>>> Bienvenue sur Cyberscopie, nous sommes le , il est .

L'Arabie Saoudite face à la crise
Décembre 2001 - Julien Nessi

Tiraillée entre son alliance avec les Etats-Unis et sa solidarité avec les régimes arabes, la monarchie saoudienne est contrainte de faire le grand écart. Sur fond de fin de règne du roi Fahd et en proie à des difficultés économiques majeures, l'Arabie Saoudite pourrait sortir de la crise internationale actuelle fragilisée. Eclairage.

Allié traditionnel des Etats-Unis au Moyen-Orient en raison de son importance géostratégique et pétrolière, le royaume wahhabite traverse une phase délicate. Les attentats du 11 septembre dernier risquent de porter un coup dur aux relations privilégiées entre la Maison-Blanche et la famille royale. Pour la première fois, Riyad ne soutient pas totalement Washington dans sa guerre en Afghanistan et dans sa stratégie d'éradication du terrorisme islamique. Alors que la guerre du Golfe en 1991 avait fortement rapproché les deux pays, la crise afghane révèle une nouvelle ère dans les relations américano-saoudiennes.

Une alliance à rude épreuve

Les Américains reprochent à la monarchie pétrolière de ne pas s'impliquer complètement dans la lutte contre le terrorisme. D'autant plus que la plupart des pirates de l'air responsables des attaques de New York et de Washington sont d'origine saoudienne. Quant au suspect numéro un, Oussama Ben Laden, traqué par les forces spéciales américaines jusque dans les grottes afghanes, les experts estiment qu'il dispose encore d'importants soutiens dans le royaume wahhabite. Par ailleurs, les enquêteurs du FBI et de la CIA sont conscients de l'existence de connexions financières entre les milieux pétroliers saoudiens et la nébuleuse du terrorisme international. Une enquête publiée récemment en France par deux spécialistes du renseignement, intitulée " Ben Laden : la vérité interdite ", confirme d'ailleurs le rôle joué par l'Arabie Saoudite dans le financement de l'islamisme radical. Les deux auteurs citent dans leur ouvrage John O'Neill, l'ancien coordinateur de la lutte antiterroriste aux Etats-Unis, qui leur a confié avant les attentats du 11 septembre : «Toutes les réponses, toutes les clés permettant de démanteler l'organisation d'Oussama Ben Laden se trouvent en Arabie Saoudite».

Washington exige une collaboration sans faille

Face à ces réalités obscures, Washington souhaiterait avoir un engagement total de Riyad dans sa lutte contre les réseaux terroristes. Cependant, la monarchie saoudienne semble faire le minimum pour satisfaire les autorités américaines. Certes, le prince héritier Abdallah a condamné les attentats terroristes et a rompu tout lien avec les talibans, anciens alliés du royaume wahhabite en Asie centrale. Mais, il a également affiché ses réticences à voir son territoire servir de rampe de lancement aux frappes aériennes américaines en Afghanistan.

La question palestinienne en toile de fond

Les dirigeants saoudiens ont rappelé à maintes reprises à leur allié américain la nécessité de traiter la question palestinienne et de régler le cas irakien. Aux yeux de la puissance pétrolière, ces deux dossiers conditionnent l'éradication du terrorisme islamique. Sur le problème palestinien, l'administration américaine a fait néanmoins un premier pas. Peu de temps après les premières frappes en Afghanistan, et pour la première fois, le président américain s'est prononcé en faveur de la création d'un Etat palestinien. Cette déclaration du numéro un américain peut être interprétée comme un signe fort en direction de ses alliés arabes.

Riyad solidaire des pays arabes

L'Arabie Saoudite doit ménager les régimes arabes dans un climat de regain de tensions et de sentiments anti-américains. Gardien des Lieux saints de l'Islam, la Mecque et Médine, et foyer historique du wahhabisme, le royaume saoudien affiche sa solidarité avec le monde arabe. Une dimension religieuse que les dirigeants saoudiens doivent prendre en compte dans leur relation avec les Etats-Unis.

Ecartelé entre sa relation stratégique avec Washington et sa solidarité affichée avec les capitales arabes, Riyad se trouve ainsi dans une position ambivalente. Une position d'autant plus difficile à gérer que le royaume est affaibli par des tensions internes. Depuis la fin des années 90, le pays est en proie à des difficultés économiques croissantes (hausse du chômage, niveau de vie en baisse, diminution des cours du brut). Une guerre de succession larvée oppose également le prince héritier Abdallah au prince Soltan, l'actuel ministre de la Défense. Des facteurs de tensions qui viennent s'ajouter à la crise internationale aiguë face à laquelle l'Arabie Saoudite est confrontée…

Julien NESSI