soixante-dix, dans les pays de l'OCDE tout d'abord, puis dans certains Etats d'Amérique Latine ensuite. Les tentatives " euro-socialistes " (France, Espagne, Portugal, Italie) ne sont pas concluantes et le credo néo-libéral s'étend à l'ensemble de l'OCDE dès 1983. Le clan néo-libéral peut s'enorgueillir dans les années quatre-vingt d'une baisse effective de l'inflation et d'une relance sensible des profits... réussites parallèles à l'affaiblissement du mouvement syndical et à une augmentation sans précédent du chômage. Durant la décennie quatre-vingt, les gouvernements libéraux ne parviennent pas à susciter la reprise de la croissance et les profits ne génèrent quasiment pas d'investissements productifs. Cet échec n'empêche pas les tenants du capitalisme le plus farouche de proclamer, en 1989, la fin de l'histoire et de l'alternative économique et politique, et d'assimiler en un inquiétant raccourci libéralisme et liberté alors même que " l'économicisation " du monde fait peser sur la démocratie une véritable menace. Désormais, le statut de démocratie est accordé à des Etats par les membres du G7 selon des critères non pas politiques mais économiques !

A une époque où plus que jamais la suprématie libérale et la mondialisation sont à l'ordre du jour, il est salutaire de se demander quels ont été les effets de cette mondialisation. Pour le collectif de " l'Autre Davos ", les conséquences directes sont le démantèlement de l'Etat-providence, la marchandisation du monde, le saccage de l'écosystème et le renforcement des processus d'exclusion. Face aux nombreux dysfonctionnements observés, les intervenants du colloque entendent dresser une " stratégie pour des temps nouveaux ". Il s'agit pour eux non seulement de proposer une alternative au modèle néo-libéral en dépassant ce dogme tout puissant, mais aussi de définir les bases d'une nouvelle mondialisation. Ils souhaitent construire une économie " éthique " basée sur le refus de la misère et le rejet de l'exploitation de l'homme par l'homme. En guise de proposition, le collectif milite en faveur d'un " socialisme de marché ", sorte de néo-keynésianisme moderne, où les régulations sociales, politiques, économiques, écologiques et culturelles joueraient pleinement leur rôle respectif. Pour contrebalancer la mondialisation financière, les intervenants appellent également à une mondialisation des luttes sociales pour transcender les approches nationales de conflits sociaux similaires dans les Etats du Sud et du Nord. L'objectif serait l'émergence d'un " Welfare State mondialisé " offrant un libre accès aux biens et services vitaux, maîtrisant les ressources financières et défendant les droits patrimoniaux publics contre la multiplication des brevets privés.

A la lecture des " actes " du Forum " l'Autre Davos ", il apparaît clairement que sont atteints deux des buts qui motivaient sa tenue : les protestations à l'encontre du système économique actuel y sont clairement exprimées ; les solutions alternatives mettent bien en lumière la communauté d'intérêts effective entre " un " Nord et " un " Sud vivant de réalités pourtant différentes. Cependant, plusieurs questions viennent à l'esprit à la lecture des propositions du collectif : jusqu'où va-t-il dans la remise en question du système actuel, quel est son niveau de néo-keynésianisme, s'arrête-t-il à cette proposition sans la dépasser autrement que par une application non pas nationale mais internationale ?

Frédéric Mar