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Claude Moniquet : «La frontière est extrêmement poreuse entre le renseignement et le mercenariat»
Septembre 2002 - Propos recueillis par Dimitri Beck

Le XXIe siècle sera celui du renseignement. La chute de l'URSS et la fin d'un monde bipolaire n'ont pas mis fin à cette activité. Bien au contraire. Pour Claude Moniquet, spécialiste du renseignement et auteur de "L'Histoire de l'espionnage mondial" (Editions du Félin ), le renseignement est un métier d'avenir. Les menaces contre les Etats-nations sont légion : terrorisme, crime organisé, prolifération d'armes de destruction massive, crises régionales… L'information est un enjeu pour disposer d'une longueur d'avance sur son adversaire, qu'il soit politique, économique ou militaire… Raison pour laquelle, depuis les années 90, la "communauté" du renseignement se réorganise et tend à sous-traiter certaines missions "délicates" à des sociétés privées. Se pose alors la question d'éthique des limites à ne pas franchir… L'expert fait le point sur l'actualité et l'avenir du monde du renseignement et de la sécurité.

Ben Laden et Al Qaida dans la ligne de mire des Etats-Unis

Cyberscopie. - Un an après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, quelles sont les dernières rumeurs qui traînent autour de la vie ou de la mort de Ben Laden ?

Claude Moniquet.- «Il y a des rumeurs multiples et contradictoires. La dernière est que l'on sait que deux gardes du corps de Ben Laden sont détenus au camps X-Ray de Guantanamo (Cuba). Or, on sait par ailleurs que Ben Laden ne se déplaçait jamais sans eux. Donc certains analystes estiment pouvoir inférer que Ben Laden serait mort. Mais, à l'heure actuelle, on n'a aucune information sur la mort de Ben Laden. On dispose plus d'indications sur sa survie puisque des messages e-mails et radios ont été interceptés. De plus, il y a la fameuse vidéo du printemps dernier qui manifestement n'a pu qu'être faite dans la région, qu'au printemps et qu'après les attentats du 11/09 puisqu'il y fait référence. Cela veut dire qu'en mars 2002, Ben Laden était encore vivant. Mais, fondamentalement, ce n'est pas la question. On ne peut pas réduire l'affaire du 11/09 et Al Qaida à une question de personne.»

C'est-à-dire ?

C. Moniquet. - «Al Qaida est une mouvance complexe qui a mis vingt ans à se cristalliser. Le génie propre et personnel de Ben Laden a été d'unir des gens qui provenaient d'horizons politiques, géographiques, ethniques différents. Il y a des Arabes, des convertis européens, des Asiatiques… c'est-à-dire un très vaste panel de nationalités. Le seul point commun, c'est évidemment l'intégrisme islamiste. Et sur cette base internationale de fédérations de groupes, Ben Laden a construit quelques chose qui ne disparaîtra pas avec lui.»

L'organisation Al Qaida fonctionne donc toujours ?

C. Moniquet. - «Je cultive peut-être le goût du paradoxe, mais Al Qaida n'a pas pu être démantelé pour la bonne et simple raison que ce réseau terroriste n'existe pas. Dans le sens où, ce que l'on appelle Al Qaida, est un nom de convention, qui a été utilisé par Ben Laden à l'époque de la guerre en Afghanistan lorsqu'il a créé son bureau d'information qui recensait les moudjahidin vers 1985-86. Ben Laden a mis alors sur pied une organisation qui répertorie simplement les gens et leurs mouvements. Ce qui lui a fournit une base de données de plusieurs dizaines de milliers d'excités, d'extrémistes, d'islamistes, armés et dangereux. Mais Al Qaida est une mouvance, une super-structure, une plate-forme, une organisation de prestations de services, une holding, mais ce n'est pas vraiment une organisation à proprement parler.»

Ce qui fait toute sa complexité pour la repérer et pour l'appréhender ?

C. Moniquet. - «Absolument. C'est aussi son indestructibilité. Parce que la mouvance peut survivre des années voire peut-être même des dizaines d'années.»

C'est la raison pour laquelle la manière forte américaine est peut-être plus efficace que des procédures judiciaires face à ce type de mouvance ?

C. Moniquet. - «J'en suis intimement persuadé. Il ne faut pas pour autant désarmer le bras de la justice. Dans le cadre des seuls pays démocratiques, les méthodes acceptables sont des méthodes judiciaires où l'on trouve des preuves contre des personnes, on les arrête, on les inculpe, on les juge et on les condamne. Cela est une partie du combat. L'autre, hors de notre sphère démocratique, que ce soit en Afghanistan et dans beaucoup de pays du Tiers Monde, ne peut se faire que par la méthode militaire et par les méthodes de services spéciaux.»

