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Détournements de fonds et corruption en Bosnie
Septembre 1999 - Emmanuelle Rivière

Depuis la signature des accords de Dayton il y a presque trois ans, les pays occidentaux financent des programmes de reconstruction de la Bosnie, pays aujourd'hui coupé en deux territoires, la Bosnie-Herzégovine et la République serbe. Un montant de 5,1 milliards de dollars (selon Le Monde daté du 18 août 1999) a déjà été dispatché vers le pays. Pourtant, le pays comme les organismes donateurs se heurtent à une corruption endémique qui empoisonne les bénéficiaires prévus.

Sur ces 5,1 milliards de dollars, seul un tiers aurait réellement été utilisé. Cet argent, qui est distribué selon des critères d'exigence, de transparence et de contrôle de la population déplacée et des actions des institutions communes, est octroyé sous forme de prêts à des entreprises ou en tant que dons. Il a engrangé deux sortes de corruption.

Prêts et dons envolés

Première forme de corruption constatée : l'argent prêté aux entreprises n'a pas été remboursé dans la plupart des cas. A tel point que les agences de crédit, notamment l'Usaid, l'Agence américaine pour le développement international, plus grand prêteur de Bosnie - et employeur d'importance avec 20.000 salariés - ont récemment dû activer des procédures judiciaires contre 19 entreprises bosniaques portant sur un montant total de 17 millions de deutschemarks. En lançant ces procédures judiciaires, l'Usaid a bien précisé que les prêts aujourd'hui non remboursés devaient à l'origine être recyclés puis réinjectés à l'intérieur de la Bosnie.Ce sont donc les citoyens de Bosnie eux-mêmes qui pâtissent le plus de ces pratiques douteuses.

La deuxième forme de corruption porte sur les dons occidentaux pour la reconstruction. Ces sommes se sont aujourd'hui volatilisées. Un milliard de dollars, selon l'unité antifraude (créee en 1997 sous l'égide du Bureau du Haut Représentant des Nations-Unies en Bosnie), aurait ainsi disparu depuis la fin de la guerre en Bosnie. Ces sommes sont soit détournées vers les poches de particuliers, soit destinées à financer des structures politiques alternatives illégales. La mafia et les trafics en tout genre ont en effet une place considérable en Bosnie. Il ne faut pas oublier que le territoire sort de près d'un demi-siècle de communisme (avec ses fameuses pratiques frauduleuses) et de quatre années de guerre où le marché noir et la débrouille font toujours rage. En tous cas, la situation est assez inquiétante pour avoir récemment été rapportée dans plusieurs journaux occidentaux, notamment le New York Times du mardi 17 août 1999. La Russie se trouve aujourd'hui elle aussi mouillée dans une histoire de détournements de fonds qui est emblématique de l'état des économies des pays de l'est de l'Europe.

Mafia et corruption

La Bosnie a réellement besoin de faire repartir son économie, surtout après cette dernière guerre au Kosovo puisque ses relations commerciales étaient - jusqu'à présent - très développées avec la République fédérale de Yougoslavie (RFY). Les donateurs occidentaux se sont réunis au mois de mai dernier à Sarajevo et ont décidé de donner 1 milliard 52 millions de dollars à la Bosnie. Mais la Bosnie devra, c'est sûr, faire ses preuves pour endiguer ce problème de corruption. Selon certains, le problème vient du fait que les accords signés à Dayton n'ont fait qu'ajouter de nouvelles institutions sur des pratiques existantes, alors qu'il aurait fallu, avant tout, réformer les pratiques elles-mêmes. Cette tâche incombera aux citoyens bosniaques et à leurs élus politiques autant qu'aux Occidentaux impliqués et omniprésents en Bosnie.

Emmanuelle Rivière