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«Géopolitique de l'Arabie Saoudite», Olivier Da Lage, Editions Complexe, Collection "Géopolitique de Etats du monde", Bruxelles, 1996

Voilà un petit livre fort utile pour mieux appréhender les enjeux géopolitiques du «pays de l'or noir». Son auteur, Olivier Da Lage, journaliste spécialisé sur le Moyen-Orient, donne un éclairage tout en nuance de l'Arabie Saoudite, à la lumière de son histoire, de sa géographie, de sa culture mais aussi de ses relations avec le monde extérieur.

En 130 pages, cet opuscule brosse un portrait précis et complet de l'Arabie Saoudite. Olivier Da Lage passe en revue tout ce qu'il faut savoir sur ce géant de la péninsule arabique.

Après une rapide présentation du pays, l'auteur s'intéresse à ses contraintes géostratégiques. Certes, l'Arabie Saoudite est une puissance pétrolière et un géant à l'échelle régionale, le royaume présente tout de même des vulnérabilités. Rudesse du climat, faible population dans une région fortement peuplée, ou encore frontières mal définies avec ses voisins constituent, selon notre journaliste, des facteurs régionaux d'impuissance. Olivier Da Lage se penche ensuite sur l'identité politique du royaume, ses contrastes régionaux et son système politique.

Il rappelle, à juste titre, que l'Arabie Saoudite «puise ses propres valeurs dans la religion islamique, née voici treize siècles sur son territoire». C'est le «berceau de l'Islam», la terre sacrée des Musulmans, qui viennent du monde entier pour accomplir leur pèlerinage sur les deux lieux saints de l'Islam, La Mecque et Médine. C'est aussi le foyer historique du wahhabisme, la doctrine professée par Mohammed Ibn Abdel wahhab au XVIIIème siècle. Ce courant religieux prône une conception rigoriste et littérale du Coran et de la Sunna (la tradition). L'islam wahhabite est ainsi devenu la religion officielle du royaume. L'identité saoudienne est donc étroitement liée à la religion islamique.

L'auteur décrit les contrastes entre les différentes régions saoudiennes. Que faut-il en retenir ? Que le Nedj, une région désertique située au centre du pays, reste aujourd'hui fortement marqué par l'héritage wahhabite. «Cette terre aride et stérile est le berceau du wahhabisme, la version la plus austère que l'Islam ait jamais produite», précise le journaliste. Que le Hassa, la bande côtière de l'Est du royaume, regorge de ressources pétrolières. Et que le Hedjaz, un littoral sablonneux longeant la Mer Rouge, reste un lieu de passage fréquenté, le port de Djeddah et les lieux Saints de Médine et de La Mecque attirant les pèlerins du monde entier.

Le journaliste s'interroge aussi sur la nature du régime saoudien. S'agit-il d'une dynastie princière, d'une «théocratie familiale», voire d'une «oligarchie» ? Certains l'ont même surnommé «Al Saoud Inc», «la famille royale tenant lieu de conseil d'administration, le roi, le PDG, les citoyens étant des employés», remarque l'auteur. En dépit des réformes politiques récentes et de la montée des contestations contre le pouvoir, l'Arabie Saoudite reste largement aux mains de la famille Al-Saoud, le roi Fahd et le prince héritier Abdallah en tête.

Enfin, dans un dernier chapitre consacré aux relations extérieures, Olivier Da Lage décrypte, avec habileté, la politique étrangère saoudienne. Il passe en revue les relations de l'Arabie Saoudite avec le monde extérieur et revient sur le rôle des organisations internationales islamiques parrainées par Riyad (Ligue islamique mondiale, L'Organisation de la Conférence islamique). En dépit de sa puissance pétrolière et de sa taille, l'Arabie Saoudite mène, selon l'auteur, une «diplomatie guidée par la peur», évitant toute confrontation régionale. Les «pétro-dollars» permettant à Riyad d'acheter la paix et de jouer «la diplomatie du chéquier». L'auteur passe au crible les relations entre le protecteur américain et le royaume wahhabite. La révolution iranienne de l'ayatollah Khomeyni (1989) et la seconde guerre du Golfe contre l'Irak (1990-1991) ont fortement rapproché les deux pays, transformant l'Arabie Saoudite en base militaire stratégique pour les Américains. Les liens avec l'Occident et les autres pays arabes sont également scrutés avec attention.

En guise de conclusion, l'auteur s'interroge sur l'avenir de la monarchie pétrolière. Pour lui, la question de la succession du roi Fahd n'est pas déterminante. «Depuis qu'il a confié le 1er janvier 1996 la régence au prince Abdallah, on peut considérer cette question comme réglée», estime-t-il. Quant à l'appui stratégique américain, il ne devrait pas être remis en cause. «Les vrais défis sont d'ordre intérieur» prévient-il. Les difficultés économiques et le fossé croissant entre la population et le pouvoir royal alimentent le ressentiment contre le régime et renforcent les contestations. Une évolution qui pourrait être fatale à la famille royale si elle ne s'adapte pas à ces changements…

L'Arabie Saoudite, entre pétrole, Islam et théocratie

Géant à l'échelle régionale et puissance pétrolière, la monarchie arabe dispose de nombreux atouts. Le pays couvre 4/5 de la Péninsule arabique, entre les voies stratégiques du Golfe persique et de la Mer Rouge. Ses sous-sols sont riches en pétrole - 25% des réserves mondiales - et font du royaume le premier exportateur mondial de l'or noir.

Berceau de l'Islam et foyer historique du wahhabisme, l'Arabie Saoudite est une monarchie absolue, dirigée par la famille royale Al-Saoud. Selon l'article 1 de la Loi fondamentale en vigueur dans le pays, «le royaume d'Arabie Saoudite est un Etat arabe et islamique souverain, sa religion est l'Islam et sa constitution est le saint Coran et la Sunna du prophète».

 

Julien Nessi