>>> Bienvenue sur Cyberscopie, nous sommes le , il est .

L'embrasement dans la région des Grands Lacs
Février 1999 - Julien Nessi

La région des Grands Lacs : une épine dans le pied africain ? Cette région, au cœur de l'Afrique centrale, traversée par l'ex-Zaïre, l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi, constitue un foyer instable où naissent la plupart des conflits ethniques qui ravagent le centre de l'Afrique. Dernier conflit en date qui dure depuis plus de six mois : la guerre civile qui oppose les troupes de Laurent-Désiré Kabila à la rébellion dans la République démocratique du Congo , devenue pour l'occasion un vaste champ de bataille. Ces affrontements sont partis des provinces orientales du Kivu, considérées par les spécialistes de l'Afrique comme une zone à haut risque. Mais les combats qui font rage dans l'ex-Zaïre traduisent surtout des luttes d'influence régionale entre les pays voisins impliqués dans le conflit congolais.

Le Kivu, une région sensible et à haut risque

Les provinces orientales du Nord et du Sud Kivu constituent un foyer d'instabilité permanente depuis l'indépendance de l'ancienne colonie belge. C'est au Kivu qu'a pris naissance le conflit actuel. Pourquoi le Kivu fait-il naître autant d'étincelles ? Les deux provinces Nord et Sud Kivu constituent une mosaïque d'ethnies et une région carrefour où se côtoient des populations autochtones ou originaires des pays frontaliers (Ouganda, Rwanda, Burundi et Tanzanie). On trouve sur les terres du Kivu congolais des rwandophones hutus et tutsis, des autochtones congolais hutus et tutsis, des partisans d'armées de libération ougandaise ou burundaise, et des militaires banyamulenge, Congolais tutsis de souche rwandaise. Sans oublier les réfugiés hutus du Rwanda qui se sont installés après le génocide de 1994. Ce mélange ethnique fait du Kivu une poudrière au coeur de la région des Grands Lacs.

Implication des pays frontaliers

Le conflit congolais s'est régionalisé pour devenir le théâtre indirect des luttes d'influence entre les pays de l'Afrique Centrale. Deux blocs de pays s'affrontent : l'Ouganda et le Rwanda aux côtés des rebelles, et l'Angola, le Zimbabwe, la Namibie et le Tchad aux côtés de Kabila. Pour le Rwanda et l'Ouganda, il s'agit de remplacer Kabila par un allié politique sous tutelle. Car les deux pays ont besoin du soutien de l'armée congolaise pour contrôler les opposants du Kivu et la province minière du Katanga. Pour l'Angola, l'enjeu est de taille puisqu'il s'agit essentiellement de faire barrage aux éléments de l'UNITA, principal parti d'opposition au régime angolais, mais surtout protéger sa rente pétrolière menacée par le conflit dans l'ex-Zaïre. Exploité dans l'enclave de Cabinda et le long de la frontière avec la RDC de Kabila, le pétrole est la vache à lait et l'instrument de pouvoir du gouvernement angolais... Quant au Zimbabwe, le premier pays à s'impliquer militairement en faveur de Kabila, sa participation s'explique par le fait que la RDC est un bon client de son industrie d'armement... Cette "guerre des parrains" a renversé les rapports de force, et a sauvé le régime de Kabila.

L'Afrique du Sud, médiateur du conflit ou gendarme de l'Afrique ?

Devant la menace d'une nouvelle guerre africaine sur le continent, l'Afrique du Sud a tenté de s'imposer comme un pays incontournable. Quel est le rôle réel de l'Afrique du Sud dans ce nouvel embrasement ? Depuis le début du conflit, l'Afrique du Sud s'est donnée le rôle de pélerin de la paix : tentatives de réglement pacifique du conflit, médiation diplomatique et organisation de sommets des chefs d'état... Mais, derrière ce visage de pacificateur, l'Afrique du Sud veut affirmer son leadership régional et devenir le gendarme du continent. Cependant, malgré les sommets diplomatiques, et la volonté affichée des belligérants de trouver une solution, les combats continuent toujours dans les provinces de l'ex-Zaïre. Les rebelles se sont retranchés dans l'Est du pays, perdant des villes au profit des troupes de Kabila et des forces angolaises. Après plus de six mois de combats, jusqu'où ira et combien de temps durera ce conflit ?

Julien Nessi