Boire et déboires de l'espionnage occidental

L'espionnage américain en Asie centrale est-il un mythe comme l'a fait remarquer Rueul Marc Gerecht, un ancien agent de la CIA, dans un article paru avant le 11/09 dans Atlantic Monthly ?

C. Moniquet. - «C'est assez vrai. Mais ce n'est pas propre à la CIA. Je pense et je suis sûr que les services français n'ont pas ou très peu de sources actives dans cette zone d'Asie centrale. Ceux qui ont certainement des gens actifs sur le terrain sont les Anglais, les Russes, probablement les Indiens et les Iraniens. Mais la CIA n'a pas de grosses capacités opérationnelles sur ce terrain.»

Quelle est la raison de ce défaut de présence dans la région ?

C. Moniquet. - «Le piège dans lequel est tombée la CIA est plus un enchaînement de circonstances. Les raisons sont à la fois américaines, politiques et légales. Premièrement, les capacités opérationnelles de la CIA ont fortement été réduites à partir de 1976 avec notamment la Commission Church sur les crimes de la CIA. C'était l'époque de la moralisation des affaires publiques : les services spéciaux ont été limités dans leur capacité d'action. Deuxièmement, à cette époque, l'ennemi principal était l'Union soviétique. Il était très structuré et pouvait être de manière très pertinente observé et espionné par des moyens techniques. La CIA a donc tout misé sur la technique. Cela fonctionnait bien et en plus c'était " propre ". On ne tue, ne torture et ne drogue personne. On est juste derrière un micro et on écoute.»

Quelles on été les conséquences de ces choix "politiques" ?

C. Moniquet. - «Pour toute une série d'opérations, que ce soit celle de triste mémoire de la Contra au Nicaragua ou celle du Jihad en Afghanistan, la CIA a été obligée d'agir par intermédiaires. Des agents locaux peu maîtrisés comme l'ISI au Pakistan. Le 11/09, les Américains se sont douloureusement rendus compte que leurs braves amis pakistanais de l'ISI les avaient légèrement " enfumé " pendant une dizaine d'années en leur disant grosso modo que le terrorisme islamique était soutenu par l'Iran. "

Quelle est la faiblesse et la force de la CIA ?

C. Moniquet. - «La faiblesse des Américains, c'est d'être procéduriers, très " politiquement correct " et trop légalistes pour des services spéciaux. Leur force, c'est une énorme réactivité. Une capacité admirable à comprendre l'échec, à le digérer, à le surmonter. Mais le recrutement d'un agent de renseignement ou d'une source dans un gouvernement étranger est un processus qui dure des années et pas deux ou trois mois.»

Quelles sont les difficultés en général des services occidentaux pour pénétrer les réseaux islamistes ?

C. Moniquet. - «Il y a clairement une difficulté culturelle. C'est une lapalissade, mais l'Orient est un autre monde. Un monde très ancien et complexe, qui a des règles de fonctionnement qui nous échappent souvent ou en tout cas que l'on met du temps à comprendre. Par exemple, quand un arabe vous dit " demain ", cela signifie en fait " très probablement ", c'est-à-dire qu'il fera ce que vous lui avez demandé mais probablement pas le lendemain. C'est toute la difficulté de l'inter-culturalité.»

Quelles sont les autres difficultés auxquelles sont confrontés les services occidentaux aujourd'hui ?

C. Moniquet. - «Si l'on parle des structures purement terroristes islamistes, la difficulté fondamentale, c'est de pénétrer les réseaux. Ce sont des réseaux claniques, familiaux qui se recrutent au sein de cercles extrêmement fermés. Les membres ont des liens de parenté ou ont fréquenté les mêmes écoles. Ils ont joué au ballon dans les mêmes rues lorsqu'ils étaient petits, etc. Ils se méfient ainsi de toute pièce rapportée. Il y a eu des tentatives d'infiltration dans des camps de Ben Laden en Afghanistan. On sait que dans celles qui ont été découvertes et même celles où il y a eut un doute, il y a eu exécution immédiate de l'espion suspecté.»

Comment les infiltrer ?

C. Moniquet. - «Grâce à un mariage de vieux moyens du renseignement et de techniques. Il ne faut pas jeter la technique sous prétexte qu'elle n'a pas pu empêcher les attentats du 11/09.»

Quels sont ces moyens dont vous parlez ?

C. Moniquet. - «Trouver les points faibles de l'adversaire, les exploiter et les retourner. Infiltrer n'est pas toujours facile. Retourner est encore une autre affaire. Dans toute structure, on trouve quelqu'un qui, pour des raisons familiales, idéologiques, personnelles, d'appât du gain ou par peur, peut être sensible à certains arguments.»

C'était le cas des agents doubles pendant la guerre froide ?

