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Préparer l'ère de l'après-pétrole
Janvier 2006 - Julien Nessi

Objet de convoitise, ressource énergétique vitale et enjeu géopolitique majeur, le pétrole est depuis toujours au centre des préoccupations. Aujourd'hui encore, cette énergie fossile occupe le devant de la scène. La flambée des prix du baril de pétrole et la pénurie annoncée pour 2015, dans le pire des scénarios, relancent le débat sur la nécessité de préparer l'après-pétrole.

" Nous sommes entrés dans l'ère de l'après-pétrole. Je veux en tirer toutes les conséquences et donner une vraie impulsion aux économies d'énergie comme à l'utilisation des énergies renouvelables ". Cette déclaration, prononcée le 1er septembre 2005 au cours d'une conférence de presse à l'hôtel Matignon, est signée Dominique de Villepin. Le premier ministre français, conscient de l'importance d'anticiper la fin de l'ère du pétrole, a annoncé une série de mesures pour favoriser la promotion des économies d'énergie, le développement des bio-carburants et la relance des investissements dans le véhicule propre. Précédées par une vaste campagne de sensibilisation aux économies d'énergie " Faisons vite, ça chauffe ", en référence au réchauffement climatique, ces mesures ont pour objectif d'accélérer la maîtrise de l'énergie en France.

Vers une crise pétrolière de grande ampleur ?

Ces décisions interviennent dans un contexte de tension sur les marchés pétroliers, de hausse successive des prix du pétrole (plus 60% sur les six derniers mois) et d'instabilité géopolitique au Moyen-Orient, première région de production pétrolière.

Malgré cette flambée des prix, certains pays, comme la Chine qui absorbe aujourd'hui 8% de la production mondiale de brut, ont besoin de cette ressource énergétique pour soutenir leur développement économique. " Alors que les quantités mondiales de pétrole consommées sont de plus en plus importantes, celles qui sont découvertes le sont de moins en moins : actuellement, nous découvrons chaque année deux à trois fois moins de pétrole que nous en consommons. Cette tendance ne peut se prolonger indéfiniment... Et si le pétrole a déjà connu plusieurs crises, il semble que celle qui nous attend soit d'une ampleur inédite et arrive bien plus tôt que nous ne l'imaginons généralement ", met en garde Jean-Luc Wingert dans son livre " La vie après le pétrole. De la pénurie aux énergies nouvelles " (Autrement, 2005). Pour cet ingénieur consultant, spécialiste des questions énergétiques, les hausses actuelles du pétrole, avec un baril de bruts aujourd'hui au-dessus de 70 dollars, ne font que précéder un ou plusieurs nouveaux chocs pétroliers majeurs. Plutôt dans le camp des pessimistes, il situe le pic de production pétrolière - le fameux pic de Hubbert au moment où la production pétrolière atteint son maximum avant de décliner inexorablement - dès l'horizon 2015. Le camp des optimistes repousse ce moment fatidique jusqu'à 2050, voire au-delà. Autre élément intéressant dans cette analyse prospective de la fin de l'ère du pétrole : selon notre ingénieur consultant, les gisements les plus productifs dans le monde se comptent aujourd'hui sur les doigts d'une main, ils ont tendance à se raréfier au profit des petits gisements, moins productifs. Ainsi, Jean-Luc Wingert rappelle que seulement 4 gisements au monde ont un débit supérieur à 1 million de barils par jour tandis que 80 gisements produisent plus de 100 000 barils par jour.

De plus, selon le dernier rapport de perspectives de l'Agence internationale de l'Energie (AIE), publié le 7 novembre dernier, la demande énergétique mondiale va croître de plus de 50% d'ici 2030 et les deux tiers de cette progression seront à mettre au compte des pays en développement. Au train où vont les choses, une crise pétrolière de grande envergure se profile à l'horizon si les gouvernements n'anticipent pas l'après-pétrole, ne misent pas sur d'autres sources énergétiques et si les citoyens ne changent pas leurs modes de consommation (transport, consommation d'énergie…).

Pour faire face à cette demande, maintenir les niveaux de production et assurer l'approvisionnement en pétrole, au moins jusqu'en 2030, les experts de l'AIE estiment qu'il faudra investir quelque 17 000 milliards de dollars. Des investissements colossaux. Ne faudrait-il pas mieux investir dans les sources d'énergies renouvelables ? De nombreuses solutions énergétiques existent, même si elles ne peuvent, à l'heure actuelle, remplacer les hydrocarbures fossiles.

