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I. Facon : «La géopolitique russe n'est pas bouleversée depuis le 11 septembre»
Décembre 2001 - Propos recueillis par Xavier Frison

Chargée de recherche à la Fondation pour la recherche Stratégique, Isabelle Facon est spécialiste de la Russie. Pour Cyberscopie, elle fait le point sur la position de Moscou dans la nouvelle donne géopolitique après les attentats du World Trade Center et revient sur l'évolution des rapports entre l'armée russe et le pouvoir politique.

Cyberscopie. - Vladimir Poutine a rencontré George W. Bush au cours d'une visite de trois jours aux Etats-Unis à la mi-novembre. Que doit-on retenir de cette rencontre ?

Isabelle Facon. - «Sur les questions fondamentales qui, avant le 11 septembre, opposaient ou du moins étaient source de tensions entre les deux pays, on n'a pas vu d'avancée décisive. Sur l'Otan, Vladimir Poutine a observé, lors du sommet, une position assez réservée quant à la possibilité de voir la Russie plus étroitement associée à la prise de décision internationale sur les questions de sécurité. Au sujet du traité ABM, il n'y a pas eu de progrès : les Russes restent attachés à la survie du traité, même si avant et après le 11 septembre leur position sur cette question s'est voulue plus souple. Ils ont notamment reconnu la réalité de la menace contre laquelle ce bouclier anti-missile est censé être dirigé ; d'autre part, les officiels russes jugent possible une adaptation du traité.

A propos des armements stratégiques, si les deux parties ont convenu, comme cela était prévisible, de réaliser de nouvelles réductions, elles restent en désaccord sur la nature des processus. L'administration Bush ne tient plus vraiment au cadre traditionnel d'accords contraignants sur le désarmement, point sur lequel les Russes - surtout l'appareil militaire - ne veulent pas transiger. Ce cadre représente pour eux non seulement une source de garanties en termes de vérification et de transparence mais aussi (surtout ?) un signe extérieur de l'importance du rôle de la Russie sur la scène internationale. On note toutefois que certains représentants de l'exécutif et du législatif américains souhaitent maintenir ces processus pour les garanties qu'ils proposent.

En réalité, ce sommet a surtout permis de confirmer les nouvelles relations d'amitié entre les Etats-Unis et la Russie.»

Comment ce sommet a-t-il été perçu en Russie, dans l'opinion publique et dans le monde politique ?

I.F. - «Pour l'opinion publique, il existe une ambivalence particulière : il y a eu un sentiment sincère de solidarité à l'égard des Etats-Unis suite aux événements alors que peu de temps avant, de nombreux sondages présentaient les Etats-Unis comme un des principaux adversaires de la Russie, voire comme une menace. Ce changement d'attitude tient principalement au fait que les Russes ont eux aussi fait la cruelle expérience d'attentats terroristes sur leur propre sol récemment. Les sondages montrent d'ailleurs que les Russes sont loin d'être unanimes quant au bien-fondé des opérations militaires américaines en Afghanistan, dans lesquelles ils sont nombreux à percevoir des " intentions cachées " potentiellement nuisibles aux intérêts de la Russie.

Dans le monde politique, beaucoup de gens voient l'intérêt qu'il y a à se rapprocher des Etats-Unis. Il était clair pour toute la classe politique que la Russie ne pouvait pas ne pas soutenir la coalition anti-terroriste sous peine de renforcer l'isolement international relatif du pays et de perdre une chance de se poser en acteur responsable et incontournable des relations internationales.

Avec le temps, on a vu apparaître des tensions dans le débat interne sur le degré de soutien qu'il convient d'apporter aux Etats-Unis. Le complexe militaro-industriel, notamment, s'inquiète de ce qu'un soutien trop " prononcé " ne menace les bonnes relations de la Russie avec certains pays qui constituent pour leurs produits des débouchés précieux : Iran, Syrie, Irak, voire la Chine... La question se pose de la possibilité, à mes yeux problématique, de voir Russes et Américains s'entendrent sur ce qui est transfert de technologies militaires proliférant et ce qui ne l'est pas.