C. Moniquet. - «Effectivement. La CIA avait créé dans les années 60 un acronyme qui définissait les quatre raisons qui poussaient quelqu'un à changer de camp et à trahir. C'était le MISE. Money. Ideology. Sex. Egotism. L'argent. L'idéologie, la politique ou la religion. La sexualité, l'amour ou l'affectivité et enfin le sentiment d'être supérieur aux autres et d'être un incompris dans son propre monde. Ces vérités éternelles étaient déjà valables il y a plusieurs siècles et le seront encore dans d'autres. Je pense qu'elles s'appliquent à l'ensemble de l'humanité y compris aux islamistes.»

La CIA s'est forgée une réputation de fossoyeur des régimes du Tiers monde pendant la guerre froide : coups d'Etat, assassinats politiques… Est-ce que l'activité des services spéciaux est la porte ouverte à tous les coups tordus au nom de l'intérêt national ?

C. Moniquet. - «On a souvent tendance à rejeter sur le bras exécutif les fautes du monde politique. La CIA a effectivement pratiqué des coups tordus pendant des dizaines d'années tout comme tous les services secrets occidentaux. Ce n'est pas par vice, même s'il faut un peu de vice pour faire ce métier. Ce n'était pas particulièrement par idéologie, même si les gens qui font du renseignement se recrutent habituellement plutôt à droite qu'à gauche et plutôt dans les milieux pro-occidentaux que dans les milieux tiers-mondistes. Il y a un moule d'où sorte tous ces gens. C'est une évidence. Mais essentiellement, ils font ce qu'on leur demande. Dans une démocratie, c'est le politique qui fixe les objectifs. Si effectivement, l'Amérique latine a été un terrain sur lequel la CIA a œuvré de manière extrêmement discutable pendant des dizaines d'années, c'est parce que la Maison Blanche avait demandé à la CIA d'empêcher la progression du communisme dans son arrière-cour.»

Pour les Américains, il y a l'idéologie politique mais aussi la règle du " business as usual " qu'il faut rétablir ?

C. Moniquet. - «Il y a plusieurs paramètres. Il y a l'idéologie et l'arrière-cour. L'Amérique latine, c'est l'arrière-cour des Etats-Unis. Dans mon arrière-cour, je veux la paix et la sécurité. Et bien-sûr, il y a l'argent. Je veux pouvoir acheter la viande argentine. Vendre des avions au Chili, exploiter le pétrole du Venezuela.»

Les attentats du 11 septembre 2001 ont-ils totalement discrédité la CIA et le FBI ?

C. Moniquet. - «C'est vrai et à la fois un peu excessif. Il est clair qu'il y a eu un aveuglement des services de sécurité américains et des incompétences.»

Quelles sont les erreurs que les services reconnaissent aujourd'hui ?

C. Moniquet. - «Ils reconnaissent des détails que des rapports d'officiers de terrain n'ont pas été pris en considération et pas transmis aux échelons supérieurs. Ils reconnaissent le fait que certains des dix neuf terroristes du 11/09 étaient fichés et n'auraient pas du entrer sur le sol américain. Il y a eu également de très malheureuses rivalités de services entre le FBI et la CIA et certainement des incompétences qui font que l'information n'a pas circulé, n'a pas été récoltée, synthétisée et analysée comme elle devait l'être. Dans un an, dans cinq peut-être, on aura une vision plus précise des erreurs qui ont été faites.»

Existe-t-il un moyen de contrôle de l'activité des services de renseignement ?

C. Moniquet. - «Il y a une commission d'enquêtes permanente du Congrès sur les services de renseignement qui a énormément de pouvoir et qui peut, entre autre, saquer des gens si elle se rend compte qu'il y a eu des erreurs. Cette commission est permanente et elle se réunit tous les jours.»

Toutes les erreurs sont-elles imputables uniquement aux services de sécurité ?

C. Moniquet. - «Toutes les erreurs n'ont pas été commises par les agents de la CIA ou du FBI. Je ne veux pas me faire l'avocat des ces services, même si j'ai de la sympathie pour eux. Au mois d'août 2001, le FBI est averti qu'il y a un certain Zacarias Moussaoui, citoyen français, qui prend des cours de pilotage de manière bizarre aux Etats-Unis. Le FBI s'intéresse a son cas et l'arrête. Il demande des informations à Paris. En retour, le rapport, assez circonstancié, d'une dizaine de pages dit que M. Moussaoui est un homme considéré comme dangereux, qui a été dans des camps d'entraînement en Afghanistan, lié à la mouvance Al Qaida et à une série de personnalités à Londres connus pour être des lieutenants ou des assistants de Ben Laden. Sur cette base, le FBI demande au juge qui a mis M. Moussaoui sous mandat d'arrêt l'autorisation de perquisitionner le disque dur de l'ordinateur de Moussaoui. Le juge refuse en arguant que les preuves ne lui paraissent pas très probantes et que le FBI risque de violer gravement les droits de ce citoyen qui jusqu'à présent n'a rien fait de mal à part ce qu'on lui reproche déjà.»

