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«La mondialisation armée. Le déséquilibre de la terreur», Claude Serfati, Edition Textuel, Paris, Février 2001

La mondialisation est-elle un facteur de stabilité géopolitique ? La disparition de l'URSS a-t-elle mis fin à la militarisation des Etats-Unis et à son industrie des armes ? La fin de la guerre froide a-t-elle enterré définitivement les doctrines stratégiques américaines sécuritaires ? L'avènement d'un "nouvel ordre mondial" s'est-il accompagné d'une réduction des budgets consacrés à la défense et à l'armement ? Claude Serfati, économiste et auteur engagé de «La mondialisation armée», répond à toutes ces questions sans retenue. Et ses arguments mettent en brèche quelques idées reçues.

A commencer par les effets de la mondialisation sur la paix. Pour Claude Serfati, pas de doutes, la mondialisation n'est pas porteuse de paix. Au contraire, le libéralisme ambiant, devenu l'idéologie triomphante depuis la chute du communisme, génère une nouvelle insécurité. La mondialisation provoque de telles inégalités, à la fois entre le Nord et le Sud mais aussi à l'intérieur des pays, qu'elle finit par semer les germes de conflit. De plus, l'action des multinationales et les politiques économiques des institutions financières internationales (Organisation mondiale du commerce, Fonds monétaire internationale ou encore Banque mondiale) tendent à accélérer ce phénomène de «criminalisation de la misère».

L'auteur considère que les effets pervers de la mondialisation représentent ainsi une source potentielle de conflit. Pour lui, de nouvelles guerres ont fait leur apparition, directement liées aux ravages de cette libéralisation planétaire. A titre d'exemple, il prend le cas des guerres africaines classées, selon la terminologie des experts, dans les conflits de type "infra-étatiques", c'est-à-dire qui ont lieu à l'intérieur des Etats. Selon lui, les affrontements sur le continent noir tournent aujourd'hui autour du «contrôle des ressources minérales et de leur commerce». Des diamants de la Sierra Leone aux minerais de la République démocratique du Congo, en passant par le pétrole du Nigeria, ces ressources attisent les convoitises et plongent ces pays dans des guerres civiles ou régionales sans fin. «Le pétrole est une cause majeure de la violence faîte aux peuples», déplore l'auteur. Cette analyse le conduit à affirmer que «ces conflits ont de fortes connexions avec la mondialisation».

Claude Serfati dévoile également dans son essai les réalités de l'industrie américaine de l'armement à l'ère de la mondialisation. Contrairement aux idées reçues, il montre que la mondialisation nourrit «une dynamique de militarisation» entraînant les Etats-Unis dans une nouvelle course aux armements. Comparant les Etats-Unis à «une superpuissance militaire solitaire», l'auteur estime que son complexe militaro-industriel s'est renforcé contre toute attente.

Première raison : le budget américain de la défense n'a diminué que «dans des proportions limitées» alors que l'effondrement de l'URSS aurait pu laisser penser à une réduction massive de ces crédits. Notre économiste compare même les budgets américains de la Défense à l'issue des deux présidences Clinton à ceux de la période 1950-1989.

Deuxième raison : les producteurs d'armes américains se sont regroupés et consolidés au lendemain de la guerre froide. A l'issue d'une période de concentration et de fusion, trois grands fabricants américains d'armes ont émergé : Lockheed Martin, Boeing et Raytheon. Ils sont devenus les clients privilégiés du Pentagone et se partagent les commandes du Département de la Défense. Ces groupes décrochent la grande majorité des contrats de ventes d'armes à l'étranger. Par leur puissance financière, ils exercent également un véritable lobby auprès de la Maison-Blanche, mais aussi sur les grandes organisations internationales.

Troisième raison : le complexe militaro-industriel profite des nouvelles doctrines stratégiques sécuritaires de l'après-guerre froide élaborées par le Pentagone. Du concept de «domination informationnelle» au projet de bouclier anti-missiles, Claude Serfati estime que les stratèges américains ont fait entrer leur pays dans un nouvelle course aux armements.

«La mondialisation armée produit un déséquilibre de la terreur», conclut l'auteur. Alors que la fin de la guerre froide aurait du conduire au désarmement, le monde est entré dans une course à la militarisation, sous l'impulsion des Etats-Unis. Les producteurs d'armes américains, en tête de cette nouvelle croisade, investissent de nouveaux champs et exercent un véritable lobby sur la scène internationale. De quoi alimenter les pires scénarios pour l'avenir de la paix dans le monde.

Julien Nessi