Les militaires russes, eux, craignent que la riposte américaine n'entraîne la déstabilisation de l'Asie centrale, une des principales préoccupations de l'état-major général russe depuis l'effondrement de l'URSS. Militaires, communistes et autres forces politiques en Russie, y compris dans les cercles dirigeants, ne font par ailleurs pas mystère de leur préoccupation quant au risque de voir les Américains établir une présence durable dans cette zone.»

A deux ans et demi des élections présidentielles, à la tête d'un bilan assez terne, Vladimir Poutine n'a-t-il pas fait un calcul de politique intérieure (échelonnement de la dette, investissements étrangers, nouveaux crédits) en se rapprochant ostensiblement de Washington ?

I. F. - «Je ne partage pas ce point de vue d'un bilan terne pour Poutine. Dans le domaine économique ou militaire, un certain nombre d'initiatives positives ont été prises. Même si, bien sûr, il existe des zones d'ombre dans son bilan, comme la Tchétchénie ou certaines distorsions dans la pratique démocratique : rapports avec les médias, manière dont l'exécutif a " organisé " la Douma dans un sens très favorable à ses intérêts, etc.

Poutine veut obtenir des " réponses " de la part de Washington en " compensation " de sa collaboration sans faille à la coalition anti-terroriste. S'il semble illusoire de vouloir des résultats immédiats et considérables dans le domaine de la sécurité, le président russe, qui a fait du renforcement de l'intégration de son pays dans l'économie internationale une priorité de sa politique étrangère, compte sur des gestes rapides dans le domaine économique.

Cela semble correspondre aux intentions de Washington (geste sur la dette russe, soutien aux investissements en Russie, soutien plus appuyé à la candidature de Moscou à l'OMC…). Mais là encore, le 11 septembre n'est pas l'unique facteur. Cette plus grande ouverture a été rendue possible par la stabilisation relative de l'économie russe depuis 1999.»

Le rapprochement russo-américain est-il dû essentiellement au 11 septembre ?

I. F. - «En fait, beaucoup de choses ne me paraissent pas vraiment nouvelles. Dans le domaine de l'arms control, certaines améliorations avaient déjà vu le jour : assouplissement russe sur la question des défenses anti-missiles, assouplissement américain sur la question de nouvelles réductions des arsenaux stratégiques... Le sommet de juin dernier en Slovénie avait déjà entériné le rapprochement des deux pays. On a vu se développer un véritable effort, de part et d'autre, pour diversifier les relations au-delà des questions de sécurité, sur un plan économique en particulier, dans le souci de rendre les rapports moins tendus car moins directement liés à l'encombrant bagage psychologique de la guerre froide.»

Quels sont les rapports entre l'appareil militaire russe et le monde politique ?

I. F. - «Ce qui se passe avec les attentats avive des tensions qui existaient déjà avant les événements entre l'armée et le président Poutine. Celui-ci, tout en annonçant vouloir renforcer les capacités de l'armée, a également voulu réaménager les rapports avec celle-ci, placés sous le signe du give and take du temps de Boris Eltsine.

Dans ce but, il a imposé Sergueï Ivanov en mars 2001 au poste de ministre de la Défense. Un Ivanov qui, comme Poutine, dont il est un très proche allié politique, est un ancien du KGB et n'appartient donc pas au sérail militaire. Or, on sait qu'il y a toujours eu des tensions entre l'armée et les services de sécurité en Russie et que traditionnellement, l'armée soviétique russe n'est guère ouverte aux influences extérieures dans " ses " affaires.

Par ailleurs, Poutine veut accélérer le rythme de la réforme des forces armées, ce qui fait aussi grincer quelques dents, en particulier son projet d'abandonner à terme la conscription. Et puis, il y a la Tchétchénie, sujet sur lequel le président russe a au cours des derniers mois beaucoup critiqué l'armée dans sa façon de conduire les opérations.

Certains responsables militaires voient d'un mauvais œil les tentatives de règlement politique, ce à quoi Poutine semble désormais attaché, pour des raisons diverses : " standing " international, blocages de la situation sur le terrain qui pourraient peser, à plus ou moins brève échéance, sur la popularité du président, etc. Les rapports entre les généraux et Vladimir Poutine n'étaient donc déjà pas au beau fixe avant les attentats aux Etats-Unis. »

Le ministre de la Défense Sergueï Ivanov avait pris position contre un déploiement des forces anti-terroristes en Asie centrale avant d'être rappelé à l'ordre par Vladimir Poutine. Comment peut-on interpréter les déclarations d'Ivanov et son silence, par la suite ?

