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«BAGDAD 2000 : l'avenir géopolitique de l'Irak», André Dulait et François Thual, Ellipses, collection l'Orient politique, Paris, novembre 1999

André Dulait, vice-président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, et François Thual, directeur d'études au collège interarmées de Défense ont effectué, en avril 1999, une mission d'étude en Irak. C'est dans un contexte d'aggravation de la situation politique et sociale irakienne que les deux auteurs ont fait paraître le rapport qui a servi de base à la publication de ce court ouvrage d'analyse et de prospective. Extrayant de l'histoire récente de l'Irak cinq tendances susceptibles d'influer sensiblement sur l'avenir du pays et de sa région, ils bâtissent cinq scénarios pour la décennie à venir.

C'est tout d'abord l'instabilité politique irakienne chronique qui intéresse les deux analystes. Selon nos auteurs, deux " minorités ethniques " sont susceptibles de déstabiliser la politique irakienne, voire remettre en question son unité : les Kurdes et les Chiites. Ces deux groupes de population constituent l'un et l'autre des forces centrifuges à tendance sécessionniste. Aux menaces internes s'ajoutent des menaces externes largement alimentées par l'encerclement et l'enclavement de l'Irak entre ses voisins. La Turquie, l'Iran et la Syrie sont plutôt disposés à instrumentaliser les minorités irakiennes sur leur territoire. Et l'Arabie saoudite et le Koweït sont toujours restés méfiants à l'égard du régime baasiste. Face aux Etats proches de Bagdad, l'attitude du dictateur irakien tend à l'expansionnisme. L'Irak revendique ainsi de longue date les territoires koweïtiens, le khouzistan iranien et les zones chiites d'Arabie Saoudite. L'histoire contemporaine de l'Irak est liée enfin à ses ressources naturelles en pétrole et en gaz. Aujourd'hui, le pays - qui souffre de l'embargo et des dommages dus aux bombardements - accuse un retard technologique handicapant et n'est pas en mesure d'exploiter de manière satisfaisante l'ensemble de ses ressources.

Croisant ces données, André Dulait et François Thual tracent cinq scénarios, cinq éclairages différents de l'évolution possible de l'Irak dans les dix prochaines années. Première hypothèse, celle du statu quo, du maintien d'un régime baasiste étouffant toute contestation interne. Cette première situation ne leur semblant pas pérenne, les deux auteurs imaginent à l'inverse - mais sans trop y croire - l'explosion rapide d'une guerre civile. Cependant une entreprise insurrectionnelle nécessiterait des moyens matériels et humains qu'il est quasiment impossible de rassembler sans alerter les nombreux services de sécurité intérieure. Il n'empêche que les populations kurdes et chiites pourraient, " aidées " par différents Etats voisins soucieux d'éliminer un pays menaçant et/ou concurrent, conduire par leurs actions à la dislocation de l'Irak. La transition démocratique paraît quant à elle difficilement réalisable tant que le parti baas - " contraint " par son mode de fonctionnement d'être sous la coupe d'un chef fort - sera au pouvoir. Il ne semble par que le Congrès National Irakien (groupe de partis politiques d'opposition financés par les Etats-Unis) soit en mesure dans un avenir proche d'engranger un tel processus. Le pouvoir irakien, qui tend à se " bunkeriser " choisira-t-il la contre-offensive face à ses voisins pour renouer avec ses visées expansionnistes ? Cela paraît une fois de plus peu probable, étant donné l'état actuel des forces irakiennes et les moyens financiers dont dispose le régime.

L'ouvrage d'André Dulait et de François Thual intrigue en ce qu'il ne permet pas de distinguer laquelle des hypothèses avancées est la plus susceptible de se réaliser. En effet, les cinq scénarios aboutissent, du propre aveu de leurs auteurs " soit sur une impasse, soit sur un danger supérieur ". Cela signifie-t-il que l'Irak, sclérosé par le régime en place, menacé et craint par ses voisins, doive affronter un avenir bouché de toutes parts, à l'heure où la paupérisation de la population fait croître des pathologies déstabilisantes ?

Frédéric Mar