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«Le crime organisé», Xavier Raufer & Stéphane Quéré, P.U.F, Que sais-je ?, Paris, janvier 2000

Apparu dans les années de la prohibition, le crime organisé sévit dans tous les pays au monde, à des degrés divers et sous de nouvelles formes. Chercheurs au Centre de recherches sur les menaces criminelles contemporaines, les deux auteurs apportent un éclairage rafraichissant sur cette réalité inquiétante.

Pour les deux universitaires, le désordre mondial consécutif à la fin de la guerre froide a profité au crime organisé. Les groupes mafieux sont devenus des acteurs transnationaux aussi puissants que les multinationales légales. Aucun pays n'est épargné. La France connaît sur sa façade méditerranéenne et en Corse une mafia parasitaire. En Jamaïque, les gangs de quartiers se sont transformés en mouvements internationaux. Les cartels colombiens et mexicains spécialisés dans le trafic d'héroïne et de cocaïne sont désormais des multinationales employant des armées de militaires... et de chimistes. Les mafias russe et albanophones connaissent une grande extension et entrent en concurrence avec leurs homologues italiennes. Les triades chinoises sont quant à elles implantées au Japon, mais aussi en Europe et en Amérique du Nord.

Dans leur court ouvrage, les deux spécialistes démontrent que le concept de crime organisé, apparu dans les années de la prohibition, est aujourd'hui un phénomène clairement défini. L'origine des mafias est, selon eux, une réaction à la constitution de l'Etat-nation qui s'imposait et menaçait les pouvoirs traditionnels (Italie) ou encore un parasitage des ruines des institutions publiques (Colombie). A l'heure actuelle, l'activité mafieuse (développées par des groupes transnationaux exerçant des activités illégales diversifiées telles que prostitution, racket, jeux, contrefaçons, trafics...) connaît trois niveaux d'intensité " selon le niveau d'infiltration de l'économie légale et de piratage de l'activité économique publique". Si elles tendent à être parasitaires, voire à entrer en symbiose avec l'économie légale nationale, les mafias, nous rappellent-ils, n'en sont pas pour autant subversives. Elles infiltrent les rouages administratifs et judiciaires mais ne travaillent pas à renverser les institutions.

D'une manière générale X. Raufer et S. Quéré regrettent que les instances chargées de la lutte contre le crime organisé peinent à relever le défi des enjeux de la transnationalisation des organisations criminelles.

Au niveau international, les Nations Unies, Interpol et l'OCDE tentent de lutter sans grand succès contre le crime organisé par la création de groupes de travail, d'étude...

Au niveau européen, la multiplicité des intervenants (parmi lesquels Europol) et les niveaux d'intervention constituent un obstacle à une lutte efficace contre les organisations criminelles. En effet, l'insuffisance du personnel mobilisé, l'absence de vision globale, la porosité des frontières, la vétusté des procédures de contrôle financier ne permettent pas d'enrayer les activités criminelles transfrontalières.

En France, de nombreux dispositifs sont actifs (DST, RG, Unités du Ministère de la Justice, du Ministère des Finances), mais il n'existe pas de dispositions pénales spécifiques et relatives au crime organisé. Or ce phénomène déviant provoque des dégâts macro-économiques et politiques majeurs dans tous les Etats, notamment dans les pays en voie de développement.

Les malfaiteurs investissent de nouveaux champs d'activités : criminalité écologique, cybercriminalité, détournement d'aide humanitaire, manipulation de marchés boursiers. L'importance du crime organisée est minimisée, le phénomène est peu étudié, souvent éludé.

Pour les auteurs, la connaissance précise des rouages de la criminalité internationale conditionne la capacité des pouvoirs publics à lutter efficacement contre ce phénomène. Reste à savoir si l'analyse sera écoutée pour que médias et hommes politiques se mobilisent sérieusement sur la question.

Frédéric Mar