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«Ben Laden : la vérité interdite», Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié, Edition Denoël Impacts, novembre 2001

Proches des milieux du renseignement et spécialistes de l'investigation, Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié dévoilent les liaisons dangereuses entre l'Arabie Saoudite et la mouvance islamiste du terrorisme. Enquête sur le jeu trouble de la monarchie saoudienne, le livre est aussi une plongée au cœur des relations à hauts risques entre les Etats-Unis et les talibans.

«Toutes les réponses, toutes les clés permettant de démanteler l'organisation d'Oussama Ben Laden se trouvent en Arabie Saoudite». Cette déclaration, citée dans le prologue du livre, est celle de John O'Neill, l'ancien coordinateur de la lutte antiterroriste aux Etats-Unis et ex-numéro 2 du FBI à New York. Ce témoignage, recueilli par l'un des auteurs du livre, a valeur de confidence posthume. En effet, l'homme, devenu depuis août 2001 directeur de la sécurité du World Trade Center, a trouvé la mort dans les attentats terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis. Les révélations de John O'Neill incitent nos deux auteurs à explorer d'un peu plus près la piste saoudienne pour mieux comprendre le rôle joué par Riyad dans le financement de l'islamisme radical, dont Ben Laden en est devenu le symbole aujourd'hui.

Le rôle ambigu de l'Arabie Saoudite

Sur fond de diplomatie secrète et de pétrodollars recyclés dans l'islamisme radical, la monarchie saoudienne se livre depuis longtemps à un jeu trouble. Tout le mérite de cette enquête est de lever le voile sur ce que les auteurs nomment ouvertement «le royaume de tous les dangers».

Dans leur livre, les deux spécialistes du renseignement passent au peigne fin les réseaux saoudiens du fondamentalisme. Selon les deux auteurs, «la quasi-totalité des réseaux islamistes implantés au Proche-Orient, en Afrique et en Occident, seront ainsi financés par l'Etat saoudien, par le biais d'institutions internationales qu'il contrôle et surtout les holdings et banques saoudiennes». S'appuyant sur des notes déclassifiées de la CIA et sur des registres du commerce, les deux investigateurs épinglent les banques saoudiennes et arabes et les établissements financiers aux activités douteuses. Les auteurs se penchent également sur le cas de Khalid Bin Mahfouz, le fils du fondateur de la première banque d'Arabie Saoudite (la National Commercial Bank). Cet homme d'affaires de 73 ans, surnommé le «banquier de la terreur» par les auteurs, serait impliqué dans le financement du réseau Al-Qaida.

Plus intéressant encore, les enquêteurs sont persuadés qu'Oussama Ben Laden est à la fois «le produit du wahhabisme et un instrument du royaume saoudien». Berceau historique du wahhabisme, Riyad a toujours cherché à propager son islamisme sunnite radical face aux frères ennemis de l'Iran chiite. C'est pourquoi, les princes saoudiens ont soutenu Ben Laden dans sa guerre sainte, le Djihad. Les deux auteurs expliquent ainsi le soutien sans faille de l'Arabie Saoudite à l'Islam radical pour trois raisons : la religion, le pétrole et le système bancaire.

Une plongée au cœur des relations à hauts risques entre Etats-Unis et talibans

Enquête sur le jeu trouble de l'Arabie Saoudite, le livre est aussi une plongée au cœur des relations à hauts risques entre les Etats-Unis et les talibans. Les auteurs dévoilent notamment les dessous de ces liaisons dangereuses jusqu'à une période récente, de février à août 2001. Selon les auteurs, «de 1994 à 1998, les Etats-Unis expriment une relative bienveillance à l'égard des talibans» pour des raisons essentiellement pétrolières. Aux yeux des Américains, l'Afghanistan est une voie de transit des réserves énergétiques d'Asie centrale. C'est pourquoi ils vont soutenir les talibans pour qu'ils stabilisent et sécurisent le sud du pays où Washington envisage de construire un gazoduc pour évacuer le gaz du Turkménistan vers la mer d'Oman. Durant toute ces années, les Etats-Unis, avec l'aide de l'Arabie Saoudite, favorisent la montée et le maintien au pouvoir des " étudiants en religion". Selon les auteurs, malgré les attentats terroristes contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam en août 1998 et les sanctions prises en décembre 1999 par l'Onu contre les talibans, les enjeux gaziers et pétroliers reprennent vite le dessus.

Les deux spécialistes du renseignement nous font vivre les ultimes tractations, orchestrées par la nouvelle administration Bush, pour tenter de ramener les talibans à la table des négociations. De février à août 2001, l'équipe du président américain, qui doit notamment son élection aux lobbies américains du pétrole, se rapproche des talibans. Les attentats du 11 septembre mettront un terme définitif à ces liaisons secrètes.

Ecrit dans un style vivant et rythmé, cette enquête, faite de révélations, de portraits d'acteurs troubles et d'immersions dans les méandres de la finance internationale, se dévore comme un thriller, au suspense bien orchestrée. Mêlant géopolitique et négociations secrètes, les deux auteurs nous font vivre avec frénésie la chronique d'alliances contre nature.

Site officiel du livre "Ben Laden, la vérité interdite" :
http://www.ben-laden-la-verite-interdite.com

Julien Nessi
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