I. F. - «Vu les tensions qui existent au sein de sa propre administration, le ministère de la Défense, Ivanov a peut-être voulu lui donner un gage de bonne volonté sur un sujet qui, on l'a dit, préoccupe grandement les responsables militaires russes. On ne peut ainsi exclure que sa prise de position contre la présence de forces américaines en Asie centrale ait été coordonnée avec l'exécutif, pour des raisons internes mais aussi externes.

Il peut s'agir de montrer aux Etats-Unis que le soutien qui leur est apporté a un prix en interne pour le président Poutine, et les convaincre ainsi de répondre concrètement au soutien russe. En tout cas, il est prématuré d'affirmer que les rapports entre Sergueï Ivanov et Vladimir Poutine se sont détériorés depuis le 11 septembre. Ivanov semble rester, pour l'heure, un acteur important de la prise de décision.»

Le poids de l'armée dans le processus de décision du pays a évolué depuis la fin de l'ère communiste : pourrait-on encore aujourd'hui imaginer une tentative de déstabilisation du pouvoir par l'armée ?

I. F. - «Pour l'instant, je ne pense pas que l'on en soit à ce point de tension entre l'armée et le pouvoir civil. Il existe un certain nombre de changements susceptibles de contenter l'armée qu'il ne faut pas occulter : tout d'abord, l'armée se sent davantage " prise en compte " par l'équipe dirigeante du fait des liens personnels entre Ivanov et le président russe, même si Poutine ne veut pas se laisser influencer par l'armée et entend lui imposer ses choix. Par ailleurs, la situation économique du pays connaît, comme on l'a dit, une embellie depuis trois ans.

Certes, il reste à voir si cette évolution se confirmera, mais les conséquences pour l'armée sont bénéfiques : c'est la fin des " séquestrations budgétaires ", pratique systématique du temps de Eltsine. Le budget militaire était tout simplement gelé en cours d'année pour cause de manque de recettes budgétaires. Depuis 1999, ces coupes sombres n'ont plus cours et les militaires en ressentent les bienfaits, même si leurs finances sont loin d'être florissantes.»

La coopération de la Russie à la campagne anti-terroriste peut-elle infléchir la position des USA sur le futur bouclier anti-missile et l'adaptation du traité ABM signé en 1972 ?

I. F. - «Une concession possible serait que les Américains renoncent à se retirer unilatéralement du traité ABM. Avec la nouvelle donne internationale et la situation intérieure aux Etats-Unis, la situation paraît plus favorable de ce point de vue. Pour les Russes, c'est vraiment quelque chose de très important.

De leur côté, il se sont faits à l'idée qu'il y aurait des modifications au traité et qu'il faudra faire des concessions ; c'est d'autant plus vrai que dans le fond, les experts minimisent la possibilité, d'un point de vue technologique, de voir le système américain de défenses anti-missiles menacer réellement la capacité de dissuasion russe. De ce point de vue, la situation est meilleure aujourd'hui qu'elle ne l'était au tout début de 2001, quand les relations bilatérales, qui avaient atteint un degré de tension sans précédent depuis le début des années 1990, paraissaient dans l'impasse. Surtout si les Américains accèdent au désir de Moscou de réduire sensiblement leurs armements nucléaires offensifs, à des niveaux proches de ceux que la Russie peut se permettre de maintenir. »

On s'achemine vers un gouvernement de coalition en Afghanistan. Quel sera le rôle politique et militaire de la Russie dans l'après-guerre dans le pays ?

I. F. - «Sur un plan militaire, à mon avis, la participation russe restera faible. Le consensus interne sur le refus d'envoyer des forces sur le terrain semble assez clair. Il y a probablement eu une présence de militaires russes pour le soutien technique aux forces de l'Alliance du nord pour l'utilisation des armements russes, manière comme une autre de préparer la présence politique russe sur le terrain pour l'après-opérations militaires sur le sol afghan.

