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Développement : le micro-crédit fait son chemin
Octobre 2006 - Julien Nessi

Le prix Nobel de la paix 2006 a été décerné au Bangladais Muhammad Yunus, "le banquier des pauvres", et à la Grameen Bank qu'il a fondée. Apparu dans les années 80 au Bangladesh, le micro-crédit joue aujourd'hui un rôle croissant dans la lutte contre la pauvreté dans le monde. Il consiste à prêter de petites sommes d'argent aux plus démunis et aux exclus du système bancaire afin qu'ils puissent sortir de la pauvreté en créant leur activité. Décryptage.

Epicier dans une favela de Sao Paulo, vendeur de maïs à Arusha (Bénin), couturière au Sénégal, coiffeur ou garagiste en Inde, fabricant de vêtement ou tailleur au Bangladesh, agriculteur en Ethiopie…Les exemples sont nombreux pour illustrer les activités rendues possibles par le système du micro-financement. Depuis la mythique Grameen Bank, " la banque des pauvres " crée en 1983 au Bangladesh par Mohammed Yunus, le micro-crédit touche aujourd'hui près de 60 millions de personnes à travers la planète, dont 60% de femmes. Son principe est simple : il consiste à octroyer des prêts de faible montant (entre 100 et 150 euros en moyenne) aux exclus du système bancaire, c'est-à-dire aux plus pauvres, pour leur permettre de démarrer une activité génératrice de revenus et ainsi sortir de la misère. Ces petites sommes d'argent sont accordées par ce que les spécialistes appellent les IMF, les Institutions de Micro-finance. Environ 10 000 IMF ont été recensées à ce jour par la Banque mondiale. Ce sont le plus souvent de petites organisations de proximité soutenues par des organisations non-gouvernementales (ONG). Cependant, il existe de grandes institutions financières dédiées aux plus pauvres, comme la Grameen Bank au Bangladesh ou la Banco do Sol en Bolivie.

Les IMF les plus performantes affichent des taux de remboursement souvent plus élevés que les banques traditionnelles. A titre d'exemple, 99% des prêts octroyés par la Grameen Bank sont aujourd'hui honorés par les emprunteurs ! Selon les experts, le micro-crédit permet ainsi chaque année à près de 10% des micro-entrepreneurs de sortir de la misère et d'accéder aux soins ou à l'éducation. Même si ce n'est pas suffisant, c'est déjà un premier pas vers l'éradication du fléau de la pauvreté. Face au succès de ce mode de financement du développement, un premier sommet mondial du micro-crédit est organisé en 1997, à Washington, et marque la reconnaissance internationale du secteur. Les participants se fixent alors comme objectif d'atteindre en 2005 100 millions de personnes avec le micro-crédit.

Quant aux grandes organisations internationales, comme la Banque mondiale (BM) ou les Nations Unies, elles ont mis en place des programmes pour soutenir le micro-crédit. Le Groupe consultatif d'assistance aux pauvres (GCAP) joue ainsi le rôle d'opérateur de la BM dans le domaine de la micro-finance. Il regroupe 28 agences de développement impliquées dans le micro-crédit et apporte aides et conseils aux IMF. La BM octroie également des prêts aux gouvernements destinés au développement du micro-crédit. De leur côté, les Nations Unies, dans le cadre du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), ont mis en place un programme pilote, baptisé " MicroStart ", destiné à appuyer des organismes de micro-financement dans les PVD. D'autres institutions internationales, comme l'Agence française de développement (AFD) ou la Banque africaine du développement, ont initié des projets pour renforcer la micro-finance.

Depuis une vingtaine d'années, le micro-crédit s'est imposé comme un outil alternatif pour lutter contre la pauvreté. En voie de professionnalisation et d'expansion et alors que 2005 avait été consacrée par les Nations Unies année internationale du micro-crédit, ce type d'aide est ainsi devenue en peu de temps une composante importante du développement.

Julien Nessi
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