Donc dans ce cas, c'est le système procédurier et les règles juridiques qui sont en cause ?

C. Moniquet. - «C'est le système procédurier. C'est la démocratie. C'est la balance éternelle entre, d'une part l'impératif de sécurité et, d'autre part, les deux impératifs de respect fondamental et de fonctionnement du système. La sécurité absolue est possible, mais elle bloque le système.»

Pour en revenir aux erreurs de la CIA, des officiers, en visite à Paris quelques jours avant le 11/09, ont tout de même reçu des alertes de la part des services français !

C. Moniquet. - «Il y a bien eu des alertes, mais l'information globale qui remontait c'était " attention, il va y avoir des attentats de grande ampleur, quelque chose qui n'a jamais été fait ". A la fin du mois d'août, Djamel Begal est arrêté dans les Emirats Arabes Unis. Il revenait d'Afghanistan où il avait pris des ordres et il était en transit pour Londres et pour la France. Cet homme arrêté sur information de la CIA, parce qu'il était sous surveillance, ce qui prouve tout de même que cela marchait pas trop mal, parle. " On s'apprête à faire sauter l'ambassade des Etats-Unis à Paris ". Tout le monde se dit " Ce n'est pas nouveau parce qu'ils ont déjà fait sauter des ambassades en Afrique mais ce qui est nouveau, c'est de le faire au cœur d'une métropole occidentale et c'est un attentat de masse impressionnant. " Et bien ce n'était pas cela. C'était une partie, mais les services sont passés à côté du plus gros.»

L'effet " 11/09 " sur les services de sécurité américains

Avec l'annonce de la création d'un " grand ministère de la Sécurité intérieure " par Bush Junior, assiste-t-on à la plus grande restructuration du milieu du renseignement depuis la création de la CIA en 1947 ?

C. Moniquet. - «C'est évident. Il est un peu tôt aujourd'hui pour savoir ce que fera exactement ce ministère. Ce que l'on peut dire c'est qu'il devrait coordonner et centraliser les actions de tous les services de renseignements des Etats-Unis, depuis le FBI au service de l'INS, le service de l'immigration et des naturalisations, en passant par les douanes, les polices, etc.»

Pourquoi cette réorganisation ?

C. Moniquet. - «C'est une nécessité. Le système américain de sécurité est un système très dispersé dans lequel beaucoup d'agences font parfois toutes un peu la même chose. C'est une perdition d'énergie énorme. En plus, on court toujours le risque qu'un service se dise, je ne fais rien parce qu'un autre va le faire. Finalement, rien est fait. C'est probablement ce genre de problème qui a permis que des personnes signalées comme des terroristes entrent aux Etats-Unis. Cette réforme majeure n'est peut-être pas la dernière, mais il est encore trop tôt pour voir ce que va donner ce monstre bureaucratique avec toutes ses lourdeurs.»

Au-delà de l'effet d'annonce, il s'agit réellement d'un moyen pour combler les graves lacunes des services de sécurité américains ?

C. Moniquet. - «Avec d'autres décisions qui ont été prises. Certains services ont été renforcés. On leur a demandé de revenir sur le renseignement humain et de diversifier leur recrutement. La CIA est autorisée à recruter des personnes qui ont un passé criminel, ce qu'elle ne pouvait plus faire. Par exemple, si vous voulez infiltrer la mafia, il est plus recommandé d'engager un mafieux plutôt qu'une bonne sœur !»

Quelles sont les limites de la pénétration des milieux terroristes ?

C. Moniquet. - «C'est l'éthique. Même avec le risque absolu d'aujourd'hui, je vois mal un service de renseignement occidental autorisé un de ses officiers ou même un de ses agents, à pénétrer une structure terroriste. Parce que tout le monde connaît le tarif. Pour s'assurer la fidélité de leur nouvelle recrue, ces milieux terroristes les amènent très rapidement à commettre un attentat.»

Les agents infiltrés se retrouvent dans l'impasse ?

C. Moniquet. - «On ne peut pas dire " je vais tuer deux personnes parce qu'un jour cela va éviter que l'on en tue 3000 ". Parce que peut-être vous ne pourrez jamais empêcher les 3000 morts et en plus vous en aurez tué deux. Il y a des limites claires à l'exercice. La meilleure solution reste de casser les filières logistiques. Quant aux noyaux durs, pratiquer plus le retournement que l'infiltration.»

L'administration américaine prévoit d'engager des millions d'Américains volontaires du Système d'information et de prévention du terrorisme (TIPS). Ils seraient chargés d'espionner leurs concitoyens et d'alimenter avec leurs informations une base de données centralisée. Voisins, plombier, livreur de pizza… N'importe qui pourrait être une sorte d'espion ?

C. Moniquet. - «Je ne sais pas si cela va se faire mais c'est un projet qui est à l'étude à Washington. C'est moralement discutable.»

