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Chine : la marche forcée vers le capitalisme…
Avril 1999 - Julien Nessi

Plus grand marché du monde avec près de 1,2 milliards d'habitants, considéré par les investisseurs occidentaux comme l'eldorado économique du prochain siècle, l'Empire du milieu adopte progressivement le capitalisme à l'ère de la mondialisa-tion. Entre le scénario russe de la libéralisation ratée et la voie indienne de la modernisation, la Chine de Jiang Zemin expérimente l'alchimie complexe de "l'économie socialiste de marché". Retour sur cette percée capitaliste au moment où la Chine négocie son entrée dans l'OMC.

L'héritage doctrinal de Deng Xiaoping

L'ouverture de la République Populaire de Chine au commerce international a été initiée par Deng Xiaoping à la fin des années 70. Succédant à l'ère maoïste d'autarcie économique, le dirigeant communiste de l'époque a été le premier à briser le dogme du parti communiste chinois sur le collectivisme et l'économie d'Etat. En effet, en créant, en 1979, les quatre premières Zones Economiques Spéciales (ZES), Deng Xiaoping a planté les premières graines du capitalisme dans l'Empire chinois. Cet embryon de capitalisme, déclenchant les controverses et les menaces des gardiens maoïstes du parti, a permis à la Chine d'ouvrir sa façade maritime du Sud-Est aux exportations occidentales. Devant le développement rapide des quatre seules zones ouvertes au commerce mondial, Deng Xiaoping a favorisé l'implantation de nouvelles zones d'expérimentation capitaliste. En 1984, il décide de continuer son programme d'ouverture économique en créant quatorze Zones de Développement Economique (ZDE). Fers de lances de " la réforme denguiste ", ces poches économiques ont servi de laboratoires d'expérimentation aux dirigeants communistes. Ces mesures économiques, impensables au moment du règne de Mao Tse Tung, ont progressivement donné naissance à une doctrine politique selon laquelle les idéaux du socialisme ne sont pas incompatibles avec l'économie de marché. Cette doctrine a fini par être officiellement avalisée lors d'un Congrès du PCC en octobre 1992. Une reconnaissance tardive, mais qui constitue une rupture idéologique importante. Deng Xiaoping peut ainsi être considéré aujourd'hui comme l'instigateur de la greffe capitaliste en Chine.

La réforme économique, garde-fou des apparatchiks

Pendant l'ère de Deng Xiaoping (1976-1996), une nouvelle Chine s'est construite, basculant d'un maoïsme agraire à un capitalisme autoritaire. Rythmée par une croissance de plus de 10 % par an, la Chine d'aujourd'hui tente de faire la synergie entre communisme politique et capitalisme économique. Un mariage forcé et voulu par le président de la République populaire de Chine, Jiang Zemin, et son dauphin en exercice Zhu Rongji. Les deux têtes de l'exécutif chinois cherchent à négocier en douceur la transition du pays vers "l'économie de marché à la chinoise" tout en préservant les féodalités politiques. Prolongeant l'héritage de Deng Xiaoping, décédé le 19 février 1997¸ les deux hommes forts du régime génèrent un nouveau modèle politique mêlant ouverture économique et dirigisme politique. De quoi faire trembler les théoriciens du marxisme et remettre en cause le fameux livre rouge de Mao... La transition chinoise, contrairement à la Russie et à l'Inde, n'emprunte pas les voies classiques de la modernisation qui voudrait que croissance économique rime avec émergence d'une bourgeoisie autochtone propre à imposer la démocratie dans l'Empire du milieu. En effet, même si l'économie se libéralise progressivement, le politique reste figé dans un modèle datant des heures les plus sombres de la Chine maoïste. Les réformes économiques constituent un garde fou salutaire pour les hauts dignitaires du régime qui cherchent à préserver un modèle de société encore imprégné de l'idéologie communiste. Cette stratégie qui consiste à introduire les lois du marché tout en maintenant des règles politiques autoritaires sert à protéger le pays de tout écroulement brutal entraînant la chute définitive du pouvoir communiste.

Zhu Rongji, l'homme caméléon du PCC

La nomination de Zhu Rongji, en mars 1998, au poste de premier ministre s'inscrit dans cette stratégie. Présenté aux occidentaux comme le "Gorbatchev de la Chine", Zhu Rongji a été chargé par les hommes de l'ombre du PCC de continuer à libéraliser le pays pour éviter une marginalisation économique qui risquerait d'être fatale au régime politique. En lançant un programme économique libéral et modernisateur, prévu pour une période de trois ans, Zhu Rongji sert, en fait, les intérêts des cadres dirigeants du PCC. Les réformes économiques ont été conçues pour remplir deux objectifs : moderniser la Chine pour en faire un des nouveaux marchés du XXIème siècle tout en sauvegardant les derniers bastions du communisme chinois. Un syncrétisme qui pourrait s'avérer fatal sur le long terme aux dirigeants actuels…

Julien NESSI