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Evo Morales : «Nous voulons zéro cocaïne, zéro trafic de drogue»
Février 2006 - Propos recueillis par Julien Nessi

Proche des idées de Hugo Chavez et de Fidel Castro et "bête noire" des Etats-Unis, Evo Morales est le tout jeune président de Bolivie. Elu avec plus de 54% des voix, il est le premier chef d'Etat d'origine indienne à accéder au pouvoir dans un pays d'Amérique latine. A l'occasion d'une tournée mondiale, il est venu expliquer sa politique lors d'une conférence de presse à Paris. Morceaux choisis.

Pouvez-vous expliciter votre politique de nationalisation des ressources naturelles ?

Evo Morales - « La privatisation des ressources naturelles a renforcé la misère et la faim dans notre pays. Les peuples autochtones en ont été les premières victimes. J'entend revenir sur la privatisation des ressources. Notre pays est un pays riche en ressources naturelles, en même temps notre population est très pauvre. La richesse de notre pays doit être redistribuée. Historiquement, il y a eu une véritable confiscation de nos ressources naturelles. Il est important, en ce troisième millénaire, de résoudre les problèmes sociaux et économiques des peuples autochtones qui ont été condamnés à l'extermination au cours de l'histoire. Nous voulons nationaliser nos ressources naturelles, mais avant cela, nous devons nationaliser le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. De cette manière, nous allons récupérer toutes nos ressources naturelles. J'insiste : quand nous évoquons les nationalisations des ressources naturelles, nous affirmons que mon gouvernement va exercer son droit de propriété. Cela ne signifie pas confisquer, ni exproprier, ni expulser les entreprises. Nous avons besoin de partenaires privés. Je regrette beaucoup que les gouvernements précédents aient dû mettre nos richesses, nos ressources aux enchères. Nous allons garantir que les entreprises qui coopéreront récupèreront leurs investissements et auront le droit de faire des bénéfices. Mais il faut que cela se fasse selon un principe d'équilibre. Notre pays doit pouvoir en bénéficier également. »

Allez-vous respecter la sécurité juridique des entreprises qui investissent dans votre pays ?

Evo Morales - «Je peux vous garantir que nous allons respecter cette sécurité juridique. Cependant, pour qu'il y ait une sécurité juridique, il faut qu'il y ait une sécurité dans le domaine social. N'oublions pas que dans mon pays, il y a aussi beaucoup de fraudes fiscales. Il faut que les entreprises ne fassent pas de contrebande et acceptent de payer leurs impôts. Nous allons lutter contre la fraude fiscale. »

Quelles sont les premières mesures que vous allez prendre ?

Evo Morales - «Nous avons décidé de mettre en place une politique d'austérité. Parce que Evo Morales vient de ces communautés autochtones d'origine qui ont pour habitude de toujours être au service du peuple et non pas d'exploiter le peuple. Aujourd'hui, je serais encore plus au service du peuple. C'est pourquoi, nous avons décidé de mettre en place cette politique d'austérité. J'ai décidé de diviser par deux mon salaire de président, de 24 000 à 12 000 boliviano [de 2485,20 euros à 1242,60 euros]. Mes parlementaires diviseront aussi par deux leurs salaires, de 20 000 à 10 000 boliviano [2071 à 1035,50 euros]. Nous allons aussi augmenter le salaire minimum. Ces diminutions de salaires vont être versées dans un fonds social en faveur de l'éducation. Avec les 50% de salaire auquel je renonce, je vais pouvoir payer 10 maîtres d'écoles !»

Vous avez été élu sur un programme de légalisation de la production de coca. Quelle politique entendez-vous mener dans ce domaine ?

Evo Morales - «La feuille de coca, à son état naturel, n'est pas dommageable pour la santé humaine. Tout ce que nous voulons, c'est que les Nations Unies retirent la feuille de coca, à son état naturel, de sa liste de substances illégales car il a été démontré scientifiquement qu'elle n'est pas nocive pour la santé humaine. La feuille de coca est légale pour fabriquer du coca-cola, mais serait illégal pour la région andine ! C'est injuste, il faut absolument y mettre un terme. La coca sert pour des usages traditionnels, comme des boissons (le thé de coca) ; il y a aussi un sirop à base de coca pour soigner les diabétiques ou les obèses. Lorsque nous parlons de transformations de la feuille de coca, nous parlons des usages médicinaux. Il ne s'agit pas pour nous d'appliquer une politique de zéro coca. En revanche, nous voulons " zéro cocaïne, zéro trafic de drogue ". Le trafic de drogue ne fait pas partie de la culture traditionnelle de nos peuples indiens. Ces trafics de drogue ont été importés chez nous. Et, là, je lance un appel au gouvernement américain : faisons une véritable alliance pour lutter contre le trafic de drogue. Jamais nous n'avons défendu le trafic de drogue et jamais nous le défendrons ! C'est à l'époque de la dictature militaire en Bolivie qu'a été introduit le trafic de cocaïne dans notre pays. Nous ne voulons pas que le trafic de drogue soit utilisé comme prétexte par certains gouvernements pour imposer leurs intérêts. Pour que les Etats-Unis, pour ne pas les nommer, continuent à exercer leur contrôle et leur mainmise sur notre pays… En revanche, je les invite à une véritable alliance qui mette en place une co-responsabilité pour lutter contre le trafic de drogue. Je suis persuadé que le véritable trafiquant de drogue, c'est quelqu'un qui porte une cravate et un veston. D'où viennent les producteurs ? Où est le marché ? Où commercialise-t-on la cocaïne ? Soyons réaliste ! Ce ne sont pas les petits paysans. Tout ce que je veux, c'est en finir avec les humiliations subies par mon peuple. Je suis là pour représenter les pauvres, les peuples autochtones.»

Propos recueillis par Julien Nessi

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