C'est la dérive vers un monde orwélien ?

C. Moniquet. - «C'est Orwell, la Stasi, le KGB, l'omniprésence des services… De nouveau, on se confronte au même problème : c'est l'équilibre entre les droits et la sécurité. La délation est moralement répréhensible. On ne peut pas l'encourager. Cela étant, la dénonciation à l'autorité compétente d'un comportement qui semble suspect et criminel est une obligation de n'importe quel citoyen. N'oublions pas que la non-dénonciation d'un délit en cours est une faute punie par le Code pénal. C'est peut-être une manière de rappeler à la population qu'il existe des règles et qu'il faut les respecter.»

Quels sont les autres limites du " TIPS " ?

C. Moniquet. - «Au-delà même de l'éthique, les malheureux qui gèreront cela seront ensevelis sous des millions d'informations peu pertinentes comme par exemple " mon voisin sort les poubelles à quatre heures du matin, c'est louche "… Cela peut paralyser toute une machine, donc je ne crois pas que cela soit une très bonne idée. Par contre, que dans des milieux sensibles comme des écoles de pilotage, des milieux où l'on peut acquérir une technicité et une formation particulière qui peut être utilisée à des fins terroristes ou criminelles, que l'on attire l'attention des personnels qui sont en contact avec les clients et les consommateurs sur certains profils, cela me semble déjà plus intelligent et plus acceptable.»

Comme aussi dans les secteurs énergétiques ?

C. Moniquet. - «On sait que dans plusieurs pays différents et à plusieurs reprises, des gens d'Al Qaida qui sont identifiés et dont certains étaient dans les avions du 11/09, ont visité des centrales nucléaires et des centres d'épuration d'eau. On peut facilement imaginer les idées qu'ils avaient derrière la tête. Un sabotage de centrale nucléaire ou un empoisonnement de réseaux d'eau sur de grandes villes pourraient avoir des conséquences dramatiques.»

Les menaces à venir et l'émergence de " zones grises "

Quelles sont aujourd'hui les priorités des services de renseignements américains ?

C. Moniquet. - «Il y en a trois. La première priorité est empêcher tout nouvel attentat, par tous les moyens, où qu'ils doivent se produire, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou dans le Tiers Monde. Le deuxième objectif est d'éliminer les structures terroristes existantes et leurs chefs, briser leur capacité opérationnelle sur le long terme. Et la troisième chose consiste à identifier les erreurs qui ont été commises pour ne pas les commettre à nouveau. D'autre part, l'identification des erreurs permet aussi d'identifier d'autres pistes et d'autres filières. Si les trois choses sont liées, la priorité absolue est d'empêcher de nouveaux attentats.»

Y-a-t-il encore aujourd'hui de réelles craintes d'attentats ?

C. Moniquet. - «Bien sûr. N'oublions pas que depuis le 11/09, il y a eu l'attentat de Djerba en Tunisie [ndlr : le 11 avril 2002, un camion-citerne bourré d'explosifs est lancé contre l'entrée de la synagogue de la Ghriba, faisant 19 morts] qui est clairement un attentat de Al Qaida. Il y a eu celui contre des ressortissants français à Karachi [ndlr : Onze ingénieurs français de la Direction des constructions navales (DCN) travaillant à la construction d'un sous-marin pakistanais meurent dans l'explosion d'une voiture piégée devant l'hôtel où ils étaient hébergés en mai 2002]. Un autre encore qui a tué des Pakistanais dans une explosion qui a détruit une partie du consulat américain à Karachi en juin 2002. A côté de ces attentats réussis, il y a eu des tentatives qui ont échoué. En Italie et en Espagne, par exemple, des réseaux terroristes ont été démantelés, et en France, il y a eu aussi la tentative avortée de Richard Reid [ndlr : arrêté en décembre 2001 à bord d'un vol Paris-Miami avec des explosifs dans ses chaussures].»

Il y a donc régulièrement des attentats ou des tentatives
d'attentats ?


C. Moniquet. - «Il y en a trop et c'est un problème pour les services secrets de les gérer. Les services et les experts perdent énormément de temps à discerner le vrai du faux. Comme plus personne ne veut prendre de risques, la tendance est de couvrir absolument tout. C'est là où il y a un risque. Il y a des alertes et les gens se disent " il ne se passe rien ". Et la population se lasse.»

Quelles sont les dernières menaces ?

C. Moniquet. - «Il y a des menaces pour cet automne. Par exemple, la tenue de la session plénière des Nations unies à l'automne à New York [ndlr : siège des Nations-Unis] suscite énormément de craintes dans les services de sécurité. C'est une cible tellement évidente et symbolique.»

Comment parvenir à démanteler une tentative d'attentat ?