Les bio-carburants, un complément énergétique

Le transport, qui représente plus de la moitié de la production mondiale de brut, constitue un secteur où l'avenir énergétique sera déterminant. Les bio-carburants, en vogue depuis quelques temps, peuvent contribuer à réduire la dépendance au pétrole et la facture énergétique globale. Il s'agit tout simplement de produire des carburants verts à base de production agricole (plantes, huile végétale). Au Brésil, par exemple, l'éthanol, un alcool extrait de la canne à sucre, est devenu en quelques années le nouveau carburant de nombreux Brésiliens. Il a même fait la fortune des grands propriétaires de cannes à sucre qui transforment ces plantes en or vert. En Allemagne, les stations services proposent d'ores et déjà des pompes équipées de bio-carburant, un mélange de diesel et d'huile végétale. L'Inde a également mis le cap sur les carburants verts. Une plante, la " jatropha ", surnommée " l'or vert du désert ", pourrait dans les années à venir permettre à ce pays continent de réduire sa dépendance énergétique. La " jatropha " donne une huile végétale non comestible pouvant être mélangée à du diesel. Ce biocarburant est destiné d'abord à alimenter les moteurs de trains ou d'autocars. Le gouvernement entend favoriser de vastes plantations le long des voies ferrées du pays, les plus longues du monde. Selon André Faaij, spécialiste du développement durable à l'Université d'Utrecht, aux Pays-Bas, le potentiel agricole capable de produire du carburant se trouve aussi bien en Asie qu'en Afrique ou en Amérique latine. En Europe, la Pologne et la Roumanie sont aussi des gisements potentiels de carburants verts. En France, l'objectif du gouvernement est de porter, par des incitations fiscales, la consommation de bio-carburants à 5,75% de la consommation totale de carburant dès 2008, puis 7% en 2010 et 10% en 2015. Afin de favoriser le développement de ces technologies, les responsables politiques français font également pression sur les groupes pétroliers dont les bénéfices explosent depuis la flambée des prix du pétrole. Total, première capitalisation boursière au CAC 40, vient par exemple de dégager au second trimestre 2005 un bénéfice net record de 2,91 milliards d'euros, en hausse de 33% par rapport à l'an dernier. Les pressions politiques ont incité les grands groupes pétroliers à consacrer une part de leur investissement dans les énergies renouvelables, les économies d'énergie (véhicules propres) ou encore la protection de l'environnement (captation et stockage de CO2). Ces carburants verts ne sont néanmoins qu'une partie de la solution et ne pourront remplacer les hydrocarbures d'origine fossile.

D'autres solutions énergétiques

L'hydrogène fait partie des nouvelles pistes énergétiques à suivre. Utilisé dans les piles à combustibles, l'hydrogène est déjà répandu sur le marché américain à des fins domestiques et industriels. Dans "L'économie hydrogène. Après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique" (La Découverte, 2002), l'économiste américain Jeremy Rifkin appelle à une transformation du modèle énergétique actuel. Le président de la Foundation on Economic Trends imagine un monde où l'hydrogène remplacerait le pétrole. La décarbonisation, l'hydro-électricité, la pile à combustible à base d'hydrogène sont autant de moyens menant à cette nouvelle énergie. " Si elle parvenait à l'exploiter, l'humanité aurait accès à une source d'énergie potentiellement illimitée ", assure Jeremy Rifkin. Un rêve utopique ? Sans doute car l'hydrogène est long à mettre en place. D'autres énergies, plus connues, existent, qu'elles soient renouvelables (éolien, solaire, hydraulique maritime, biomasse) ou tout simplement produites par le nucléaire. Quoi qu'il en soit, et pour l'instant, le pétrole, produit brut ou à l'origine de multiples dérivés, reste le fondement de plus de la moitié des industries. Pour combien de temps encore ?

Julien Nessi
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Bibliographie :
" La vie après le pétrole. De la pénurie aux énergies nouvelles ", Jean-Luc Wingert, Autrement, 2005
"L'économie hydrogène. Après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique", Jeremy Rifkin, La Découverte, 2002
" Pétrole Apocalypse ", Yves Cochet, Fayard, 2005
" Panne sèche. La fin de l'ère du pétrole ", David Goodstein, Buchet-Chastel, 2005

Sites Internet :
Agence internationale de l'énergie
http://www.iea.org/
Répondre aux défis d'un pétrole trop cher, dossier d'information sur le site du premier ministre
http://www.premier-ministre.gouv.fr
La Fondation des tendances économiques (Foundation on Economic Trends)
http://www.foet.org/
Le centre de promotion de la Jatropha
http://www.jatrophaworld.org/