La Russie s'est montrée claire sur son refus absolu de voir des représentants des talibans au sein du futur gouvernement à Kaboul, point sur lequel les Américains se sont montrés initialement moins stricts. Moscou semble par ailleurs préoccupé par les liens qui se tissent entre Washington et l'Ouzbékistan et leurs implications possibles pour le devenir politique de l'Afghanistan. Plus largement, le Kremlin s'inquiète des nouveaux équilibres qui pourraient se créer autour du " Grand Jeu " sur le transit des matières énergétiques dans la région, un des points de tension les plus sensibles dans les relations américano-russes au cours de la dernière décennie.»

Dans l'hypothèse d'une stabilisation de l'Afghanistan, on va assister à la relance de la bataille sur le transport des matières premières. La Russie est-elle prête à concéder un peu de son influence dans ce domaine en Asie centrale ?

I. F. - «Voilà un des domaines dans lequel la Russie a certainement fait valoir qu'en compensation à son soutien aux Etats-Unis dans la lutte anti-terroriste, elle souhaiterait voir les Américains prendre ses intérêts en compte. Il n'est pas exclu que, sur fond de tractations quant à la participation de la Russie et des républiques d'Asie centrale à la riposte américaine en Afghanistan, les deux parties aient discuté des perspectives d'une " entente " sur le trajet des futurs pipelines.»

La Russie est très impliquée dans le transport d'énergie en Asie centrale. Devant les nombreux obstacles et la complexité des projets de nouveaux pipelines, quelles évolutions doit-on attendre dans ce domaine ?

I. F. - «Cela dépendra pour beaucoup de la volonté américaine d'investir dans ces tracés. Néanmoins si, au-delà des instabilités régionales, une partie des tensions politiques entre les Etats " aux manettes " de ces constructions s'estompe, on peut envisager un meilleur dialogue et des avancées plus concrètes. Mais là encore, il faut attendre une évolution plus claire et vraiment stable en Afghanistan, ce qui n'est pas envisageable dans un avenir très proche.»

De 1972 à 1991, l'URSS a mené une politique de recherche intensive sur les armes bactériologiques. D'après vous, la Russie a-t-elle pu "exporter" une partie de cet arsenal vers des Etats qui a leur tour, auraient fourni les organisations
terroristes ?

I. F. - «C'est difficile à dire. On connaît les craintes que suscite la situation des complexes nucléaires, chimiques et biologiques en Russie mais dans le même temps depuis l'éclatement de l'URSS, un effort particulier a été entrepris sur ces sites pour limiter d'éventuelles fuites. Il me semble qu'au-delà des tensions politiques entre la Russie et les pays occidentaux dans les années 1990, il y a toujours eu des efforts de coopération entre les pouvoirs politiques, les services de sécurité et les appareils militaires pour sauvegarder la sécurité autour de ces sites. On ne peut jurer de rien, compte tenu de la situation pour le moins chaotique de la Russie dans les années Eltsine, mais de ce point de vue, on a un certain nombre de garanties grâce à la vigilance extrême des pouvoirs russes assistés en cela par la communauté internationale.»

Les cinq pays d'Asie centrale sont d'une importance capitale pour l'influence de Moscou dans la région. Quels sont aujourd'hui les rapports de la Russie avec chacun d'entre eux ?

I. F. - «Le Tadjikistan est le pays le plus dépendant à l'égard de la Russie, à cause de la guerre civile. Les militaires et les gardes-frontières russes y assurent une présence stabilisante. C'est sans doute le pays le plus " docile " envers la Russie parce qu'il est vraiment exsangue et dépendant économiquement et militairement de Moscou. Le Kirghizstan ne semble pas avoir une plus grande marge de manoeuvre.

L'Ouzbékistan est traditionnellement l'acteur le plus récalcitrant vis-à-vis de Moscou en Asie centrale, où il cherche à se poser en leader régional. La situation actuelle fait que le pays a une chance de se dégager quelque peu de l'influence russe grâce à la présence des Etats-Unis, qui ont promis d'aider l'Ouzbékistan à assurer sa sécurité militaire et économique. Dans le même temps, le réaliste président ouzbek n'oublie pas l'importance stratégique du voisin russe, ne serait-ce qu'en termes de capacité de nuisance. On va sûrement assister à une recherche d'équilibre entre ces deux grands partenaires.