C. Moniquet. - «Par définition, le terroriste a toujours un coup d'avance. En revanche, en travaillant sur les mouvances et sur les milieux, en repérant les personnes les plus extrémistes dans les milieux suspects et criminogènes ou dans les milieux terroristes, on peut réussir à élaborer des ébauches de réseaux logistiques. Et empêcher ainsi des attentats.»

C'est toujours l'escalade. On tue l'œuf dans sa coquille à un endroit et la menace revient par un autre endroit…

C. Moniquet. - «Il y a eu en France depuis le 11/09 des dizaines d'arrestation dont beaucoup sont passées totalement inaperçues du grand public, mais il y a des dizaines de personnes en prison pour avoir préparé des attentats. Il est probable que sur 100% d'arrestation aujourd'hui, on parvienne à 60% de condamnations. C'est de nouveau la question délicate de l'équilibre entre la sécurité, l'Etat de droit et l'efficacité.»

A quoi sont dues toutes ces nouvelles menaces ?

C. Moniquet. - «Avant la guerre froide, on avait essentiellement un monde bipolaire dans lequel une grande partie d'un monde industrialisé, même s'il était moins que le nôtre, le monde communiste, était sous le couvercle. Il y avait une pression énorme. Quand le couvercle a sauté, les populations se sont retrouvées dans une misère extrême. Ceux qui étaient techniquement les plus au point (scientifiques, ingénieurs, militaires ou brillants agents) se sont retrouvés en difficulté. Le salaire aujourd'hui d'un savant atomiste en Ukraine doit tourner aux alentours de 40 dollars par mois. Si la Libye lui propose 4 000 dollars par mois ou même 2 000 pour venir travailler sur un programme d'armement nucléaire, j'en connais beaucoup qui le feront. La fin de l'Union soviétique est principalement à l'origine de ces nouvelles menaces. Entre 1993 et 1996, il n'y avait pas d'Etat en Russie. La machine survivait tant bien que mal. C'était l'anarchie. A ce moment là, il y a eu des fuites de cerveaux, de compétences et de matériaux qui sont extrêmement inquiétants.»


La situation semble avoir changé en Russie aujourd'hui. On a l'impression que l'actuel FSB, ex-KGB, est la pépinière des futurs dirigeants, Poutine, étant lui-même formé à l'école du KGB ?

C. Moniquet. - «En Russie, la frontière a été, est et restera sans doute ténue entre le monde du renseignement et le monde politique, entre le monde du renseignement et celui des affaires et entre le monde du renseignement et malheureusement celui du monde criminel. Dans le système soviétique, les services de renseignement étaient une élite. Il y avait aussi des brutes et des gros bras qui persécutaient les dissidents et qui n'étaient pas des types très intéressants. Mais, ceux qui travaillaient sur l'étranger entre autres, étaient des personnes qui disposaient de compétences techniques et de haut niveau de formation, souvent plusieurs diplômes universitaires, qui parlaient des langues étrangères à la perfection. Ils avaient des contacts à l'étranger et surtout ils savaient évoluer à l'étranger. Quand le monde soviétique est tombé, il y a eu une sorte d'hémorragie, des milliers de cadres se sont retrouvés sur le trottoir, ils ont mis leur talent au service de qui ils pouvaient. Certains se sont tournés vers la politique et d'autres vers le crime.»

Cette mutation est-elle compatible avec une évolution démocratique de la Russie ?

C. Moniquet. - «La Russie va rester un pays à part pendant un certain temps encore. En coulisse, les services de sécurité intérieure et extérieure gardent un pouvoir énorme. Dans une partie de son fonctionnement, la Russie reste un Etat policier. Cela étant, dans l'état de déliquescence dans laquelle s'était retrouvée la Russie de Eltsine, on peut se demander s'ils avaient d'autres solutions.»

Avec la disparition de l'URSS, il est apparu des " zones grises " ?

C. Moniquet. - «Les " zones grises " sont une autre conséquence de la disparition du contrôle d'une société. Tout est lié au " vide de pouvoir ". Même un " Etat voyou " regardera à deux fois avant de se mettre dans certaines positions parce qu'un Etat peut-être puni. Dans une " zone grise ", il n'y a pas d'Etat, pas de structure, ce qui permet la prolifération des mafias. Aujourd'hui, dans cette imbrication mafioso-terroriste dans certaines franges de l'islamisme, on l'a vu en Algérie et en Asie centrale, des gens ont un pied dans le crime, dans les grands trafics, de drogues, d'armes, de diamants, d'êtres humains, et un autre pied dans la politique, dans l'islamisme ou dans le terrorisme. Les frontières sont extrêmement poreuses. A cela, se mêle le clanisme, etc. Parmi ces " zones grises ", plusieurs sont concentrées autour et dans l'ex-Union soviétique.»

Par exemple ?

