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«Les cartes de la France à l'heure de la mondialisation», Hubert Védrine, dialogue avec Dominique Moïsi, Fayard, Paris, mai 2000

Au cours d'une série d'entretiens accordés avant les premiers jours de la présidence française de l'Union européenne, en mai 2000, Hubert Védrine et Dominique Moïsi, directeur adjoint de l'Institut Français des Relations Internationales (Ifri), ont appréhendé les principales préoccupations du ministre français des Affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie française, prenant acte de ce que la dissolution de l'URSS a fait émerger un nouveau «Monde global», relève que ce mouvement s'est accompagné de profondes modifications de la scène internationale. Depuis la dissolution de l'URSS en décembre 1991, ce monde est désormais marqué par la prépondérance des Etats-Unis, «hyperpuissance » du XXIème siècle, aux côtés de laquelle gravitent «puissances d'influence mondiale» (Chine, Inde, France, Grande-Bretagne, Allemagne et Japon), «Etats souverains» et «pseudo-Etats». Deuxième élément marquant de ce monde post-bipolaire, la multiplication des acteurs transnationaux est génératrice, selon Hubert Védrine, d'une prolifération des risques qu'ils soient terroristes, écologiques, financiers ou nucléaires. Ces processus appellent, selon le patron du Quai d'Orsay, que de nouvelles règles régissant la mondialisation soient édictées.

Dans ce contexte de globalisation qui, de l'aveu du ministre des Affaires étrangères «ne [la] sert pas automatiquement [puisqu'elle] se développe sur des bases qui ne correspondent ni à sa tradition, ni à sa culture», il importe que la France trouve sa place par un effort continu d'adaptation. Cela signifie que ses représentants sachent exprimer avec modestie un message constructif et original. La difficulté à mettre en œuvre de tels principes se révèle pleinement dans les relations avec les Etats-Unis, «nation indispensable», avec laquelle la réussite de coopérations concrètes contraste avec les fréquentes divergences d'analyses théoriques.

Aussi, pour le chef de la diplomatie française, la collaboration transatlantique ne peut égaler, pour des raisons culturelles et géographiques, une construction européenne fortement ancrée autour du couple franco-allemand. Or en la matière, il réaffirme que l'élargissement (qui implique la mise en œuvre d'une politique des «géographies variables») et l'approfondissement sont deux mouvements à imprimer simultanément à la construction européenne. Pour Hubert Védrine, l'adoption d'un système de vote incluant la pondération des voix selon les Etats-membres ainsi que la généralisation du vote à la majorité qualifiée et le plafonnement du nombre de commissaires peuvent contribuer à résoudre les problèmes générés par l'extension des limites de l'Union. En matière de construction européenne, il formule un plaidoyer en faveur de la constitution de politiques étrangères communes (dont la PESC ou la politique européenne d'aide publique au développement) entendues comme «prolongements des politiques nationales passées au filtre des compromis».

A l'heure de la mondialisation, les cartes de la France tiennent pour Hubert Védrine dans une bonne gestion de ses relations transatlantiques et dans un fort investissement au sein d'un pôle européen renforcé. A un moment où les processus de démocratisation ne cessent de progresser, où se fait jour une justice transnationale aux côtés d'une justice internationale, il ne s'agirait pas d'oublier que la défense prudente et raisonnée des droits de l'homme et la promotion de l'aide publique au développement peuvent constituer, pour un Etat responsable et ses représentants, deux atouts majeurs d'un jeu politique combinant éthique et réalisme.

Frédéric Mar