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«Ecologie et gouvernance mondiale», Jean-Michel Valantin, Autrement, 2007

Spécialiste des questions de développement durable et d'environnement, Jean-Michel Valantin est chercheur au Centre de recherche pour la paix et la Sécurité (Cirpes). Dans ce court essai, il démontre avec intelligence que le changement climatique est aujourd'hui un enjeu majeur de sécurité internationale. Selon cet auteur, la raréfaction des ressources naturelles, l'explosion démographique dans le tiers-monde ou encore la disparition programmée du pétrole créent les conditions de futurs conflits potentiels à travers le monde. Ce nouveau défi sécuritaire, dont cet ouvrage se fait l'écho, fait de l'écologie une des clefs de la gouvernance mondiale au XXIème siècle. La création d'une Organisation des Nations Unies pour l'environnement, une idée relancée par la conférence de Paris en février 2007, pourrait constituer un premier pas vers cette nouvelle gouvernance mondiale.

La question du changement climatique est aujourd'hui au cœur des relations internationales. Pas une semaine ne passe sans qu'une étude, un rapport ou une expertise viennent confirmer l'ampleur du désastre écologique à l'échelle de la planète. Dernier en date, un rapport de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économiques), publié le 4 décembre 2007, met en garde contre les risques d'inondations côtières. Selon ce document, co-dirigé par des experts issus des milieux universitaires et du secteur privé, le changement climatique et l'urbanisation pourraient entraîner un triplement du nombre de personnes exposées à des inondations côtières dans le monde d'ici 2070. Avec une élévation moyenne du niveau des océans de 0,5 mètre d'ici à 2070, de nombreuses villes portuaires sont menacées par des risques d'inondation. Calcutta, Mumbay, Dhaka, Guangzhou, Ho Chi Ming Ville, Shangaï, Bangkok, Rangoon ou encore Hai Phong sont les plus exposées à l'avenir. Dans les pays développés, la ville américaine de Miami figure également dans ce palmarès macabre en faisant partie des dix grandes villes les plus menacées… Cette étude alarmiste pourrait amplement trouver sa place dans l'essai de Jean-Michel Valantin consacrée aux enjeux du développement durable et aux défis du changement climatique pour la communauté internationale.

Selon le chercheur, " la question du changement climatique a surgi entre 2005 et 2007, faisant de ces années un véritable tournant conceptuel à l'échelle mondiale. Nous vivons un choc du futur sans équivalent dans l'histoire de l'humanité ". Face à l'apparition des premiers " éco-réfugiés " - entre 50 et 200 millions d'ici la fin de ce siècle selon le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), la hausse des températures globales entre 1°C et 6°C, la multiplication des catastrophes naturelles (pluies torrentielles dévastatrices, typhons et ouragans meurtriers, tsunami violent…) ou encore les risques d'invasion biologique et de maladies infectieuses, la communauté internationale s'est progressivement emparée de l'écologie pour en faire une nouvelle priorité de l'agenda international.

Pour l'auteur, l'ouragan Katrina, qui s'est abattu sur la Nouvelle Orléans le 29 août 2005, marque une rupture. Pour la première fois, souligne-t-il,
" un phénomène climatique extrême défait de manière durable le lien social et l'organisation politique d'une grande ville occidentale. Cette catastrophe de la Nouvelle-Orléans synthétise l'ensemble des défis qui attendent la société mondiale au XXIème siècle ". La publication du rapport de Nicolas Stern en octobre 2006 a contribué à la prise de conscience des enjeux climatiques dans les milieux de la finance internationale. La facture du réchauffement climatique - évaluée par le rapport Stern à plus de 5 500 milliards de dollars par an au niveau global - a marqué les esprits. La norme environnementale est enfin devenue une priorité dans les grandes enceintes internationales, de la Banque mondiale aux Nations Unies en passant par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou encore l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Aux Etats-Unis, malgré l'opposition de l'administration Bush et des néo-conservateurs qui refusent toujours de signer le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre (GES), les réactions sont venues d'autres centres de pouvoir. Les villes américaines- 284 municipalités dont New York, Los Angeles, San Francisco, Chicago… -, sous l'impulsion du maire de Seattle, Greg Nickels, se sont mobilisées pour appliquer une politique de réduction des gaz à effet de serre. La Californie, grâce à l'action du gouverneur Arnold Schwarzenegger, se pose en Etat pilote, avec une loi pour le développement des carburants verts, le respect du protocole de Kyoto (Global Warning Solutions Act), la création d'un permis californien d'émission de GES ou encore les projet d' " un million de toits solaires pour 2018 " ou la création d'un nouveau parc national pour établir une réserve naturelle dans la Sierra Nevada. A leurs côtés, les grands majors d'Hollywood et la Nasa s'engagent dans la lutte contre le réchauffement climatique. Plus médiatique, et sacré prix Nobel de la Paix 2007 avec les experts du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), Al Gore, avec son documentaire choc et cri d'alarme " Une vérité qui dérange ", s'inscrit également dans cette démarche. " Les trois hypercentres américains que sont la Californie, Hollywood et la Nasa, de même que l'ancien vice-président Al Gore, tout intimement associés au fonctionnement du système américain, sont donc entrés dans une phase de promotion de la norme du respect de l'environnement ", analyse Jean-Michel Valantin.

L'intérêt de l'ouvrage est de montrer qu'enfin un mouvement international se dessine pour répondre à l'urgence du changement climatique. Alors que le diagnostic sur l'état de la planète est aujourd'hui largement partagé, l'auteur insiste sur la nécessité d'aménager le futur en explorant de nouvelles voies de gouvernance écologique. Pour faire face par exemple aux risques de conflits provoqués par les changements environnementaux, " centrer la prévention des crises et la promotion de la paix autour de l'environnement apparaît de plus en plus comme une piste intéressante ", explique-t-il. Mettant en cause l'approche de la
"géo-ingénierie" - consistant à aménager les structures physiques ou chimiques de la planète pour atténuer le choc du réchauffement (ex : lâcher du souffre dans la haute atmosphère, fabriquer un iceberg artificiel pour influer sur la fonte de la banquise du pôle Nord, fertiliser du plancton dans les océans, installer un bouclier géant spatial…) pour résoudre la question du changement climatique, il est plutôt partisan d'un développement durable respectueux des équilibres de la planète et d'une évolution des modes de vie humains. Un dernier chapitre, très instructif, fait le point sur la question de la promotion de l'écologie en France, alors que le gouvernement français vient tout juste de lancer son " Grenelle de l'Environnement "…

Par Julien NESSI - décembre 2007
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