>>> Bienvenue sur Cyberscopie, nous sommes le , il est .

La Tchétchénie, le tremplin électoral de Poutine
Mars 2000 - Emmanuelle Rivière

Elu Président de la Fédération de Russie avec 52,2 % des suffrages, Vladimir Poutine est le nouvel homme fort du Kremlin. Et si personne ne prévoyait sa victoire il y a 6 mois, il est désormais le tsar tout puissant de la Russie du nouveau millénaire. Mais c'est surtout un adroit tacticien du retournement de situation construit en grande partie sur la deuxième guerre de Tchétchénie. Point de vue de Emmanuelle Rivière du Courrier des Balkans.

Russie, 1er janvier 2000. Vladimir Poutine a chaussé ses skis et glisse sur les pistes de Goudermes, dans les " territoires libérés " de Tchétchénie. Non loin de là, pourtant, les bombardements sont intensifs et les " pertes ", civiles comme militaires, se comptent par milliers. Nommé Premier ministre le 9 août 1999, Vladimir Poutine est devenu le nouvel homme fort de la Fédération de Russie. Cet homme discret, ancien chef des services secrets russes (FSB), a conquis les faveurs de sa population.

La guerre qu'il mène d'une main de fer en Tchétchénie (le fameux " j'irai buter les terroristes jusque dans les chiottes ") va ainsi permettre à
" la famille " Eltsine de se maintenir au pouvoir en Russie. Et ce grâce à un gigantesque système de propagande qui aveugle une population russe déjà encombrée par ses problèmes de survie quotidienne : seuls quelques journalistes enquêtant du côté russe sont accrédités sur le terrain. Ils reçoivent des médailles si leur couverture de la guerre en Tchétchénie est assez " patriotique "...

Les bribes d'information recueillies par de rares journalistes occidentaux peinant à faire leur travail, ainsi que les rapports basés sur les témoignages concordants de milliers de Tchétchènes se trouvant dans des " camps de filtration " en Ingouchie permettent toutefois aux Occidentaux de connaître l'ampleur de l'horreur en Tchétchénie et de la manipulation russe. Récemment, un article du journal anglais The Observer apportait des preuves que les deux attaques à la bombe
" terroristes ", qui tuèrent plus de 200 Russes lors de l'explosion de grands immeubles d'habitation de la banlieue moscovite l'an passé étaient un coup monté des services secrets russes. Des habitants de Ryazan, à 100 km au sud de Moscou, interceptèrent en effet plusieurs hommes alors qu'ils posaient une troisième bombe à retardement dans la cave de leur immeuble - ces hommes parlaient russe et le FSB indiqua plus tard qu'ils effectuaient un " exercice ", de propagande antitchétchène peut-être ?

Cependant, The Observer a beau crier " Attention Tony, cet homme a du sang sur les mains " lorsque Blair se rend à Moscou à la mi-mars, Libération a beau publier des reportages photographiques choquants sur l'horreur en Tchétchénie, Poutine n'en est pas plus empêché d'agir à sa guise. Pis, cette guerre est véritablement financée par les citoyens occidentaux, puisqu'en plein bombardements sur Grosny, au mois de décembre dernier, le Fond monétaire international (FMI) réitérait son aide financière à la Russie. Quand M. et Mme Blair vont à l'opéra de Moscou avec M. et Mme Poutine, Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères, félicite son ami Vladimir pour son " patriotisme " - sur fond de massacres en Tchétchénie, Poutine peut donc skier en paix...

Les incohérences de la politique internationale ne sont plus à prouver. Pourquoi Poutine effraie-t-il si Milosevic ne fait pas peur ? Comment justifier une intervention au Kosovo - qui intégrait le territoire reconnu de la Yougoslavie, comme la Tchétchénie fait partie de la Russie - et ensuite expliquer que le drame tchétchène est une affaire intérieure à la Russie ? Bien sûr, la puissance militaire des Russes est beaucoup plus grande que celle des Serbes, qui résistèrent déjà longtemps aux attaques de l'Alliance atlantique en 1999. Mais aujourd'hui, si l'arsenal militaire des Occidentaux pourrait contrecarrer celui des Russes, ce ne serait pas, comme au Kosovo, avec un total de " zéro mort " occidental. Les exigences électorales de chacun, aux Etats unis comme en Europe, ne le supporteraient pas.

Emmmanuelle Rivière