C. Moniquet. - «On pense immédiatement au Caucase. Pour parler un peu vulgairement, c'est un vaste foutoir. Probablement la région la plus dangereuse du monde dans laquelle s'affrontent des guérillas politiques, religieuses, des pouvoirs locaux, l'armée russe, des pouvoirs mafieux, des clans qui en profitent pour enlever le premier venu afin d'en tirer une rançon. C'est un chaudron bouillonnant et je pense que c'est un début, d'autant plus que le ferment islamiste est à l'œuvre dans cette région.»

Le renseignement : enjeu de demain

Quelles sont les nouvelles missions des services de renseignement et les nouvelles menaces mondiales depuis la fin de la guerre froide ?

C. Moniquet. - «Les quatre points majeurs sur lesquels travaillent les services de sécurité et de renseignement sont : un, évidemment l'antiterrorisme. Deux, la lutte contre le crime organisé à l'échelle mondiale qui disposent de pouvoirs économiques dignes de multinationales ou de petits Etats qui peuvent gangrener l'économie et la justice. Trois, toutes les questions dites de prolifération, c'est-à-dire chercher à colmater les fuites qui permettraient à des milieux criminels, à des Etats terroristes ou à des Etats " voyous " de se procurer des armes de destruction massive, qu'elles soient nucléaires, chimiques ou bactériologiques. Et la quatrième chose, un peu en arrière plan derrière l'actualité antiterroriste, c'est essayer autant que faire se peut de prévenir les crises régionales. Pour l'instant, c'est un échec. On l'a vu en Yougoslavie, au Rwanda, en Somalie. Mais je ne pense pas que ce soit un échec des renseignements. C'est plutôt celui des politiques.»

Le renseignement économique et industriel n'est-il pas lui aussi de plus en plus important depuis la fin de la guerre froide ?

C. Moniquet. - «C'était aussi important avant, mais c'était juste moins visible. Il y a eu des cas d'espionnage économique français aux Etats-Unis dans les années 80. Mais aussi japonais, chinois et russes. Les Russes, à l'époque soviétique, disposaient de plusieurs branches importantes du renseignement militaire et du KGB qui travaillaient exclusivement avec un organisme qui s'appelait le GKNTS. Il était chargé de rédiger et d'entretenir une sorte de vaste liste de courses où l'on répertoriait les besoins : des turbines de propulseurs d'avion, des hélices silencieuses pour sous-marin, de l'informatique… Les services secrets étaient ensuite chargés d'acquérir ces technologies qui théoriquement n'étaient pas vendables au monde soviétique. Ce phénomène s'est exacerbé avec la fin de la guerre froide. On a pris conscience d'une réalité qui est l'ambivalence et l'ambiguïté des Etats. Par exemple, même si la France et les Etats-Unis sont incontestablement alliés dans leur guerre antiterroriste, ils ne sont pas alliés économiquement.»

C'est là également où l'on retrouve des agents d'influence ?

C. Moniquet. - «De nouveaux métiers à la marge du renseignement sont apparus. Il y a les agents d'influence, le lobbysme, l'intelligence économique ou la veille technologique qui se rapprochent fortement du renseignement. On sait que dans certaines sociétés des privés utilisent des moyens d'Etat voire illégaux pour obtenir des marchés et des moyens pour faire capoter des contrats et nuire à la concurrence. Par exemple, sur le web, des gens sont spécialisés dans le lancement de rumeurs pour nuire à des marques.»

Tout est question d'intérêt et c'est à celui qui est le mieux renseigné ?
C. Moniquet. - «Le renseignement se résume à une seule chose, la connaissance préalable. Que ce soit politique, contre le terrorisme, contre le crime organisé, militaire ou économique, une fois que vous disposez de la connaissance globale, vous avez déjà une vision du jeu et de votre adversaire qui vous permet de marquer des points.»

Les Américains ont-ils une longueur d'avance avec le réseau Echelon [système de surveillance électronique des moyens de communication des pays alliés] ?

C. Moniquet. - «Aujourd'hui plus personne ne peut nier que le réseau Echelon existe. D'ailleurs les Américains ne le nient plus.»

Où en est la protestation du Parlement européen contre le système Echelon ?
C. Moniquet. - «Elle en est à peu près nulle part. Le Parlement européen s'en tient aux pétitions de principe.»

Existe-t-il des moyens techniques pour contrer cette ingérence ?
C. Moniquet. - «Il y a toujours un moyen, c'est la sécurité. La libéralisation des systèmes de cryptage de courrier électronique en France est un des éléments intelligents. Il a été très clairement fait pour contrer le réseau Echelon. Cependant, la sécurité n'est jamais absolue.»

On constate depuis quelques années une forme de privatisation du renseignement. Comment cela s'exprime-t-il ?

