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Paul Kennedy, plaidoyer contre la mondialisation
Janvier 2000 - Julien Nessi

A l'occasion d'un colloque international qui s'est tenu dans la maison de l'Unesco à Paris, au mois de novembre 1999, Paul Kennedy était invité à débattre des scénarios du futur et des enjeux du XXIème siècle. Il en a profité pour exposer sa vision désenchantée de la mondialisation. Stratège américain reconnu pour ses analyses pertinentes en géopolitique, auteur d'un livre phare sur la question " Préparer le XXIème siècle ", Paul Kennedy a aussi mis en garde contre Internet, symbole par excellence de la mondialisation à deux vitesses.

Ne pas sacraliser la mondialisation

Invité d'honneur de l'Office d'analyse et de prévision de l'Unesco, organisme spécialisé dans la prospective et l'analyse des grands enjeux de l'humanité, Paul Kennedy a mis l'accent sur les dérives potentielles du processus de libéralisation à outrance des économies et des sociétés. " La tendance actuelle à la mondialisation risque d'apporter de graves problèmes. En fait, cette mondialisation est complètement à côté de la population mondiale ". Prenant à parti les gourous des magazines économiques américains, pour qui " le monde entier ressemble de plus en plus à la Silicon Valley ", le professeur de Yale a mis en garde contre l'euphorie provoquée par la mondialisation : " les prophètes de la côte Ouest des Etats-Unis font preuve d'un véritable délire autocentré ". Face à cette tendance dominante, l'essayiste américain a rappelé, avec justesse et conviction, que la mondialisation ne doit pas être sacralisée mais traitée avec réalisme. Sans sombrer dans une vision trop pessimiste, à l'image de Robert Kaplan, Paul Kennedy a souhaité remettre les pendules à l'heure en insistant sur la portée contraignante du processus de mondialisation.

Internet, symbole à double tranchant

" Internet est un formidable instrument pour l'accès à la connaissance et risque d'avoir dans les années à venir une influence croissante sur la culture ", affirme Paul Kennedy. Cette révolution dans l'accès aux savoirs et aux connaissances est cependant loin d'atteindre l'ensemble de la population mondiale. Selon Kennedy, même si le réseau des réseaux est un formidable progrès technologique et humain, " Internet ne fait que creuser le fossé entre les riches et les pauvres. Dans les pays industrialisés, Internet a déjà provoqué une explosion des connaissances. Mais, qu'en est-il pour les autres Etats de la planète encore déconnectés ? (…) Seulement 2,4 % de la population mondiale utilise Internet au moment de rentrer dans le XXIème siècle ". Sur un ton grave, face à un auditoire médusé, Paul Kennedy s'est empressé de rajouter : " Internet est certes le symbole de la mondialisation, mais il ne cesse de creuser les inégalités, à la fois entre les pays riches et les pays pauvres, mais aussi à l'intérieur des sociétés entre les minorités ethniques et les autochtones, comme, par exemple, aux Etats-Unis entre les Noirs et les Blancs. Ce phénomène est identique à l'échelle internationale : 1 habitant sur 1000 a accès à Internet en Afrique, 1 sur 500 dans les Etats arabes ou encore 1 sur 200 dans les pays d'Asie et du Pacifique ". Terminant son intervention sur cette série de chiffres révélateurs des inégalités, le professeur de Yale a ainsi pu démontrer avec force que la mondialisation sévit sur tous les fronts en semant inégalités et injustices sur son passage.

Julien Nessi

A savoir :

Paul Kennedy est l'auteur de nombreux ouvrages portant sur les relations internationales. Ses deux livres emblématiques sont, entre autre, "Naissance et déclin des grandes puissances" et "Préparer le XXIème siècle".