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Bush II : vers une nouvelle politique étrangère américaine ?
Janvier 2005 - Julien Nessi

La nouvelle administration Bush doit prendre officiellement ses fonctions le 20 janvier 2005. Le second mandat de Bush à la Maison-Blanche ouvrira-t-il une nouvelle ère dans les relations internationales ou, au contraire, allons-nous assister à une continuité dans la politique étrangère américaine sur les dossiers chauds du moment (Irak, conflit israélo-palestinien, Iran, lutte contre le terrorisme) ? Invités à débattre de ces questions à l'occasion de la cinquième conférence annuelle du Centre Français sur les Etats-Unis (CFE), organisée à Paris les 9 et 10 décembre 2004, experts américains et français ont pu donner quelques pistes de réflexion. Morceaux choisis de cette conférence placée sous la houlette de l'Institut Français des relations internationales.

Chuck Hagel, Sénateur républicain du Nebraska, membre du Comité " relations étrangères " au Sénat américain

Selon le Sénateur américain, la deuxième administration Bush sera marquée par le signe d'une ouverture politique, notamment en direction du Vieux Continent. " La réalité va s'imposer d'une façon nouvelle durant le second mandat de Bush. Les Etats-Unis sont engagés sur plusieurs fronts (Afghanistan, Irak, lutte contre le terrorisme…) et les ressources sont aujourd'hui plus serrées. Il est de plus en plus difficile de faire cavalier seul sur la scène internationale ", explique-t-il. Pour Chuck Hagel, proche de l'administration Bush, les Etats-Unis et l'Europe ont des intérêts communs sur le Moyen-Orient, la lutte contre le terrorisme et la prolifération nucléaire. C'est pour cette raison que les relations transatlantiques devront être fortifiées lors de ce second mandat. Le premier déplacement de Bush II est d'ailleurs prévu en Europe en février 2005, probablement à Bruxelles. Pour cet homme politique américain, les élections palestiniennes et irakiennes, prévues en janvier 2005, ouvriront un nouvel espoir dans la région. Dans les territoires palestiniens, le scrutin organisé pour désigner le successeur de Yasser Arafat constitue une étape nécessaire pour faire avancer le processus de paix. En Irak, le scrutin du 30 janvier représente un tournant pour l'avenir du pays. " La reconstruction en Irak est un processus compliqué, long et épineux qui nécessite une alliance transatlantique sans faille ", précise-t-il. Selon le Sénateur, le futur de l'Irak repose sur trois piliers : la mise en place d'un gouvernement légitime avec les élections du 30 janvier, l'accélération de la formation des militaires irakiens et le développement économique.

Steven Erlanger, chef du bureau du New York Times à Jérusalem

La politique du Moyen-Orient est considérée aux Etats-Unis comme faisant partie de la politique nationale. C'est une question très sensible aux répercussions importantes. Selon le journaliste américain, trois questions urgentes dominent la région : la question irakienne, la gestion de l'après-Arafat et les ambitions nucléaires de l'Iran.

Robert Malley, directeur du programme " Moyen-Orient et Afrique du Nord " au sein de l'International Crisis Group (ICG)

Pour Robert Malley, la réélection de Bush à la Maison-Blanche ne vas pas changer fondamentalement la politique étrangère américaine. Il n'y aura pas de tournant ou de modification à attendre de cette nouvelle équipe. Cependant, le Moyen-Orient va rester une zone clef d'activités pour l'équipe Bush II. " Des réunions récentes à Washington ont confirmé l'intérêt de Condoleeza Rice [qui doit succéder à Colin Powell à la tête du Département d'Etat en janvier 2005] pour le Moyen-Orient ". Pour cet ancien conseiller spécial du président Clinton, " le pilier central de cette administration, c'est la croyance dans la puissance transformatrice de la démocratie ". Pour Bush, la démocratie chez les Palestiniens est une question fondamentale. C'est un concept clef pour comprendre cette administration. Le leadership démocratique en Palestine est une condition pour relancer le processus de paix. Selon cet expert américain, l'action militaire est également au centre de la politique étrangère de cette administration. Elle se traduit notamment en Irak par une volonté de se débarrasser du terrorisme avant d'installer la démocratie.

Olivier Roy, directeur de recherche au CNRS (Laboratoire " Monde Iranien ")

La question de la démocratisation est au cœur du programme américain de " Greater Middle East ". C'est une question populaire. Cependant, pour le chercheur français, la démocratie doit s'ancrer dans le pays et il ne faut pas confondre nationalisme arabe et islam politique. Le nationalisme arabe est partout : Irak, Egypte, Syrie, Arabie Saoudite. C'est un point extrêmement important. Il faut réfléchir aux intérêts nationalistes de ces pays. " Si on veut instaurer la démocratie, il faut dès le départ penser ce nationalisme ", explique Olivier Roy. Il estime que l'islam politique comme projet de société basé sur l'islam est de plus en plus rare au Moyen-Orient. En Irak, par exemple, le grand ayatollah Ali Sistani, le leader chiite, n'a pas de projet islamiste. Il veut simplement une reconnaissance de l'islam. Les acteurs islamistes au Moyen-Orient sont en réalité nationalistes (le Hezbollah, le régime des mollahs en Iran, les chiites en Irak). Selon Olivier Roy, les chiites irakiens agissent dans le sens du nationalisme irakien et non pas en tant qu'idéologues du chiisme iranien. L'arrivée au pouvoir des chiites en Irak, après les élections du 30 janvier, va envoyer une onde de choc dans la région. Les monarchies du Golfe sont très inquiètes de l'émergence d'un pouvoir chiite en Irak. De plus, ce gouvernement chiite en Irak ne sera pas forcément un allié des Américains. Ainsi, pour ce spécialiste français du monde iranien, la question de la démocratisation au Moyen-Orient se heurte aujourd'hui aux nationalismes locaux et à la division religieuse entre chiites et sunnites.

Kenneth R. Weinstein, Hudson Institute

Pour le vice-président de cet influent think tank américain, l'administration Bush est parvenue en quelques années à faire bouger les choses au Moyen-Orient. La lutte contre le terrorisme marque des points sur le plan militaire avec notamment l'affaiblissement d'Al-Qaïda depuis le 11 septembre. De plus, les Etats-Unis ont joué un rôle dans le revirement libyen. L'Irak est certainement un dossier plus compliqué et un problème à plus long terme. Sur le conflit israélo-palestinien, il estime que le gouvernement actuel souhaite un nouveau leadership palestinien, moins corrompu. De plus, " l'Iran est un partenaire essentiel pour résoudre le conflit car l'Iran finance 50% des attentats dans les territoires ", précise-t-il. Mais, l'Iran est une bombe à retardement en raison de sa volonté d'acquérir l'arme atomique. Pour le chercheur, Bush devrait resserrer l'accord obtenu entre l'Iran et l'Union européenne sur cette question de la prolifération nucléaire, avec, par exemple, des inspections plus importantes sur les sites nucléaires iraniens. Le retrait syrien au Liban constituera, selon ce professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, une autre question essentielle pour l'équipe Bush II.

Julien Nessi
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