Le Kazakhstan s'est toujours montré très prudent envers la Russie et tient à conserver une marge de manœuvre, comme le montrent les efforts du Président kazakh pour nouer des liens diplomatiques indépendamment de Moscou et pour lancer des initiatives régionales dans lesquelles il souhaiterait jouer un rôle de premier plan. Cependant, la situation de proximité géographique avec la Russie, la présence au Kazakhstan d'une forte population russe, l'existence de dépendances économiques font que le Kazakhstan entretient avec Moscou des relations dans un esprit de bon voisinage et de coopération.

Le Turkménistan, qui ne cesse de rappeler qu'il a opté pour la neutralité, poursuit son jeu flou et versatile, qui le pousse à faire évoluer ses coopérations et ses partenariats en fonction des enjeux et des intérêts du moment. C'est un acteur très volatile. L'évolution de ses positions dépendra aussi de la nature des futures propositions des Etats-Unis envers l'Asie centrale.

En définitive, même si, pour certains des Etats de cette région, une présence américaine plus affirmée dans le futur offrirait une plus grande latitude par rapport au Kremlin, ces pays auraient certainement à réfléchir au meilleur équilibre possible. Tous ces pays reconnaissent l'importance de l'acteur russe, même s'il peut être parfois encombrant et très ambigu dans ses initiatives envers l'espace ex-soviétique. La donne en Asie centrale pourrait donc être modifiée, sans être bouleversée.»

Après le 11 septembre, peut-on estimer que la Russie a les mains libres en Tchétchénie comme peuvent le laisser penser les déclarations très timides de Colin Powell et de Lionel Jospin selon lesquelles une solution politique est encore
envisageable ?

I. F. - «Dans la situation actuelle, c'est plus difficile pour les pays occidentaux de condamner la Russie sur la Tchétchénie. On peut noter qu'avant le 11 septembre l'Occident a critiqué les opérations militaires en Tchétchénie et les violations des droits de l'Homme commises par les forces russes, mais s'est montré plus discret sur son appréciation des liens présumés - et maintes fois soulignés par Moscou - entre certaines mouvances islamistes et la Tchétchénie.

Pour l'instant, Moscou semble s'acheminer vers un règlement politique du conflit, processus déjà en cours avant les attentats du World Trade Center. Si cette évolution se confirme - mais il n'y a pas de consensus sur ce point au sein de l'équipe dirigeante russe - et si les récentes discussions entre représentants russes et tchétchènes vont au-delà d'un simple mouvement tactique, cela signifie sans doute que Poutine considère une solution politique comme indispensable. Sans une issue de ce type, cette zone restera un obstacle politique important dans les relations Russie-Etats-Unis et Russie-Union européenne.»

Existe-t-il des interactions entre les conflits tchétchènes et géorgiens ?

I. F. - «Voilà sans doute un des aspects négatifs des événements du 11 septembre et du rapprochement consécutif entre la Russie et les Etats-Unis. La Géorgie, toujours très récalcitrante par rapport à Moscou et précédemment soutenue par Washington, risque de faire les frais des nouveaux liens entre Bush et Poutine. De fait, la Russie accroît ses pressions sur ce pays depuis plusieurs mois. Un renforcement de l'influence de la Russie sur la Géorgie ne saurait être exclu.»

Pensez-vous que la Russie souhaite la reconquête de
"l'étranger proche" ou qu'au contraire, le pays a définitivement fait le deuil des ses anciens satellites pour s'ouvrir vers le
"modèle occidental" ?

I. F. - «Les Russes ne pensent plus à une éventuelle reconstitution d'un empire, même indirect. Le prix à payer, économique et politique, serait bien trop élevé. En revanche, Poutine essaye de réaffirmer l'influence, qu'il considère naturelle, de son pays sur les Etats de l'ex-URSS. Sur un plan économique et politique, la présence de Moscou, bien qu'affaiblie au cours des dernières années, n'est pas près de disparaître, surtout si la reprise économique en Russie devait se confirmer. Il reste à voir si ce retour de la Russie se fera en des termes plus "positifs" et constructifs que par le passé.»

Propos recueillis par Xavier Frison