C. Moniquet. - «C'est la conséquence de la disparition du monde bipolaire. A l'Est essentiellement, mais aussi un peu à l'Ouest, les services de renseignement ont, à une certaine époque, dégraissé. Des officiers de renseignement chevronnés se sont retrouvés sur le marché du travail. Certains ont donc créé des sociétés de sécurité, de veille technologique ou d'intelligence économique. Parallèlement à ce phénomène, la complexité des situations internationales a fait que certaines missions auparavant exclusivement réservées à l'Etat ont été déléguées au secteur privé.»

Pouvez-vous donner un exemple ?

C. Moniquet. - «En Russie, cela a même été théorisé. Les Russes ont inventé ce qu'ils appellent le " deuxième mur de la sécurité nationale ". Le premier étant les services de renseignement officiel et le deuxième, c'est l'ensemble des services des sociétés privées de sécurité, créées par des anciens du KGB et qui sont coordonnées par les services de renseignement. Il existe auprès du directeur du FSB [ndlr : ex-KGB, nouveau nom des services secrets russes], un conseil consultatif où siège les patrons des plus grandes sociétés russes de sécurité privée.
Ils ont des contrats financiers de surveillance de bâtiments, par exemple, mais ces nouveaux patrons peuvent, au nom de l'intérêt national, informer le pouvoir politique. »

Des gouvernements utilisent également des services de sociétés privés pour des missions externes ?

C. Moniquet. -
«Le gouvernement britannique a eu recours à une société qui s'appelait " Executive Outcomes ", qui était une société de mercenaires, basée en Afrique du Sud et avec un bureau à Londres, entre autre pour des tentatives de coups d'Etat dans différents pays africains. Le renseignement suit le même chemin. Dans l'avenir, il y aura d'un côté les services d'Etat qui se concentreront sur le corps du métier à savoir la pénétration des services de renseignement adverses, des structures criminelles ou terroristes, et de l'autre côté, toute une série de missions de sécurité et de renseignement seront effectivement dévolue au secteur privé.»

On a l'impression que deux mondes se côtoient, celui du renseignement pur et celui du mercenariat ?

C. Moniquet. - «C'est exact. Nous sommes dans un monde où beaucoup de talents peuvent être mobilisés. Par exemple, les grandes compagnies pétrolières peuvent avoir recours aux services de mercenaires dans les pays où elles opèrent à la fois pour faire du renseignement et pour faire de l'action. La frontière devient ainsi extrêmement poreuse entre le renseignement et le mercenariat et le sera probablement de plus en plus.»

Le renseignement et l'information sont donc primordiaux ?

C. Moniquet. - «Je suis de ceux qui pensent que le renseignement a joué un rôle très important dans la guerre froide pas seulement en tant que renseignement mais aussi politiquement. Il a permis d'éviter la guerre à plusieurs moments en informant chacune des deux super puissances sur les intentions de l'adversaire et sur son potentiel. La crise des missiles à Cuba en 1962 [ndlr : en octobre 1961, Kennedy dénonce l'installation sur l'île de Castro par l'URSS de bases de missiles intercontinentaux " agressifs " et exige leur démantèlement] porte par exemple l'empreinte des services de renseignement. La crise a été désamorcée grâce aux services secrets. Après la chute de l'Union soviétique, certains ont prédit la fin du renseignement, influencés par la théorie de Francis Fukuyama sur la fin de l'Histoire. Au contraire, ce n'est non seulement pas la fin du renseignement, mais il est clairement un métier d'avenir.»

Propos recueillis par Dimitri Beck

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L'auteur

Spécialisé dans les affaires de renseignement, de terrorisme et des questions de sécurité mondiale, Claude Moniquet est aujourd'hui consultant pour la chaîne américaine CNN. Journaliste de presse depuis 1981 (Le Quotidien de Paris, L'Express, La Marche du Siècle, Le Journal du Dimanche, Valeurs Actuelles, etc.), en poste en Europe de l'est, il a effectué des dizaines de reportages dans cette région du monde ainsi qu'au Moyen Orient. Il a couvert la guerre du Liban en 1982, les conflits dans l'ex-Yougoslavie entre 1990 et 2001 ainsi que les évènements en Algérie après 1992, le "Putsch" de Moscou en 1991, la chute du Mur de Berlin en 1989, etc.

Il est l'auteur de nombreux livres concernant l'espionnage et le terrorisme :

  • «Histoire de l'espionnage Mondial», en collaboration avec Genovefa Etienne, Editions du Félin, deux volumes "De l'antiquité à la Seconde Guerre Mondiale" (2000) et "De la Guerre Froide à la Guerre anti-terroriste" (2002)
  • «La Guerre sans visage», Editions Michel Lafon, 2002. Ouvrage sur le terrorisme international dans lequel Claude Moniquet évoque sa jeunesse sulfureuse de porteur de valises de la Fraction Armée Rouge, avant de comprendre qu'aucune cause ne justifie le massacre d'innocents.